Voirfilm Coup de foudre sur une mĂ©lodie de NoĂ«l en streaming ~ Le film Coup de foudre sur une mĂ©lodie de NoĂ«l est sorti en 2018 dans la catĂ©gorie Romance et dure 84 minutes Avec plus de 16 votes et 56010, Coup de foudre sur une mĂ©lodie de NoĂ«l se distingue des autres films du mĂȘme genre par son casting, son histoire et surtout par lintrigue bien
accueil Musiques Ă  partager... *** Au Programme J. Brahms Intermezzo n°1 op. 117 1892 par GaĂ«lle Josse En Ă©coutant la voix de Cathy Garcia par GaĂ«lle Josse Le "JaurĂšs" de Brel version Zebda par Bruno TomĂ©ra "Requiem" & "Avec le temps" de LĂ©o FerrĂ© par Bruno TomĂ©ra "Take Five" de Dave Brubeck par Isabelle Le Gouic Slade "Cum On Feel The Noize" & The Cure "Just Like Heaven" par Bruno TomĂ©ra "Lotus eaters" de Lisa Gerrard & Dead can Dance par Bruno TomĂ©ra sur un envoi de jlmi "Lacrimosa" du Requiem de Krzysztof Penderecki par GaĂ«lle Josse Archie Shepp par Werner Lambersy Four women de Nina Simone par Isabelle Le Gouic Amie Amy par Isabelle Le Gouic *** Mahler Symphonie no 2 par Anna Jouy Je ferme les yeux, profil tendu. Écouter Mahler demande Ă  regarder le ciel droit devant. Toujours parmi des montagnes noires ou des hordes, des chevaux, des armures. Noirs orages. Mahler arrive, avec sa lutte indĂ©finissable. Je subis. Sublime violence emportĂ©e parmi les Ă©lĂ©ments jusqu’à en devenir cosmique. Passion d’encres sans pitiĂ©. le poison est Ă  fleur de mon Ăąme, de mon corps. Cela tatoue profondĂ©ment, palpitations incrustĂ©es entre chaque parcelle de peau. Oh ! oui le monde est bien le plus fort, les matiĂšres lourdes comme des mĂ©taux aux douleurs orgasmiques, plaintes toutes issues du volcan premier, c’est bien cette musique que j’entends Mahler arrive, et ses Ă©pĂ©es taillĂ©es dans le creuset des genĂšses. Le monde n’en est pas Ă  savoir, il palpite le langage primordial. Il clame des furies solaires, aquatiques. DĂ©miurgiques rugissements. Rien ne se calme jamais, vraiment. Rien d’humain pas d’apaisement. Juste peut-ĂȘtre un instant crĂ©pusculaire, comme pour respirer, juste un instant, comme s’il voulait accorder une lĂ©gĂšre palpitation Ă  ce fragile qui naitra –forcĂ©ment- un jour. ChahutĂ©e dans ces mystĂšres convoquĂ©s, je me tiens dans l’à peine respirable. Je crains comme des malĂ©dictions qui feraient remonter les eaux et les dĂ©luges. Et j’ai toujours eu peur de mourir noyĂ©e. Mahler arrive, sans fin dĂ©truit ce qu’il crĂ©e. Il strie de fouets mes patiences, mes constructions, mes Ă©chafaudages, prĂȘtant Ă  la musique les cavaleries apocalyptiques. Chaque silence est une menace qui rampe, un monstre qui va grossir avalant mon angoisse pour prendre ses forces. FĂ©rocement tellurique, fĂ©rocement mĂ©tĂ©orologique, Ă©lĂ©mentaire, chimique. Je ferme les yeux, c’est le submergement. Je regarde l’orchestre Il n’est que vagues et lames tempĂ©tueuses. Les dieux Zeus Chronos Titan dĂ©chiquettent l’air Ă  grandes brassĂ©es sauvages. L’énorme purification des morts sans fin. Arrive cet usage des cordes comme le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments. Cet usage des cuivres comme des ordonnances, des prescriptions divines, des hurlĂ©es, des ordres, des cris inhumains, bien trop forts. -Les anges ont tous des trompettes- Mahler arrive. il n'y a qu'un seul chef d'orchestre pour Mahler, Dudamel vĂ©nĂ©zuĂ©lien gĂ©nial mis en ligne mai 2012 Amie Amy par Isabelle Le Gouic Amie Amy, I met you Quand j’ai mis, amie Amy, Quand j’ai mis ta voix amie, Juste for moi, Just pour me, Ta voix qui rĂąle ou qui gĂ©mit, J’ai mis ta voix amie, Dans my playlist Ă  moi, Ă  me. Amie Amy, Tu m’plais grave et j’te playlist Quand tu rayes, quand tu graves, Les pistes des disques de ta voix Ă©raillĂ©e Comme le disque rayĂ© De ta vie d’artiste. Mais t’as pris tant de risques, Risques de te rayer d’la vie. T’as bu trop de whisk’ Dans tes envies aiguisĂ©es de rĂ©el dĂ©guisĂ©, Au point de te squeezer. Amie Amy, Quand ton trac t’étripe, Quand il t’étrique, quand il te traque, Quand tout se dĂ©traque, se grippe, Quand tu t’agrippes mais que tu craques, Ce bad trip qui fait crac, Ce sad crack dans tes tripes, The bad kiss with the flask, These packs of beer quand t’es patraque, Ce pataquĂšs qui s’immisce, Miss Amy, quand tu perds le cap, Quand tu te dis que t’es pas cap, Quand tu te dis que t’es pas apte A capter la voluptĂ© que t’as voulue Mais qui ne t’est pas assez dĂ©volue, Les volutes de smoke Ă  flash back That you keep like a joke, Que tu sniffes et qu’tu kiffes, Sont kif kif une arme white. Ils sont like a knife PlantĂ© in your life. Amie Amy, j’te prĂ©fĂšre when you’re singing, Quand tes mots cognent sur le ring De nos platines et pas quand tu patines Sur des pentes Ă  trente degrĂ©s, Quand t’es plus in, Des pentes de Gin Fizz Qui te grise mais qui te squeeze. Quand t’es mutine, you’re so glad ! Quand t’es mutique, I’m so sad ! Je suis maussade. Ce bad trip qui fait crac, Ce sad crack dans tes tripes, It’s like a knife PlantĂ© in your life. Alors, you left us, En plein mois de July. Amie Amy, j’ai mis ta voix amie Qui rĂąle ou qui gĂ©mit, J’ai mis ta voix dans mon ordi, For me, for them, Ceux que tu scies, ceux que t’emm
 Et aussi ceux qui t’aiment. J’ai mis ta voix dans mon ordi Aussi to see, not to forget. Quand j’veux prendre mes cliques et mes claques, Sur le clavier d’mon Mac, avec my computer mouse, Je clique sur Winehouse et je te guette sur le net. Alors, j’me prends une claque avec ta voix pas clean, Encline Ă  faire des Ă©clats d’émoi en moi. Je suis Ă  l’affĂ»t du raffut de ta voix, Ta voix qui fuse, qui refuse, No, no, no ! No rehab ! Ta voix qui s’embrume, qui fume, Toi qui fus, nous qui fĂ»mes. Je suis Ă  l’affĂ»t de ta voix wonderfull, Cette beauty pleine de full Qui soulĂšve des foules. Ta voix m’étonne, ta voix dĂ©tonne, Ta voix qui traĂźne puis qui dĂ©gaine, Ta voix qui dĂ©coiffe Amy, what a strange dĂ©gaine ! Ta voix que j’écoute encore et again. MĂȘme si, a night of July, Tu nous as dit bye bye, T’es sortie d’la piste Mais pas d’ma playlist. Amie Amy, pendant que tu reposes, L’magnĂ©to du studio est bloquĂ© sur pause, L’magnĂ©tisme de tes mots moroses S’est tu sur over-pause. Amie Amy, I met you because, Me too, I’m no good. Moi aussi, j’ai mes humeurs. Now, I’m in a bad mood, Je suis d’mauvaise humeur. Je suis un peu moins good Depuis cette nuit-lĂ , cette nuit-là
 Cette nuit oĂč tu meurs. Pourtant, amie Amy, Rien n’est tout noir ou tout white, Rien n’est tout rose ou morose, Rien n’est tout blanc ou to night Your Back to Black is pour moi as a light, And now, for me, c’est presque all right. Je m’éclaire in your dark, J’écoute your Back to Black sans me sentir out, Et mĂȘme si you left us in July, Moi, all year, in July et mĂȘme en aoĂ»t, Pas de black-aoĂ»t. I believe que j’vais rester alive Pour Ă©crire des mots qui cognent, To write encore plus fort Et qu’mes douleurs soient plus light. mis en ligne en mars 2012 Four women – Nina Simone par Isabelle Le Gouic Quatre Quatre femmes Quatre couleurs Quatre Quatre notes PosĂ©es Lentement Oser Quatre notes Et ce tempo qui caresse La peau Descente incessante Sur le clavier Comme sur les marches d’un escalier Sans fin Quatre notes seulement Pourtant L’escalier nous emporte Dans un mouvement Ascendant descendant Descendant ascendant Peu importe AccĂ©lĂ©ration du tempo Au fil du thĂšme peau Les doigts de Nina Dansent Quatre Ă  quatre Se multiplient Sur l’escalier Et sa voix singuliĂšre nous emporte Tout en haut oOoOo photo Jean-Pol Stercq ARCHI » SHEPP L’air est mouillĂ© Le ciel gris sort Ă  peine de la mer Et s’ébroue C’est le nord en automne Ça sent la femme Au lit dans les sous-bois drapĂ©s D’humus Calvities Ă  la tempe des champs Calcaires Et chauves Jusqu’à la nuque les terres ridĂ©es Par les sillons CrĂąne rasĂ© au bagne des chaumes Labour en abreuvoir de corneilles Usines Ă  betteraves Beffrois de ferraille des silos Ă  blĂ© Dont les carcasses Fument sous les dĂ©combres oxydĂ©s D’un soir orange et opalin CimetiĂšres Ă  soldats dont les tombes En grilles de loto alignent Les ciments chaulĂ©s * Mais Ă  Morsain Rue des Vignes aujourd’hui En brumaire deux mille huit A la galerie Archie Shepp apprend A jouer du saxo Aux anges musiciens De Van Eyck Au clairon de l’armistice De dix huit Aux djinns Dans les lampes du jazz Et Ă  la tendre Apocalypse des femmes De nos nuits * Les fans de n’importe oĂč et d’à-cĂŽtĂ© Sont venus Ă©couter l’écho Des coups de gong qu’ils trimballent Dans l’ñme et qu’un rĂȘve immensifie Ils reviennent de trĂšs loin et de Paris Si proche qu’ils gardent en mĂ©moire Comme les gammes d’un accordeur La voix en sucre d’orge des annonces Et la soie du pas pressĂ© des hĂŽtesses A Roissy L’arrivĂ©e sourde des rames du mĂ©tro Le souffle Minotaure des portes qui renĂąclent et Claquent Ă  quai L’auto comme ceux qui toussent A cause du mal Ă  dĂ©marrer Et du mĂ©got du jour Ils sont venus par la dĂ©partementale En nids de poule de la vie Nuit blanche et noire » oĂč Nerval Viendra en voisin DĂ©jĂ  l’ombre Fend l’air de son aileron de requin DĂ©jĂ  la serpe d’un quartier de lune Coupe le prĂ©puce de l’espace * Les voitures qui broutent sur l’herbe Du parking Disent les destins cabossĂ©s La rouille des chĂąssis de la jeunesse Et les griffes Dans la glabre carrosserie des rites Quotidiens La boue des pneus aprĂšs les sorties De route quand il avait fallu Devant le choc frontal Se dĂ©porter sur la bande d’urgence L’accotement et les fossĂ©s Du bas-cĂŽtĂ© Le temps n’est plus aux limousines Pastel des sixties Au paresseux tangage du paquebot Pour CythĂšre Sur une houle de coussins en skaĂŻ Parmi le chrome vif des calandres Aux colonnes de temples grecs Mais aux mufles baissĂ©s des 4 X 4 * Cependant tous et toutes sont lĂ  Ceux qui se connaissent Et ceux que l’on ne connaĂźtra pas Les beaux Les pas beaux et les autres BĂ©bĂ©s beatniks et enfants-fleurs Ceux de Coltrane Parker et Dylan Les rescapĂ©s du Vietnam d’AlgĂ©rie D’Irak ou d’ailleurs Dont la guerre a fait de la mĂ©moire Un champ de mines Ă  traverser Et du sourire une boĂźte De corned-beef aux bords coupants L’abonnĂ© absent du coup de foudre L’accidentĂ© sur l’autoroute Des routines du cƓur Ceux qui sont Comme la cabine tĂ©lĂ©phonique libre Dans le dĂ©sert Les bannis de leur corps par la drogue Et l’alcool Les bourrĂ©s de bĂ©mols et de merde Ă  Vauban » Les abĂźmĂ©s de l’usine Les demi-sel de la citĂ© le demi-solde Du plan social Les sans-papiers Qu’on renvoie Ă  la case ou Ă  la casse Ceux qui marchent Ă  l’ombre de leur Ombre Ă  midi Les repris de justesse Les navigateurs solitaires au comptoir Des bistrots Les fins de droits Ă  un peu de tendresse Les Ă©rĂ©mistes de l’extase au sex-shop Les solitaires haut de gamme Les mal cicatrisĂ©s des couples divorcĂ©s Les sans domicile fixe de l’amour Les mutilĂ©s du regard que nous sommes Tous Ă  la tombĂ©e du jour * Les fins de noces du nĂ©ant Les fins de nage sans horizon Les routards du retour Ă  l’enfance Les bobos cachemire et business Les hobos de la vie Les routiers fatiguĂ©s Des frangines d’un soir et Des calendriers de nus dans la cabine Les mal peignĂ©s Dans la tĂȘte depuis qu’ils sont jetĂ©s A la retraite Les Kerouac rimbaldiens de la dĂ©bine Les Villon des violons de police Les crashĂ©s les crochus les cassĂ©s dans La boĂźte Ă  joujoux de leurs rĂȘves Les crĂ©pus les accros qui rappliquent DĂšs que PĂ©gase hennit Et qu’au bout d’un solo Ou d’un riff inspirĂ©s passent Les tapis volants d’un vieil air de blues Ou le vaisseau fantĂŽme de la vraie vie * Tous sont venus Tristan Yseut la douce HĂ©lĂšne et Paris Marylin et Monroe RomĂ©o et Juliette Des Ullis les groupies d’OphĂ©lie Au lycĂ©e Isis la veuve d’Aubervilliers Les ex-ados au slip ex-voto de Balthus Eurydice qui retourne Ă  OrphĂ©e Et Didon vers la mort La petite vendeuse d’allumettes D’Andersen au carrefour de l’ et moi » Les Moly Bloom en proie au Gulf Stream TiĂšde du mois La SalomĂ© qui fait la fĂȘte pour une tĂȘte Sur un plateau Les ShĂ©hĂ©razade du dernier verre au bar Les tanagras les Lolita les baby dol dans L’orage des dĂ©cibels Celles qui n’en peuvent plus De tourner en rond dans le 2 piĂšces-cuisine Des je t’aime en formica Celles dont les paupiĂšres sont des mouettes En plein vol Celles dont la caresse est une partition A Ă©crire sur la peau Celles dont les dauphins Bondissent dans la houle de leurs reins Celles avec des yeux de gamines sages Au moment des cadeaux de noĂ«l Et celles qui tournent le blanc des yeux Comme des bancs de poissons Ou des cartes au poker * Ils sont tous lĂ  Et le silence commence A ratisser le gravier fin des murmures Impatience De mĂ©harĂ©es sans puits ni points d’eau Tigres tapis devant la tempĂȘte de sable Aussi voici qu’ils guettent les artistes Car ils dĂ©ballent et rĂ©veillent Leurs instruments Au jubĂ© du grand bois sur les collines Les oiseaux se sont tus La brise s’assoit Au pupitre des grandes orgues sourdes De l’office nocturne Les roseaux aux bords des Ă©tangs noirs De la pensĂ©e Cherchent la vase et les tiĂšdes viscĂšres Des trous de carpes Du cortex Et ceux qui sont assis dans la maison Close de leur attente Et du dĂ©sir Tendent le cou et les muscles comme Des coureurs dans les starting-blocks Car sous les spots Ils montent sur l’estrade des Ă©motions Ceux qui vont se montrer les chamans De l’ñme de chacun * Archie Shepp Rassul Siddik Ă  la trompette Tom Mac Clung au piano Jack Gregg Contrebasse et John Betsh aux drums Richard BrĂ©chet qui s’occupe de tout De l’ombre des lumiĂšres du son Et des frissons Comme lorsqu’il prĂ©pare ses tableaux * Ici le sexe et les oreilles sont comme La mer aux coquillages Dont le cƓur est complexe et rĂ©pond Aux marĂ©es TroĂšnes d’aubĂ©pines dans le rythme Pour l’orchidĂ©e sauvage Des nerfs On dĂ©balle dĂ©shabille et fait gĂ©mir Cuivres cordes et la peau Des tambours On fait rouler Sans retenue la mousson des notes OĂč Saint John Perse poĂšte aux Etriers sonores poussait La jument du chant Lentement Les solistes se coulent ensemble Dans l’aorte qu’irrigue le son Le sang bat Son chemin de Compostelle Comme tape le bĂąton du pĂšlerin Ils rentrent dans la villa dĂ©sertĂ©e Depuis les dĂ©parts en vacances Pour l’hiver de l’argent Otent les housses des commodes De l’oubli Et plongent La tĂȘte et les bras dans le pull usĂ© OĂč retrouver AprĂšs les voyages et les amours et Les dĂ©tours Les odeurs fortes de l’ancien marc Des vieux jours Lentement Ils prennent pied Comme des marins frais dĂ©barquĂ©s Qui gardent le tangage Et le roulis d’une longue course Dans les Ă©toiles * Archie Shepp tend sa bouche Prend son sax Et ça y est ! Ca commence et chacun devient Ce bernard l’ermite Du son du souffle et des rythmes OĂč le ciel sur son axe Balance et fait se balancer Avec lui tous ceux qu’une relaxe Vient d’arracher Soudain au poids pesant des jours Sans miracle Ils font ronfler Sur la ligne de dĂ©part Les moteurs de leur formule 1 La batterie frotte Ses ailes de criquet puis Fait un bruit de troupeau Qui broute et avance front bas Lance ses marĂ©es d’équinoxe Sur les falaises ocĂ©aniques Du tympan PĂ©nĂštre en forĂȘt OĂč tombent les foudres Et le foutre en tempĂȘte des pulsions Puis bat comme la pluie doucement Contre les vitres et sur les toits Du souvenir Et contre l’Arche OĂč nous voguons encore clandestins * Le piano cormoran Plonge et engloutit les phalanges du Pianiste Lui il dĂ©vore son piano Comme un moineau picore le pain Dans les allĂ©es d’un parc OĂč les buissons se serrent les coudes Il met dans la salade grise du ciel Des poivrons et des baies De couleurs Puis patiemment Fait briller l’argenterie Ternie des passions bien rangĂ©es Et la cire d’abeille d’une montĂ©e Chromatique rĂ©pand Son parfum * La trompette Brise dans les trompes Le dernier sceau de l’apocalypse Elle chante Ă  tue-tĂȘte Rit pleure gĂ©mit sur l’or l’encens Et la myrrhe des rois mages Dont les plus beaux prĂ©sents sont Des images * DĂ©jĂ  la contrebasse reprend Ă  voix Basse et rĂ©pĂšte le thĂšme Et la passion tenace qui n’attendait Que ça part au galop Dans la poitrine large et haletante Des cordes Enfin on mĂ©lange dans le shaker De l’orchestre Ă©toiles Filantes constellations et galaxies Et la salle vibre De toutes les fils d’une toile D’araignĂ©e Qu’un goutte Ă  goutte de rosĂ©e Distille depuis le cathĂ©ter De l’aube Jusqu’au cƓur Carnassier dont les carĂȘmes sont Si longs * Et le saxo a pris la voix humaine En otage pour Ă©peler Ce qu’elle ne peut avec des mots Et mĂȘme avec des cris qu’on ne Sait pas comment Ă©crire Doux vocĂ©ro pour deviner lĂ -haut Les cercles oĂč plane Grisolle et se perd dans son essor L’hirondelle sublime ivre d’idĂ©aux Le public lisse ses plumes De pigeon voyageur tandis que Les convoyeurs attendent * Archie ferme les yeux Sur le pays derriĂšre ses paupiĂšres Et l’on entend alors le vent la nuit L’eau des torrents Se jeter sur les cailloux et la mer Dans les virages en tĂȘte d’épingle De la mort On tient le volant des deux mains Tant est secouĂ©e la carcasse EntiĂšre du corps * Souvenez-vous du pont suspendu Qui branle sous les pas Quand vous irez vers l’autre rive OĂč Ă©couter Le chant d’OrphĂ©e qui rend vivant Souvenez-vous Vous n’ĂȘtes pas venus Du fond de votre vie sans espoirs D’entendre la chorale vacarmeuse L’ode le raga cĂ©lĂ©brant L’éternelle jeunesse d’ĂȘtre aimĂ© De sentir le parfum des orangers En fleurs dans les vallĂ©es Profondes de l’ñme Souvenez-vous Vous ĂȘtes arrivĂ©s ici aprĂšs Le meurtre des pĂšres sur les fils L’art la poĂ©sie La musique sont nĂ©s du remords Et de la peur * Ici aujourd’hui Ni ciel ni lune entre deux Coups d’essuie-glace des guerres La route luit Comme la trace d’un escargot C’est le chemin des Dames Et les camions de bettes rouges Transportent des crĂąnes Mais on est lĂ  Dans les remorques de la musique Et on revient du front DerriĂšre nous le village Dort rien ne bouge on fleurira Le monument aux morts demain Maintenant Les musiciens font rage Tous respirent au mĂȘme rythme Canto general » PoĂšme pour tous Qui n’arrĂȘte qu’au petit matin Avec un bol de cafĂ© noir Une tartine beurrĂ©e une cigarette Autour d’Archie Et de ses potes Tenant chronique des galĂšres Et des sessions qu’on n’oublie pas Il fait beau La route est longue il faut Partir Richard sort le chien Marcel Archie Shepp N’a pas sommeil son saxo Veille sur lui parmi du velours bleu Souvenez-vous Sa musique a gagnĂ© L’armistice est signĂ© pour un temps il est fait Ă©tat ici du concert donnĂ© dans la nuit du 10 au 11 novembre 2008 galerie de Berlinval - direction Richard BrĂ©chet - 02290 Morsain- ndlr *** "Lacrimosa" du Requiem de Krzysztof Penderecki par GaĂ«lle Josse pour jlmi ! Une incision dans le silence la voix s’élance attente d’une rĂ©ponse un geste un accueil Les cordes ont tracĂ© des lignes invisibles & posĂ©es sur ce fil les voix cherchent la lumiĂšre C’est un ciel mat un soleil pĂąle qui croĂźt lentement les voix parlent d’un rivage d’un lieu Ă  partager & les vibrations mĂȘlĂ©es racinent au ventre La voix vacille un abandon immersion un espace dĂ©sirĂ© comme une caresse nous maintenant apaisĂ©s consolĂ©s Dehors le sommeil des pierres & l’herbe a cessĂ© son murmure l’ombre tressaille un halo en lisiĂšre de la voix si nous ne tremblons pas nous ne savons pas aimer L’ombre se creuse envahit des espaces inexplorĂ©s nos mains cĂšdent et glissent oh ces dĂ©sirs qui nous demeurent nous si dĂ©munis La voix ocĂ©an & vague & bercement la voix nuage appelle le reflet d’un infini la terre s’éloigne Une absence un cercle s’est refermĂ© nos mains vides ouvertes sur un secret un fil brisĂ© L’écorce de nos peurs rompue *** "The Lotus eaters" de Lisa Gerrard & Dead can Dance par Bruno TomĂ©ra sur un envoi de jlmi Quand tu m'as envoyĂ© ce lien youtube Dead can dance, je tirais une Chesterfield on tire ce qu'on peut... Ă  grandes bouffĂ©es de dĂ©sespoir le goudron caramĂ©lisĂ© est pas si dĂ©gueu que ça... tu sais que je ne crois plus en grand chose et surtout pas dans l'humain, biologie gĂ©nĂ©tique oblige cette engeance s'est incrustĂ©e partout, mĂȘme lĂ  oĂč il fallait pas, faut toujours que ça se rĂ©pande. Bon la dame chante et me voilĂ  englouti dans la matrice du monde, c'est envoĂ»tant, chaud, mystĂ©rieux et pourquoi pas souriant, me voilĂ  dans le propulseur d'Ă©lectrons Ă  remonter le compte Ă  rebours de la vie avec cette voix Ă  vous envoyer en l'air direction la nanoseconde du grand orgasme de l'univers. Cette mort qui peut danser, on peut donc l'emmener en boite... Quelques jerks techno Ă  son bras avant la derniĂšre biĂšre... Cool mon TaraOOOviste, vraiment cool. Slade " Cum On Feel The Noize" & The Cure "Just Like Heaven" par Bruno TomĂ©ra ça sent le fute Ă  pattes d'ef, la 104 peugeot, les cheveux longs, les boutons sur la tronche, le litre Ă©toilĂ© qui roule sur le plancher, la gauloise bleue et la petite "bandidos " Ă  cotĂ© avec ses premiers collants et sa mini raz la touffe Ă©cossaise avec le radio cassette Ă  fond la caisse vers la prochaine fĂȘte foraine et ce tour de chenille et la loterie de l'immense peluche et la barbe Ă  papa que l'on dĂ©vore Ă  deux mĂ©langĂ©e dans ces bĂ©cots pubĂšres et baveux et ce foutu p'tit coeur qui se demande ce qu'il lui arrive et qui en demande encore encore et encore. et 15 ans plus tard, en dĂ©sintox, avec les cheveux longs, la larme facile, l'allure corbeau de la petite " Bandidos " qui voulait plus de baisers baveux, les futes se sont rĂ©trĂ©cis made in china, le baladeur avec Ă©couteurs est plus lĂ©ger, le cƓur est plus chargĂ©, qu'importe on entame le long cheminement d'un corps vers un autre corps avec d'autres Ă©motions, on copule le brin d'herbe ou simplement la raison d'ĂȘtre, on aime encore et encore et on en veut encore et encore *** "Take Five" de Dave Brubeck par Isabelle Le Gouic J'Ă©coute Take five, les yeux fermĂ©s. Mais quelle est sa couleur ? Un swing dans la mĂ©lodie, un rythme imprimĂ© par Dave Brubeck au piano, sur le clavier, des noires, des blanches... Et pourtant... Un souffle accrochĂ© au saxo de Paul Desmond, des notes qui s'envolent de la portĂ©e, des noires, des blanches... Et pourtant... Des silences insufflĂ©s par Joe Morello dans son chorus Ă  la batterie, Des blancs, du noir... Et pourtant... Du noir et blanc ? Non, fermez les yeux... Je crois que Take five est bleue. On n'est pas sĂ©rieux quand on a 2 fois 17 ans... On chope cette musique-lĂ , on la fait sauter comme des gouttes de pluie sur des cordes IT'S NOT A MISTAKE, IT'S JUST A JOKE ! Allez les gars, on n'est pas tristes ce soir. Take five colle aux tympans puis dĂ©colle autrement. Fermez les yeux... La guitare embarque jusqu'Ă  deviner la sensualitĂ© des collants. Vertu de l'impromptu... Non, je sais, on n'est pas sĂ©rieux quand on a 2 fois 17 ans. *** "Requiem" & "Avec le temps" de LĂ©o FerrĂ© par Bruno TomĂ©ra Ce mec quand tu l'Ă©coutes Ă  14 balais, ça fait un merveilleux dĂ©gĂąt, je vous le souhaite Ă  tous. *** Le "JaurĂšs" de Brel version Zebda par Bruno TomĂ©ra BORDEL Il feule grave le chat dans le quotidien et l'Ă©coute en se penchant sur les camarades merdeux et rĂ©alistes de la fin de mois dĂ©butant Ă  partir du cinquiĂšme jours, Ă  se casser les nerfs pour le loyer et la bouffe nĂ©cessaire parce que ça bouffe un chĂŽmeur ou un smicard ou un prĂ©caire de chez bouche trou .... "vive la sociale" ! *** En Ă©coutant la voix de Cathy Garcia, par GaĂ«lle Josse impro vocale et sitar Ă©lectrique... Les femmes avaient allumĂ© un feu ; elles avaient nourri les bĂȘtes entravĂ©es pour la nuit, encloses dans leur odeur de bĂȘtes. Elles avaient tirĂ© de l’eau au puits, et nourri les hommes de galettes cuites sous la cendre, puis les enfants, qui avaient ensuite rejoint leurs rĂȘves, sous de lourdes Ă©toffes drapĂ©es dans le sombre des tentes amarrĂ©es au sable. Elles avaient gardĂ© auprĂšs d’elle les plus jeunes, accrochĂ©s au sein, aux jupes, rivĂ©s au cercle obscur et rassurant que leur prĂ©sence dessinait autour d’elles, et veillĂšrent sur leur sommeil. Puis elles mangĂšrent Ă  leur tour, en partageant ce qui restait. Nomade, celui qui marche son royaume est une dune une steppe une tente & le vent toujours & des troupeaux de chevaux fiĂ©vreux enflammĂ©s Ensemble elles chantĂšrent des airs venus de trĂšs loin, venus des profondeurs de leurs corps et des replis les plus secrets de leurs mĂ©moires, et elles les offrirent Ă  la nuit. Ensemble elles dirent ce qu’elles savaient des joies et des peines qui se dĂ©posent sur le fil des jours, des peurs qui se dressent Ă  la nuit venue, comme des montagnes qu’il faut gravir chaque matin. Elles parlĂšrent de leurs sangs et des enfants qui croissent dans le ventre comme des fleurs de chair, et des musiques qui les apaisent. Nomade, celui qui rĂȘve de caravansĂ©rails de feu partagĂ© de thĂ© sucrĂ© & amer, de chevelures lourdes, de peaux mates, de vulves impatientes oĂč s’affranchir de toutes les solitudes Elles parlĂšrent des puits d’oĂč l’on tire l’eau fraĂźche qui abandonne ses arabesques sur la peau, des puits Ă  l’eau miroir, des puits dont on ne sait le fond. Elles parlĂšrent du dĂ©sir des hommes et de leur dĂ©sir Ă  elles et de ces cris et de ces tremblements et de leurs corps nus si beaux si fragiles. Nomade, celui qui jette les dĂ©s chaque matin caravane de sel en marche & s’arrĂȘte lĂ  oĂč la nuit descend & la Croix du Sud qui veille Elles parlĂšrent du monde, du si peu d’amour qu’on y trouve, et de tout l’amour qu’il faut recueillir avec patience pour parvenir Ă  vivre, et des traces que l’on suit sans savoir oĂč elles mĂšnent, des exils chaque jour recommencĂ©s, des pierres qui marquent les tombes, des paroles qui guĂ©rissent, du vol des nuages, de la course des Ă©toiles et des bĂȘtes qu’il faut tenir en respect. Nomade, celui qui se nourrit de vent de sable & rĂȘve de Samarcande, d’un Ă©talon dressĂ©, dents et sabots, d’une selle incrustĂ©e d’ivoire, de bijoux lourds comme des chaĂźnes La nuit apportait avec elle des ombres claires, des silhouettes de silence et de mystĂšre. SalomĂ© et la Reine de Saba surgirent des sables d’ocre et de rose. Elles dansĂšrent dans la houle de leurs cheveux et elles burent du vin, car l’heure Ă©tait Ă  se rĂ©jouir. Elles retirĂšrent leurs bijoux, dĂ©posĂšrent leurs parures et le sable froid frĂ©mit sous leurs pieds, et elles se mirent Ă  rire autour du grand feu. Nomade, & des dĂ©parts & le vent toujours Puis le jour vint faire l’offrande de ses couleurs, comme chaque jour. Les femmes se mirent en marche, et les enfants marchĂšrent avec elles. Longtemps on les entendit chanter dans les lointains, sur les chemins qu’elles avaient vus en songe et qui s’effaçaient sous leurs pas, recouverts par le vent. aquarelles jlmi *** J. Brahms Intermezzo n°1 op. 117 1892 par GaĂ«lle Josse Mais non, rassurez vous, ne vais pas vous faire le coup Aimez-vous Brahms ? », ni vous convier Ă  une aimable causerie sur le dernier des grands romantiques, avec champagne et petits fours Ă  la sortie. Juste partager un peu avec vous, puisque Evazine m’y invite, quelques-unes des musiques que j’aimeuh. J’ai pensĂ© Ă  cet Intermezzo de Brahms qui me trotte dans la tĂȘte en ce moment. C’est une musique douce pour l’hiver, trois pages qui installent une atmosphĂšre pas gaie gaie mais consolante et tourmentĂ©e Ă  la fois. Poignante, tout compte fait. Tiens, au passage, comme c’est dur de parler de musique, on voit bien que les mots trouvent lĂ  leurs limites ! Mais bon, Brahms, quand mĂȘme, il faut que je vous le dise, j’aime franchement bien. Le personnage a un cĂŽtĂ© vieil ours solitaire, imprĂ©gnĂ© de l’odeur de tabac et de biĂšre des tavernes de Hambourg, Ă©voluant dans les brumes de la Mer du Nord, dans ces paysages chers Ă  Gaspard Friedrich. Mais avant de devenir le gros monsieur ventru et barbu qu’on voit sur ses derniĂšres photos, vĂ©nĂ©rĂ© reconnu admirĂ© du monde musical europĂ©en, installĂ© Ă  Vienne, il fut d’abord un enfant gagnant sa vie et celle de sa famille dĂšs l’ñge de treize ans, en jouant du piano bastringue dans les tavernes de Hambourg, justement. Ca crĂ©e des habitudes. Jusqu’au jour oĂč, Ă  l’ñge de vingt ans beau comme pas permis sur les portraits de l’époque, il dĂ©boule comme ça sans prĂ©venir chez le couple Schumann installĂ© Ă  DĂŒsseldorf. Robert et Clara, lui compositeur et chef d’orchestre dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre, elle pianiste virtuose adulĂ©e de Paris Ă  St PĂ©terbourg. Il arrive chez eux et se met au piano. Robert hurle dans l’escalier Viens vite, Clara, un gĂ©nie ! » authentique. De ce jour nait une amitiĂ© Ă  la vie Ă  la mort, ou indĂ©fectible, comme on dit dans les biographies chics. Lorsque Schumann sera internĂ© Ă  l’asile d’Endenich Ă  la suite de son plongeon manquĂ© dans le Danube c’est une autre histoire, je vous raconterai ça une autre fois si vous voulez, parce que Schumann, c’est quand vous voulez, il sera l’un des rares Ă  venir le voir, jusqu’à sa mort. Il restera ensuite l’ami de Clara jusqu’à la mort de celle-ci, qui continuera Ă  donner des concerts et Ă  dĂ©fendre l’Ɠuvre de son mari jusqu’à un Ăąge canonique, histoire aussi de nourrir les huit enfants que son gĂ©nial schizophrĂšne de mari lui laissait sur les bras. Ami, ami, on ne sait pas trop. Les musicologues qui n’ont rien d’autre Ă  faire dĂ©battent sans fin sur cette amitiĂ© passionnĂ©e, exclusive et ambiguĂ«. Mais bon, on n’y Ă©tait pas, ils choisirent de brĂ»ler un jour leur correspondance et c’est leur affaire. Toujours est-il que Brahms n’aura pas d’autre femme dans sa vie, si ce n’est une vellĂ©itĂ© de fiançailles avec une des filles de Clara, justement. Louche. Intermezzi et autres piĂšces brĂšves Brahms a composĂ© une Ɠuvre extraordinairement dense, multiple, et pas seulement une sonnerie de portable et une musique pour les pubs de voiture, ordinairement connue sous le vocable de 5Ăšme dans hongroise », avec effets violons sur synthĂ© et gros lyrisme Ă  deux balles. C’est peu connaĂźtre l’animal innombrables et merveilleuses compositions pour piano, musique de chambre sonates piano violoncelle Ă  se passer en boucle notamment, concertos celui pour violon est un des greatest hits » du genre, symphonies, rhapsodie, chƓurs, requiem, lieder
 C’est simple, tout sauf l’opĂ©ra. Parmi ses Ɠuvres pour piano, des grandes formes » sonates, variations, et une multitude de formes brĂšves, ballades, Intermezzi, fantaisies, KlavierstĂŒcke
 C’est parmi ces courtes piĂšces que se niche l’intermezzo qui nous intĂ©resse. Il est caractĂ©ristique du compositeur sombre et lyrique, d’une grande richesse et d’un grand raffinement harmonique. Un premier thĂšme, trĂšs chantant, inspirĂ© d’une ballade Ă©cossaise, une berceuse triste. La partie centrale est rĂ©solument plus grave et plus agitĂ©e, avec une mĂ©lodie sombre Ă©mergeant d’un halo sonore, puis on assiste Ă  une reprise de thĂšme initial quelque peu variĂ© et enrichi. C’est d’une grande simplicitĂ©. Techniquement un peu complexe, avec des plans sonores diffĂ©rents Ă  mettre en place et des tonnes de bĂ©mols et doubles bĂ©mols dans la partie centrale, ce qui donne cette sonoritĂ© trĂšs dĂ©licate, un peu irrĂ©elle. C’est pour moi une piĂšce d’une absolue poĂ©sie, dans son dĂ©pouillement et son absence d’effets. Il n’y a que la musique. Il lui faut une certaine lenteur, sans lourdeur, sans pathos. Pas si simple ! On en trouve sur You Tube diffĂ©rentes interprĂ©tations, avec du bon et du beaucoup moins bon, mais chacun ses goĂ»ts. Je vous en propose trois que j’aime bien, pour varier selon les humeurs de jour ou de la nuit, avec des approches sonores et des personnalitĂ©s d’interprĂštes trĂšs diffĂ©rentes celle de Catherine Collard, lente, sobre et sensible, d’une grande puretĂ© de son, presque immatĂ©rielle, avec un toucher trĂšs lĂ©ger. Attention la prise de son est basse, il faut monter le son presque au max... celle de Gyula Kiss connaissais pas,un peu plus rapide, avec un beau toucher et une rĂ©elle Ă©motion. MĂ©rite vraiment d’ĂȘtre dĂ©couvert. et celle d’HĂ©lĂšne Grimaud, trĂšs polyphonique, avec de magnifiques passages, beaucoup de relief, de densitĂ©, par moments un peu lourde peut-ĂȘtre. patientez douze petites secondes avant le dĂ©part de la musique ndlr VoilĂ , c’était le marchĂ© du jour. Et toutes les autres versions sont accessibles d’un clic
 Let’s go, friends ! ***
original title) It's Christmas, Eve: Argentina: El milagro navideño de Eve: Australia: It's Christmas, Eve: Brazil: Natal Sob as Estrelas: France: Coup de foudre sur une mélodie de Noël

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Avez-vous gardĂ© le souvenir du dĂ©fi que vous m'avez portĂ© il y a trois ou quatre ans ? Tout Ă  la joie d'avoir identifiĂ© les hĂ©roĂŻnes de Murger Marie, Mariette, Musette et Mimi, je vous apportais les preuves... Vous m'interrompĂźtes, en disant Si cela n'Ă©tait pas impossible vous arriveriez Ă  trouver qui Ă©tait Madame Stoltz. » J'Ă©prouve un nouveau plaisir Ă  vous prouver que le mot impossible n'est pas Irançais et je vous dĂ©die ce petit volume, dont vous vous trouvez avoir Ă©tĂ© le grand-pĂšre, sans votes en douter. Cette parentĂ© ne peut que resserrer les liens de notre solide amitiĂ©. J'espĂšre que vous parta- gerez ma joie. Gustave BORD. Paris, ce 1'' Mai 1909. RosiNA STOLTZ Victoire NOËL 1815-1903 L'ENIGME La pseudomanie, ou maladie du mensonge, est au moins aussi rĂ©pandue que la klepto- manie ; moins dangereuse socialement parlant, c'est la vraie lĂšpre de l'histoire anecdotique, sinon de l'histoire plus sĂ©rieuse. Et* pourtant, cette maladie n'est pas faite pour dĂ©plaire Ă  tous les lecteurs. Combien aride, combien sommaire ne serait pas l'anecdote, si l'Ă©crivain n'ajoutait pas une pointe d'imagination Ă  la simple vĂ©ritĂ© ; seul l'esprit de l'escalier donne la vraie rĂ©plique, la meilleure. 8 ROSINA STOLTZ Je ne sais si Madame Stoltz raisonnait ainsi lorsqu'elle racontait sa vie ? Je crois plus volontiers que son amour-propre aidant, elle a surtout flattĂ© sa vanitĂ©, entretenu son fol orgueil, assouvi son appĂ©tit dĂ©mesurĂ© des grandeurs. Reine de beautĂ© et d'intelligence, aussi bien que reine de théùtre, lorsqu'elle dut quitter la scĂšne il ne lui a pas plu d'abdiquer ses royau- tĂ©s Ă©phĂ©mĂšres et peut-ĂȘtre n'aurait-elle pa5 pu prĂ©ciser le moment exact oĂč elle passait de l'il- lusion théùtrale vraie, Ă  la rĂ©alitĂ© de la vie tra- vestie. A ses principaux rĂŽles il lui fallut associer des titres ; elle finit par croire Ă  ses inventions et, peut-ĂȘtre, celui qui eĂ»t Ă©mis des doutes en sa prĂ©sence, l 'aurait-il profondĂ©ment surprise. La LĂ©onor de la Favorite ne fut-elle pas la mĂšre de la Marquise d' Al ta villa, l'Alice de Ro- bert, celle de la Princesse de Lesignano, la Fi- dĂšs du ProphĂšte, celle de la Comtesse de Kets- chendorf et Estralla de l'Etoile de SĂ©ville, celle de la Princesse de la Paix. Le public ne fut-il pas aussi quelque peu son complice, en ajou- tant une erreur Ă  toutes celles qu'elle avait ac- l'Ă©nigme 9 cumulĂ©es. Son triomphe dans le rĂŽle de Racuel ne fut-il pas la cause de l'origine juive qu'on lui attribua, oubliant que la Rachel d'HalĂ©vy n'Ă©tait pas juive de race. La fortune inespĂ©rĂ©e de Lola MontĂ©s, l'al- liance aristocratique de Marie Taglioni et le grand mariage de la Mogador furent aussi un stimulant. La maladie dont Ă©tait atteinte Madame Stoltz Ă©tait tellement profonde et contagieuse, qu'elle contamina mĂȘme les objets qui l'entour-dient ; pour avoir jouĂ© Ascaiiio dans le cĂ©lĂšbre opĂ©ra de Berlioz, lorsqu'en 1847 elle vend ses meu- bles et sa galerie, son Christ devient l'Ɠuvre de Benvenuto Cellini. Ses tableaux du mĂȘme coup sont Ă©tiquetĂ©s des plus grands noms Rembrandt Murillo, Titien, etc. La cruelle rĂ©alitĂ© qui veille aux portes de la salle Drouot remet chaque chose Ă  sa place et lui donne sa vĂ©ritable va- leur. Les estimations des sculptures des grands maĂźtres florentins et bolonais ne dĂ©passent guĂšre le prix de bonnes reproductions conuner- ciales achetĂ©es d'occasion. Les tableaux des grands maĂźtres n'atteignirent pas les chiffres 10 ROSINA STOLTZ des bonnes copies de maĂźtres secondaires re- produites par des copistes professionnels ! AssurĂ©ment Madame Stoltz dut se croire vo- lĂ©e et c'est trĂšs sincĂšrement que, supixsant qu'on avait fait Ă  son dĂ©triment des aiTaires d'or, elle retira ses chefs-d'Ɠuvre des enchĂšres. Pourquoi s'Ă©tonner de cette foire aux illu- sions ? Le théùtre transpose toutes choses ti- tres, costumes, monuments et paysages, Ma- dame Stoltz n'est-elle pas plus excusable que GĂ©rard de Nerval faisant croire Ă  sa descen- dance napolĂ©onienne ou Victor Hugo affirmant ses origines chevaleresques ? GĂ©rard de Nerval n'en fut pas moins un grand Ă©crivain. Victor Hugo un poĂšte de gĂ©nie et Ma- dame Stoltz une artiste de premier ordre. Pourtant, il faut l'avouer, je ne puis en vou- loir Ă  Madame Stoltz de tous ses mensonges, de toutes ses illusions, puisque je suis parvenu Ă  dĂ©voiler les uns et Ă  dissipeo les autres. Quelle joie pour un chercheur de s'attaquer Ă  une pa- reille adversaire, vĂ©ritable gĂ©nie des combinai- sons compliquĂ©es, des enchevĂȘtrements savants, des fausses pistes habiles, des demi-vĂ©ritĂ©s plus difficiles Ă  dĂ©brouiller que des mensonges in- l'Ă©nigme il ventĂ©s de toutes piĂšces. Et, chez Madame Stoltz. on rencontre toutes ces embĂ»ches. Elle parle faux avec une virtuositĂ© inimitable, elle dĂ©- forme la vĂ©ritĂ© avec une maĂźtrise dĂ©licieuse ; on croit la saisir elle vous Ă©chappe ; elle vous Ă©chappe encore quand on la tient. On croit avoir tout dĂ©couvert, et l'on se heurte Ă  une nouvelle aventure abracadabrante. J'imagine que ceux auxquels elle racontait toutes ses his- toires extraordinaires ne la croyaient pas, en gros, mais Ă©taient ses dupes, en dĂ©tail. Quels accents sincĂšres, quelles apparences dĂ©concer- tantes ! Sa vie est machinĂ©e comme celle de Monte- Christo. Elle a le mensonge sĂ©duisant et sĂ©duc- teur. Je sais tel de ses amis qui croit encore Ă  toute sa thĂ©orie de lĂ©gendes gracieuses ou sĂ©vĂš- res qu'elle Ă©grainait comme un collier de perles fausses, imitĂ©es Ă  s'y mĂ©prendre. Combien de fois ai- je ragĂ© lorsque je ne trou- vais pas, mais aussi avec quelle joie je lui par- donnais, lorsque j'Ă©tais parvenu Ă  dĂ©brouiller l'enchevĂȘtrement de ses stupĂ©fiantes odyssĂ©es. On n'a jamais affirmĂ© la vĂ©ritĂ© avec autant 12 ROSINA STOLTZ de sincĂ©ritĂ© qu'elle en mit Ă  faire circuler Terreur. Et cependant, elle n'a pas jouĂ© sans dĂ©fail- lance son rĂŽle dans la vie ; ce n'est pas seule- ment Ă  la premiĂšre de Robert Bruce qu'elle a chantĂ© faux. Heureusement pour moi, elle s est contredite et parfois la vĂ©ritĂ© lui a Ă©chappĂ© ; parfois aussi, mise au pied du mur, elle a dĂ» avouer ses mensonges. Elle y revenait aussitĂŽt, il est vrai, mais on avait pu prendre terre ; comme il fallait jouer serrĂ©, avancer prudem- ment, tout vĂ©rifier, faire des retours, dĂ©pister des hourvaris, reconnaĂźtre les contre-pieds avant de sonner l'hallali ! Comme elle faisait courageusement tĂȘte ; la curĂ©e Ă©tait loin des abois. Ce laisser-courre aura Ă©tĂ© ma grande joie de chercheur, aussi suis- je plein d'indulgence pour elle et je demande en grĂące au lecteur de n'ĂȘtre pas plus sĂ©vĂšre que moi pour cet ĂȘtre extraordinaire, qui fut une femme ravissante, bonne quand elle en eut le temps, spirituelle chaque fois qu'elle en eut l'occasion et grande artiste au lendemain de la mort de Malibran 1. 1 Morte Ă  Manchester, le 23 septembre 1836. LENIGME 13 Et pourtant elle ne cessa jamais, de l'autre cĂŽtĂ© de la rampe, d'ĂȘtre reine de théùtre ; ud peu trop reine mĂȘme trop de dignitĂ©, de pompe et d'autoritĂ©. Les vraies reines sont parfois de simples femmes et des femmes simples, mĂȘme quand on les regarde ; Madame Stoltz dĂ©pas- sait la mesure, manquait de goĂ»t par excĂšs de distinction trop recherchĂ©e ; elle Ă©tait trop royale, mĂȘme quand on ne la regardait pas. En signalant ce manque de nuance, on ne peut cependant pas plus lui en vouloir qu'Ă  la demi-mondaine trop collet montĂ©. Cette atti- tude vaut mieux, aprĂšs, tout, que les propos trop lestes de la femme comme il faut, qui dĂ©- sire qu'on la prenne pour ce qu'elle n'est pas. Enfin, les fantastiques mensonges de Ma- dame Stoltz m'auront appris deux vĂ©ritĂ©s, deux axiomes, que je recommande Ă  mes confrĂšres trop Imaginatifs Le premier est qu'une femme peut mentir de bonne foi en parlant de soi ; et le deuxiĂšme est que le pire illogisme qu'on puisse faire est de chercher au nom de la logique Ă  expliquer les actes des gens qui en manquent. Il est trĂšs rare, en effet, de rencontrer un personnage 14 ROSINA STOLTZ ayant conduit sa vie entiĂšre conformĂ©ment aux thĂ©ories qu'il affichait ; presque toujours cel- les-ci sont l'expression des qualitĂ©s qu'il n'avait pas. II ILLUSIONS Daiis quelte attitude a-t-il plu Ă  Madame Stoltz de se prĂ©senter devant la postĂ©ritĂ© ? Si elle tenait Ă  son prestige d'artiste sincĂšre, elle tenait encore plus Ă  la clincaillerie de ses fausses gĂ©nĂ©alogies ; aprĂšs avoir connu, dans l'intimitĂ©, grands seigneurs et tĂȘtes couronnĂ©es, sa vanitĂ© semble avoir fait une formidable ex- plosion. Elle avait alors une cinquantaine d'an- nĂ©es 1865. Ses prĂ©tentions n'eurent bientĂŽt plus de bor- 16 ROSINA STOLTZ lies et voici ce qu'elle racontait Ă  tout venant jusqu'Ă  l'Ă©poque de sa mort. TantĂŽt elle Ă©tait nĂ©e en Espagne, tantĂŽt Ă  Messine, d'une grande famille Hispano-Ita- lienne Je suis nĂ©e Marquise Rosa-Carolina d' Al ta villa, disait-elle et Ă©crivait-elle. De son mariage, en 1837, avec Alphonse Lescuyer et du fils qu'elle avait eu de lui l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente elle parle peu ; l'oubli Ă©tait vite venu et tant d'Ă©vĂ©nements s'Ă©taient succĂ©dĂ© depuis Ăź En 1848, elle a un fils ; elle laisse croire, elle invite mĂȘme Ă  croire qu'Ernest II de Saxe Gobourg- Gotha est son pĂšre, mais elle dĂ©clare Ă©galement qu'elle a Ă©pousĂ© un Comte de Stol- zenau de Ketschendorf ; c'est ce dernier nom que portera son hĂ©ritier prĂ©somptif. Le chĂą- teau de Stolzenau dont elle transportait un dessin dans ses dĂ©placements, Ă©tait un immense manoir fĂ©odal flanquĂ© de quatre tours, perchĂ© sur une montagne rocailleuse au-dessus duquel planaient les aigles. Apanage des princesi de la maison de Cobourg de mĂȘme que le comtĂ© de Ketschendorf, pour entrer en possession du chĂąteau et des titres il lui avait fallu l'assen- timent de LĂ©opold P"" de Belgique et de la reine ILLUSIONS 17 Victoria comme veuve et hĂ©ritiĂšre du Prince Consort ; par son alliance avec Ernest II elle cousinait donc avec les maisons royales de Bel- gique, d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. L'invention de cette somptueuse parentĂ© fait douter de l'authenticitĂ© des titres et de la rĂ©a- litĂ© du repaire de burgraves. Quelque grandiose que soit son nouveau rang social, il lui parut insuffisant ; elle souhaita plus encore. Etre Pape, ĂȘtre Empereur, avait rĂȘvĂ© le Charles-Quint de Victor Hugo. Madame Stoltz tenait Ă  l'Empire, elle re- chercha les liens qui pourraient la rattacher Ă  la PapautĂ©. A une alliance avec les MastaĂŻ, il ne fallait pas songer ; elle se dĂ©clara simple- ment filleule de Pie IX. Comment, Ă  cinquante- neuf ans, peut-on devenir filleule du Pape, alors qu'on a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© baptisĂ©e et qu'on a racontĂ© Ă  tout venant qu'on avait eu la duchesse de Berry pour marraine ? Madame Stoltz ne s'embarrassa pas pour si peu elle imagina de raconter qu'elle avait, moyennant lires donnĂ©es au Cardinal Antonelli, Ă©pousĂ©, in articulo mortis, un no- nagĂ©naire, le Prince de Lesignano. Le Pape 18 ROSIN'A STOLTZ avait signĂ© au contrat et, de ce fait, elle Ă©tait devenue la filleule du Pape ; et voilĂ  ! Ses contemporains crurent Ă  cette histoire extravagante, cela est certain. A ceux qui ma- nifestaienjt des doutes, Madame Stoltz mon- trait, encadrĂ©e Ă  cĂŽtĂ© du chĂąteau de Stolze- nau, une piĂšce en latin sur parchemin, signĂ©e Antonelli et Pio Nono, attestant le mariage et le parrainage ; sans avoir vu la piĂšce, on peut en attester la faussetĂ©. AprĂšs cette parentĂ© spirituelle pontificale, une autre que Madame Stoltz aurait pu se croire ĂȘtre arrivĂ©e Ă  l'apogĂ©e de la splendeur nobi- liaire. Si elle tenait, d'autre part, Ă  presque toutes les maisons souveraines d'Europe, y compris la Maison d'OrlĂ©ans, par les Saxe-Co- bourg, les Bourbons d'Espagne, les plus prĂšs du sang de Louis XIV, Ă©taient d'une parentĂ© bien lointaine, bien insuffisante. Voici ce que Madame Stoltz imagina pour la faire rentrer sous son giron. Manuel GodoĂŻ, le fameux Prince de la Paix 1767-1851, avait Ă©pousĂ© en premiĂšres noces une Princesse de Bourbon d'Espagne d'oij, en- tre autres hĂ©ritiers, un petit-fils, Manuel-Char- ILLUSIONS 19 les-Louis, Prince Godoy de Bassano, nĂ© Ă  Pa- ris, le 31 octobre 1828. Le Godoy, alors ĂągĂ© de 50 ans, vivait misĂ©rablement Ă  Saint-SĂ©bastien, de la profession de croupier aux petits che- vaux. Et, cependant, d'aprĂšs un vote des Cor- tĂšs, il lui Ă©tait dĂ», avec les intĂ©rĂȘts, prĂšs de 200 millions du chef de son grand-pĂšre. Ma- dame Stoltz l'Ă©pouse en 1878, et, munie a 'un numĂ©ro de la Gazetta de Madrid, constatant ra crĂ©ance de son mari, elle se rend Ă  la Granja, et obtient une audience de S. M. Alphonse XII. PrĂ©venu du but de sa visite, le Roi lui laisse exposer sa requĂȘte sans l'interrompre. AprĂšs quelques parois aimables, il lui montre un reçu en bonne et due forme signĂ© par l'Ă©poux de la requĂ©rante qui, moyennant un million payĂ© comptant, avait donnĂ© quittance des fa- meux 200 millions. Furieuse, Madame Stoltz renie son Ă©poux, et, pour en ĂȘtre dĂ©barrassĂ©e, lui consent une pension viagĂšre de fr., Ă  la condition qu'il ne mettra jamais les pieds en France. Ce n'Ă©tait vraiment pas payer trop cher, une alliance avec la plus ancienne mai- son souveraine d'Europe. Nous verrons ce qu'il faut croire de cette fable. 20 ROSINA SÏOLTZ Ce fut son dernier mariage. VoilĂ  ce que racontait Madame Stoltz sur ses alliances ; mais elle racontait bien d'au- tres choses encore. Elle intervenait dans les destinĂ©es des peu- ples et manifestait sa puissance mondiale en occupant les fonctions de diplomate amateur. Ainsi, elle prĂ©tendait avoir jouĂ© un rĂŽle impor- tant dans la politique extĂ©rieure du second Em- pire. Elle n'avait pas cru devoir faire moins pour Nicolas P"" que de le prĂ©venir de la dĂ©cla- ration de guerre que NapolĂ©on III devait lui faire ; elle lui aurait envoyĂ© un livre reliĂ© en velours bleu, dont la signification convenue, Ă©tait l'ouverture prochaine des hostilitĂ©s. En 1859, elle avait pris part aux pourparlers qui avaient prĂ©cĂ©dĂ© et suivi la guerre d'Ita- lie ; elle aurait collaborĂ© au traitĂ© de com- merce avec l'Angleterre. En 1870, abandonnant ingratement son pairain, elle avait provoquĂ© l'Ă©vacuation de Rome par les troupes fran- çaises. Quelques annĂ©es plus tard, son inter- vention Ă  la cour de Vienne avait empĂȘchĂ© une dĂ©claration de guerre de la Prusse Ă  la France. Elle aurait eu alors une mission difficile Ă  la ILLUSIONS 21 cour d'Autriche ; on lui aurait recommandĂ© Ă©ga- lement de surveiller Madame B... de B... qui quoique Française, faisait Ă  cette mĂȘme cour le jeu de la Prusse. Tout en songeant Ă  nos destinĂ©es futures, elle ne nĂ©gligeait pas les souverains passĂ©s. Elle causait frĂ©quemment avec Marie-Antoi- nette, qui se rendait Ă  toutes ses convocations psychiques. Comme tout devait ĂȘtre bizarre et inconsĂ©- quent dans cette curieuse femme, tout en agi- tant les oripaux de ses faux titres, elle s'occu- pait aussi de sociologie, et comment ? En 1880, elle publiait Ă  Bruxelles, les Constitutions de toutes les nations du globe, les commentait, les expliquait, les critiquait. De ces 600 pages in-folio, les 10 pages de la prĂ©face sont Ă  rete- nir Ce que Rosa, nĂ©e Marquise d'Altavilla, Princesse de Lesignano, etc., admirait le plus, c'Ă©tait les Droits de l'homme et du citoyen. Les grands hommes du XVII P siĂšcle sont, Ă  son avis, SieyĂšs et le Colonel Combes, et, ce qui est le plus curieux c'est que cette femme qui a si souvent altĂ©rĂ© la vĂ©ritĂ©, explique pourquoi, et donne sur ces deux personnages quel- 22 ROSINA STOLTZ ques menus renseignements inĂ©dits et, ce qui est tout Ă  fait invraisemblable, c'est que ces renseignements sont exacts. C'est Ă  ne plus rien croire ! 1 Enfin, Madame Stoltz n'oublia pas que la mort pouvait l'atteindre Son fils ayant Ă©tĂ© Ă©levĂ© Ă  Juilly, elle fit construire dans le parc des Oratoriens un mausolĂ©e pour recevoir ses restes mortels. C'Ă©tait, disait-elle, un superbe monument, du style corinthien, Ă©difiĂ© sur le sommet d'une Ăźle en pain de sucre qui ornait la piĂšce d'eau de Juilly. Une seule lui pa- raissant insuffisante, elle en avait fait cons- truire une seconde, plus somptueuse encore, dans le cimetiĂšre de Nioe ! Une pour l'Ă©tĂ©, l'au- tre pour l'hiver. C'est au milieu de ce dĂ©dale d'incohĂ©rences qu'il me fallut commencer mes recherches. A i>eu de dĂ©tails prĂšs, voilĂ  ce que racontĂšrent presque tous les journaux, politiques et musi- caux, au moment de la mort de la cĂ©lĂšbre can- tatrice. Qu'y avait-il de vrai dans cette Ă©norme 1 Pour tout dire, cet ouvrage Ă©tait l'Ɠuvre d'un Ă©rudit Belee M. Gustave Oppelt 1817-1888. ILLUSIONS 23 gerbe de faits contradictoires et invraisembla- bles? Les dictionnaires et quelques journaux apprenaient bien qu'elle Ă©tait nĂ©e Ă  Paris en 1815 et qu'elle s'appelait Victorine NoĂ«l, mais aucun d'eux n'Ă©taient du mĂȘme avis. Un jour- naliste venimeux avait bien insinuĂ© qu'elle Ă©tait nĂ©e dans une loge 1 AprĂšs avoir exposĂ© les faits tels qu'ils avaient Ă©tĂ© portĂ©s Ă  la connaissance du public par Ma- dame Stoltz et par ses contemporains, cher- chons la vĂ©ritĂ© en remarquant qu'il est bien heureux que Madame Stoltz n'ait pas connu l'idĂ©al rĂȘvĂ© par Benvenuto Cellini Etre jo- lie femme jusqu'Ă  trente ans. chef d^armĂ©e jus- qu'Ă  soixante et Pape aprĂšs. » Elle eĂ»t Ă©tĂ© ca- pable de le rĂ©aliser. . . Ă  sa façon Ăź III RÉALITÉS 1815-1836 Les biographes ne sont pas tous d'accord sur son nom, ni sur son lieu de naissance, ni sur la date de son entrĂ©e dans ce monde 1. Victoire NoĂ«l naquit Ă  Paris le 13 janvier 1815. Elle Ă©tait fille de Florentin NoĂ«l et de Clara Stoll, concierges, boulevard Montpar- nasse. 1 De nombreux documents manuscrits et imprimĂ©s m'ont Ă©tĂ© aimablement communiquĂ©s par MM. Charles Malherbe, Arthur Pougin, Henri Leoomte, Teneo, Boghaert -VachĂ© et Georges Montorgueil que je tiens Ă  remercier cordialement. RÉALITÉS 25 Son pĂšre, Florentin Damarice NoĂ«l, avait alors Ă  peine 20 ans, Ă©tant nĂ© le 26 fĂ©vrier 1795, quai du Nord ancien quai des Morfondus, quai de l'Horloge actuel de Jean-François NoĂ«l, platinier et de Anne-Florentine Baillard. L'en- fant fut reconnu, le 6 germinal, an III, par le mariage des pĂšre et mĂšre ainsi qu'il rĂ©sulte de l'addition que Madame Stoltz fit mentionner sur les registres, le 7 aoĂ»t 1836, quelques mois avant son premier mariage. On a dit que Madame Stoltz Ă©tait juive et, que la duchesse de Berry qui s'Ă©tait occupĂ©e d'elle l'avait fait baptiser ; elle-mĂȘme aurait confirmĂ© le fait. Je crois qu'il faut considĂ©rer que la lĂ©gende est inexacte ; tout au moins n'en trouve-t-on aucune trace dans les dossiers d'ab- jurations, conservĂ©s Ă  l'ArchevĂȘchĂ© ; il est vrai que les resistres de 1826 Ă  1830 ont Ă©tĂ© disper- sĂ©s lors du pillage du palais ArchiĂ©piscopal ; mais, d'autre part, les registres de Saini-Ger- main-1'Auxerrois, paroisse du Louvre, qui con- tiennent de nombreux actes d'abjuration, ne font pas mention du nom de NoĂ«l et au surplus, NoĂ«l n'est pas un nom forcĂ©ment juif. Les Biographes de Madame Stoltz racontent 26 ROSINA STOLTZ que, grĂące Ă  la protection de la duchesse de Berry, la petite NoĂ«l aurait Ă©tĂ© admise en qua- litĂ© d'Ă©lĂšve, chez des religieuses bĂ©nĂ©dictines de la rue de Vaugirard. Cette affirmation est cer- tainement erronĂ©e, car il n'y avait pas de cou- vent de cet ordre rue de Vaugirard. Il s'agit peut-ĂȘtre d'un Ă©tablissement qui, en 1832, existait, depuis plusieurs annĂ©es, 3 rue de Regard, et connu sous la dĂ©nomination d'Or- phelines de la Providence, en faveur duquel une D"^ Blaut avait fait une disposition testamen- taire, ou peut-ĂȘtre encore de l'Ă©tablissement tenu, 26 rue de Regard, par Mlle DĂ©sirĂ©e Per- tuzĂ©e, en religion SƓur Marie de Lorette. En 1824, cette maison donnait asile Ă  12 jeunes filles sans travail, qu'on entretenait gratuite- ment et auxquelles on apprenait les ouvrages d'aiguille, Ă  blanchir et Ă  repasser 1. Le su- pĂ©rieur de l'asile Ă©tait l'abbĂ© de Malet. Pour y ĂȘtre admis, il fallait avoir plus de 15 ans, ce qui fait supposer que Victoire NoĂ«l n'y serait entrĂ©e qu'aprĂšs 1830. En 1832, il y avait 33 Ă©lĂšves. 1 C'est peut-ĂȘtre pour cela que Thurner raconte qu'elle fut d'abord blanchisseuse. RÉALITÉS 27 Il semble certain que Madame Stoltz a Ă©tĂ© chez Choron, qui, Ă  cette Ă©poque, avait ouvert son cours, 69 rue de Vaugirard. Thurner prĂ©- tend que ce fut Ramier, un des professeurs, qui. en 1827, remarqua sa belle voix. Alexandre-Etienne Choron, nĂ© Ă  Caen, le 21 octobre 1772, a laissĂ© des papiers volumi- neux conservĂ©s Ă  la BibliothĂšque nationale 1 ; professeur de mathĂ©matiques Ă  T Ecole poly- technique dĂšs sa fondation, puis membre cor- respondant de l'AcadĂ©mie des Beaux-Arts, il fut chargĂ©, en 1811, de rĂ©organiser les maĂźtri- ses avec le titre de Directeur de la musique des fĂȘtes religieuses. En 1814 Choron, avait Ă©tĂ© chargĂ© de distri- buer les orphĂ©ons qui devaient se trouver sur le parcours du cortĂšge, lors de la rentrĂ©e de Louis XVIII Ă  Paris. On avait placĂ© 4 orches- tres, de 16 et 17 musiciens, Ă  la BarriĂšre Saint- Denis ; 4 de 20 musiciens, porte Saint-Denis ; 2 de 16, au marchĂ© des Innocents ; un de 21, place du ChĂątelet et 2 de 16 au MarchĂ© Neuf. 1 acquisitions françaises, 263 Ă  265 et 395 Ă  298. 28 ROSINA STOLTZ Le rĂšglement de ces artistes de rencontre, ne s'Ă©tait pas fait sans difficultĂ©s. Le chef d'or- chestre suprĂȘme, plus fort en harmonie qu'en or- thographe, envoya Ă  BellangĂ© la singuliĂšre lettre ouivante, qui n'Ă©tait dĂ©jĂ  plus de l'italien, sans ĂȘtre encore tout Ă  fait du français Monsieur BellangĂ©, architeque rue du Fau- bourg PoissonniĂšre, n° 13. Monsieur, De pui ving quatre ant les musicien les jourd de fĂȘtes nationalont Ă©prouvĂ©s que friponnerie et injustices on de vait peu satendres que le jour de l'antrĂ©e de nĂŽtres justes et lesgitimmes souverain vous oublier nous fairĂšs Ă©prouvĂ©e une diminution de nos conventions faites avec M. Chauront. Sous le protexque quil i aimian- quait au Pont Neufe, d'ailleurs il vous falait prĂąndres un detachemant miltaires Ă  partir de la barriĂšre avĂȘcque les quastres orchestre ainsie de suite des autres pour nous rendres au lieux RÉALITÉS Cette lettre, en dehors de sa singularitĂ© gram- maticale, prĂ©sente une particularitĂ© inexplica- ble. En 1842, lorsque Ghampein attaquera Ma- dame Stoltz, dans sa vie privĂ©e, il l'affublera du pseudonyme de Fugantini. NommĂ© directeur de l'OpĂ©ra en 1816, Choron 30 ROSINA STOLTZ provoqua la rĂ©ouverture du Conservatoire, fermĂ© depuis 1815, sous le nom d'Ecole royale de chant et de dĂ©clamation. DĂšs 1817, il Ă©tait congĂ©diĂ©, sans pension par suite du trop grand nombre de changements qu'il avait voulu ap- porter. C'est alors qu'il fonda et dirigea 1' a ins- titution Royale » connue sous le nom de Con- servatoire de musique classique et religieuse » qui devint, aprĂšs 1830, le Conservatoire royal de musique classique de France ». Choron mou- rut Ă  Paris, le 29 juin 1834 1. L'influence artistique de Choron fut considĂ©- rable et beaucoup de grands artistes passĂšrent par son Ă©cole ou utilisĂšrent ses conseils. Je trouve, dans ses papiers, qu'Ă  une Ă©poque non prĂ©cisĂ©e, il y avait parmi ses Ă©lĂšves une nom- mĂ©e NoĂ«l appartenant Ă  la 4^ classe. Il s'agit probablement de Madame Stoltz qui. en 1829, 1 Choron mourut le 29 et non le 24 comme le disent les dictionnaires. Dans son acte de dĂ©cĂšs !!‱ arrondissement il est qualifiĂ©, Chevalier de la LĂ©gion d'Honneur, correspondant de l'Institut, ex-directeur de l'AcadĂ©mie de Musique, fondateur et directeur de l'E- cole royale de Musique classique, 69, rue de Vaugi- rard. Sa femme, Françoise Weniger, lui suiTĂ©cut. Son fils FrĂ©dĂ©ric-Etienne, ĂągĂ© do 21 ans et demi, Ă©tait Ă©lĂšve Ă  l'Ecole Polytechnique. RÉALITÉS 31 SOUS le nom de Rosine Niva, prenait part aux cĂ©lĂšbres concerts donnĂ©s par Choron dans son Ă©tablissement ; Ă  cette Ă©poque elle avait perdu son pĂšre, et habitait chez sa mĂšre, boulangĂši'e, 7, rue du Faubourg-Montmartre. Le dĂ©part de Rose Niva de chez Choron n'a laissĂ© aucune trace, car l'on ne peut prendre en considĂ©ration les calomnies de Stanislas Champein, sans les contrĂŽler, avec le plus grand soin. D'aprĂšs le directeur du ar M. Caruel qui m'a dit que je n'Ă©tais pas assez RÉALITÉS 35 comĂ©dienne pour jouer Alice, et que, d'un autre cĂŽtĂ© on ne pouvait compter sur moi. Il a basĂ© ce second raisonnement sur une absenoe de vingt-quatre heures que j'ai faite Ă  son insu pour aller chanter Ă  son concert. Au reste, M. Caruel m'a retenu une" amende pour le dĂ©frayer du voyage, de la nourriture et mĂȘme des plai- sirs de son rĂ©gisseur, qu'il avait envoyĂ© coname gendarme muni de lettres en due forme pour les autoritĂ©s et la police de Bruxelles. J'aurais dĂ» taire ce fait, il est ignoble. TroisiĂšme obsta- cle, Ă  ce qu'il paraĂźt, car on m'a dit indirecte- ment, devant tĂ©moin et je cite la personne, Mme BĂ©fort, que M. Millier, chef d'orchestre, renon- çait Ă  conduire l'ouvrage si je jouais Alice. D'oĂč peut naĂźtre cette prĂ©fĂ©rence ? Je l'ignore. MalgrĂ© mes instances, le rĂŽle me fut retirĂ©, parce que M. Caruel avait le droit de le donner Ă  qui bon lui semblait ; c'est un privilĂšge at- tachĂ© aux ouvrages nouveaux. Les rĂ©pĂ©titions se succĂ©dĂšrent, et la seule chose Ă  laquelle je pris part relativement Ă  l'ouvrage, fut la lec- ture des billets de rĂ©pĂ©tition. Cependant, par suite d'un engagement contractĂ© par moi pour l'annĂ©e prochaine, et afin d'augmenter mon rĂ©- 36 ROSINA STOLTZ pertoire, non pour rivaliser ou jouer le rĂŽle Ă  la place de Mme LĂ©on, qui n'a jamais eu que de bons procĂ©dĂ©s Ă  mon Ă©gard, je pris des le- çons sur Alice, avec un professeur Ă©tranger Ă  l'administration, M. Marneffe. Cependant M. Caruel, je ne sais par quel motif, revint peu Ă  peu sur ce qu'il avait dit, et me proposa de me faire donner des leçons et copier le rĂŽle. Il y a trois jours, il m'aborda sur la place du Théùtre, et me demanda posi- tivement s'il pouvaift compter sur moi pour jouer le rĂŽle, parce que, dans le cas nĂ©gatif, il agirait en consĂ©quence et soutiendrait Mme LĂ©on de tout son pouvoir. Ce n'est donc pas un problĂšme, un directeur peut faire la pluie et le beau temps pour un artiste, le faire soutenir ou tomber. Je pris rendez-vous avec M. Caruel pour deux heures, et avant de m'y rendre, je crus de mon devoir comme camarade, d'aller consulter Mme LĂ©on sur le pacte que je devais signer quelques instants aprĂšs. Je me rendis Ă  l'heure convenue et M. Caruel me rĂ©- pĂ©ta les mĂȘmes paroles quelle matin. Comme il n'Ă©tait plus en droit d'exiger de moi le rĂŽle dont il m'avait dĂ©possĂ©dĂ©e, je voulus tirer parti RÉALITÉS 37 de ma position, et je lui fis des offres intĂ©res- sĂ©es qu'il rejeta bien loin. LĂ  se termina toute nĂ©gociation. Mais alors surgirent des propos, des bruits ; on dit que mon intention avait Ă©tĂ©, en prenant des leçons, de remplacer Mme LĂ©on, et ce bruit de coulisse fut tellement universel, que la personne qui avait commencĂ© Ă  me don- ner des leçons, m'Ă©crivit qu'elle y renonçait pour mettre fin aux mauvaises intentions qu'on lui supposait. Je n'ai jamais doutĂ© que cette dĂ©marche ait Ă©tĂ© provoquĂ©e par le directeur. Je terminerai, Monsieur, en affirmant qu'il n'y a jamais eu de ma part, malveillance Ă  l'Ă©gard de Mme LĂ©on, et que les discussions ont Ă©tĂ© toutes du directeur Ă  moi. C'est sous ce point de vue principalement que je veux me jus- tifier, afin de dĂ©truire l'injuste qualification qu'on pourrait me donner, d'ĂȘtre mauvaise ca- marade. J'espĂšre, Monsieur, que vous ne me refuse- rez pas Ă  l'insertion de la prĂ©sente. a Veuillez agrĂ©er l'assurance de ma parfaite considĂ©ration ». HĂ©loĂŻse Stoltz, Artiste dit théùtre de Lille. 38 ROSINA STOLTZ A la fin de 1834, elle revient Ă  Anvers, dont le théùtre Ă©tait dirigĂ© par Bernard. Elle joue Alice de Robert le Diable et Gertrude du MaĂźtre de Chapelle 1. En 1835, nous la retrouvons, avec le mĂȘme directeur, au théùtre de Bruxelles. Le 5 mai, elle chante Alice de Robert ; le 14, Petit Jacques de la Gazza Ladra et le 15, Marguerite du PrĂ© aux Clercs ; puis elle aborde deux petites crĂ©a- tions Paquita de la Marquise et Marguerite des Deux Reines. Rosina Stoltz n'avait encore eu que des suc- cĂšs peu marquants ; rien ne pouvait faire prĂ©- voir l'artiste de grande allure. Sa voix souple d'une grande Ă©tendue gazouillait dans les hauts registres et descendait jusque dans res profon- deurs des contre-altos, sans lacunes apprĂ©cia- bles dans son mĂ©dium. Son jeu n'Ă©tait que cor- rect. Enfin, d'aprĂšs ses biographes, qu'elle ins- pira peut-ĂȘtre, elle joua Rachel et se rĂ©vĂ©la su- bitement grande tragĂ©dienne et grande chan- teuse dans l'opĂ©ra d'HalĂ©vy. 1 Toujours d'aprĂšs Champein, elle aurait accouchĂ© d'un second fils Ă  Amsterdam, fin aoĂ»t 1834. RÉALITÉS 39 MalgrĂ© son succĂšs local, elle n'aurait pas rĂ©alisĂ© sa rapide fortune si, par une heureuse chance, Nourrit n'Ă©tait pas venu en reprĂ©sen- tation Ă  Bruxelles. Avec un pareil partenaire. Madame Stoltz, se surpassa dans la Juive et lorsqu'au cinquiĂšme acte elle dit au Cardinal Mon pĂšre, j'ai peur ! Nourrit ne put s'empĂȘcher de dire Ah ! c'est trĂšs bien, assez haut pour ĂȘtre entendu de la salle. Ce fut un Ă©norme succĂšs 1. Alors qu'on pouvait supposer qu'un sembla- ble triomphe ne serait que le dĂ©but d'une bril- lante carriĂšre, Madame Stoltz disparut brus- quement et si complĂštement qu'on la crut morte. L'Ă©tat civil de la capitale du nouveau royaume de Belgique nous expliquera les cau- ses de cette disparition Ville de Bruxelles Extrait du registre aux actes de mariage, annĂ©e 1837. A'° 160 DeuxiĂšme jour du mois de mars, l'an mil 1 En rĂ©alitĂ© les pourparlers de Mme Stoltz avec DajKnichel Ă©taient antĂ©rieurs Ă  la reprĂ©sentation de Nourrit Ă  Bruxelles. Voir aux Appendices. 40 ROSIXA STOLTZ huit c^nt trente-sept, Ă  deux heures de rele- vĂ©e, acte de mariage. D 'Alphonse-Auguste Lescuyer 1, propriĂ©- taire, n^ Ă  Rouen France le onze brumaire an six, demeurant Ă  Bruxelles, rue de la Reine, fils majeur de feu Pierre-Michel Lescuyer et de Marie- Jeanne-Honorine Vivenel, rentiĂšre, de- meurant au faubourg Saint-Lazare de Mantes, commune de Mantes-la-Ville France, consen- tant par acte, d'une part ; Et Victoire NoĂ«l dite Stoll, artiste dramatique, nĂ©e Ă  Paris le treize fĂ©vrier mil huit cent quinze, demeurant Ă  Bruxelles, mĂȘme rue, fille majeure de feu Florentin NoĂ«l et de Clara Stoll, rentiĂšre, demeurant Ă  Paris, consentant par acte, d'autre part ; Dont les publications de mariage ont Ă©tĂ© faites en cette ville, aux termes de la loi, sans opposi- tion. AprĂšs avoir donnĂ© lecture des piĂšces ci-dessus mentionnĂ©es, ainsi que du chapitre six du Code civil, et les contractants ayant dĂ©clarĂ© se pren- dre mutuellement pour mari et femme, nous, of 1 M. Lescuyer Ă©tait rĂ©gisseur du Théùtre de la Monnaie. RÉALITÉS 41 ficier de l'Ă©tat civil de la ville de Bruxelles sous- signĂ©, avons prononcĂ©, au nom de la loi, qu'ils sont unis par le mariage. Les Ă©poux ont dĂ©clarĂ© reconnaĂźtre pour leur enfant lĂ©gitime Alphonse Lescuyer, nĂ© Ă  Bruxelles, le vingt et un septem- bre mil huit cent trente-six, n° 3324. Les Ă©poux ont dĂ©clarĂ© en outre sous serment, conjointe- ment avec les tĂ©moins, qu'ils se trouvent dans l'impossibilitĂ© de procurer les actes de dĂ©cĂšs de leurs pĂšres. En prĂ©sence de Michel Haegelsteen, propriĂ©- taire ĂągĂ© de cinquante-deux ans, domiciliĂ© Ă  An- vers ; Pierre-Robert- Joseph Stevens, avocat, ĂągĂ© de cinquante-deux ans ; Pierre-Louis Lentoine, avocat, ĂągĂ© de quarante-sept ans ; et FortunĂ© De Mercx, propriĂ©taire, ĂągĂ© de trente-six ans, tous trois domiciliĂ©s Ă  Bruxelles. Lecture faite du prĂ©sent acte, les comparants ont signĂ©. Lescuyer ; V. NoĂ«l, dite Stoll ; Haegels- teen ; Lemoine ; Stevens ; De Mercx 1. 1 Cet extrait qui nous avait Ă©tĂ© communiquĂ© le 5 mars 1906 a Ă©tĂ© jjubliĂ© dans Y IntermĂ©diaire des Chercheurs et des Curieux de fĂ©vrier 1909, par M. Bo- ghaert-VachĂ©. IIÎ L'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE 1837-1839 Lorsque Mme Stoltz arriva Ă  Paris, en 1837, elle venait d'avoir vingt-deux ans ; c'Ă©tait donc une artiste Ă  ses dĂ©buts. Elle avait fait ses clas- ses Ă  bonne Ă©cole, ainsi que nous l'avons vu depuis, elle avait fait preuve de moyens remar- quables et d'un tempĂ©rament dramatique plein de promesse. Dans ses tournĂ©es provinciales ou Ă©trangĂšres, seuls les grands exemples lui avaient manquĂ© ; elle s'Ă©tait dĂ©veloppĂ©e dans un milieu l'acadĂ©mie royale de MUSIQIE 43 infĂ©rieur Ă  sa valeur. Ses dĂ©buts Ă  Paris de- vaient s'en ressentir timiditĂ© excessive, mau- vais goĂ»t dans les gestes, sentimentalitĂ© exagĂ©- rĂ©e, technique sans habiletĂ©, manque de prati- que. MalgrĂ© ces dĂ©fauts, dont nous verrons, plus loin les effets, Rosine Stoltz avait des qua- litĂ©s de premier ordre. L'opinion de Nourrit suffirait Ă  la rigueur, si celle de la presse presque unanime ne l'avait pas confirmĂ©e. Cer- tes, elle n'Ă©tait pas une Malibran, ni une artiste de la valeur de plusieurs de celles qui lui succĂ©- dĂšrent et que je ne veux pas nommer de crainte d'en oublier. Une Malibran, elle ne le fut du reste jamais ; nĂ©anmoins, sans atteindre Ă  la perfection gĂ©niale, on peut encore ĂȘtre une trĂšs grande artiste et Mme Stoltz mĂ©rite notre admi- ration, bien que ses triomphes aient Ă©tĂ© obtenus dans des Ɠuvres qui, pour la plupart, ont au- jourd'hui cessĂ© de plaire, peut-ĂȘtre avec raison. Sans ĂȘtre exclusif, on peut dire, en effet, que l'OpĂ©ra a donnĂ© de meilleures Ɠuvres avant 1837 et aprĂšs 1847 que pendant cette pĂ©riode. La re- nommĂ©e de la cantatrice en a Ă©tĂ© diminuĂ©e sans que cela soit de sa faute. C'est sous le nom lĂ©gal de Mme Lescuyer et 44 ROSINA STOLTZ SOUS le pseudonyme de Rosina Stoltz qu'elle dĂ©- butera Ă  l'OpĂ©ra 1. Lorsque Mme Stoltz arriva Ă  Paris, la voix admirable de Mlle Falcon Ă©tait en train de dis- paraĂźtre dans une Ă©clipse progressive ; elle de- vait bientĂŽt s'Ă©teindre tout Ă  fait et le public averti attribuait ce malheureux Ă©vĂ©nement aux rĂŽles brisants de Rachel, d'Alice et de Valentine. DĂšs ses dĂ©buts, Mme Stoltz fut appelĂ©e Ă  rem- placer Mlle Falcon, prĂ©cisĂ©ment dans ces rĂŽles, pendant un provisoire qui devait ĂȘtre presque dĂ©finitif. Ce n'est pas dans le rĂŽle de Dona Anna de Don Juan, comme on l'a dit, que dĂ©buta Mme Stoltz, mais dans le rĂŽle Ă©crasant de Rachel. Ses dĂ©buts eurent lieu le vendredi 25 aoĂ»t 1837, par consĂ©quent hors saison. La presse fut unanime Ă  reconnaĂźtre son franc et lĂ©gitime succĂšs et lui prĂ©dit un brillant avenir. MalgrĂ© la sympathie manifeste du public, la malheureuse jeune femme tremblait follement ; c'est Ă  peine si, au second et au quatriĂšme acte, 1 En 18-58 nous trouverons encore l'artiste plaidant sous le nom de Mme de Lescuyer. l'acadĂ©mie royale de musique 45 les critiques avisĂ©s purent discerner ses qualitĂ©s latentes. Le lundi 30, elle retrouva une partie de ses moyens. La Gazette des Théùtres lui reconnaĂźt une voix pure, bien timbrĂ©e, d'une Ă©tendue re- marquable et un tempĂ©rament naturel, qui ne lui permettait pas esoin de mĂ©nagements et que nous recommandons Ă  LA FAVORITE 61' l'humanitĂ© de l'orchestre de l'OpĂ©ra. Il n'y a qu'un avis sur la richesse et la pompe de la mise en scĂšne et sur la beautĂ© des principales dĂ©corations de l'ouvrage. » D'aprĂšs Tliurner du 18 juillet 1844. 2 Quiche rat, Adolphe Nourrit. — II. 161. 3 Je possĂšde un exemplaire des Petits mĂ©moires de l'OpĂ©ra >, de Charles de Boigne, copieusement annotĂ© par Marie Taglioiii. C'est Ă  ce manuscrit que j'em- prunt-e les allĂ©gations de la cĂ©lĂšbre danseuse. LA FAVORITE 69 piĂ©montaise Ă  la suite d'aventures amoureuses qui avaient mis la ville de GĂȘnes en Ă©moi. Il avait dĂ» passer la frontiĂšre et, depuis 1836, grĂące aux leçons de Ponchard et de Bordogni, sa voix agrĂ©able avait obtenu le plus grand succĂšs dans les cercles. Le 30 novembre 1838, il avait dĂ©butĂ© Ă  l'OpĂ©ra, dans Robert 1. A travers le drame qui se dĂ©roulait dans le cƓur de Madame Stoltz, si son mari Alphonse Lescuyer jouait le rĂŽle d'Alphonse XI, celui de Fernand Ă©tait tenu par le beau Mario. Mais dĂ©jĂ  l'astre de LĂ©on Pillet commençait Ă  poin- dre Ă  l'horizon. Celui-ci ne trouva rien de mieux pour se dĂ©barrasser de son concurrent que de rompre son engagement avec lui, en jan- vier 1841. Des voies de fait Ă©changĂ©es en pleine cour de l'OpĂ©ra, entre Madame Stoltz et Mario, rendirent la rupture dĂ©finitive 2. 1 AprĂšs avoir chantĂ© pendant trente ans Ă  Paris, Londres et PĂ©t-ersbourg, presque toujours avec Giulia GrisL qu'il Ă©pousa. Mario mourut Ă  Rome, le 11 dĂ©cem- bre 1883. Sa femme, nĂ©e Ă  Milan, le 28 juillet 1811, mourut Ă  Berlin, le 28 novembre 1869. Elle Ă©tait niĂšce de Mme Grassini. 2 Notes de Marie Taglioni. 70 ROSINA STOLTZ A partir de 1841 Rosina Stoltz fut premier sujet et codirectrice de l'OpĂ©ra. C'est avec une majestĂ© olympienne qu'elle voudra gouverner son royaume, plus en Junon qu'en Minerve. Incessu patuit dea. » VI LA REINE DE CHYPRE 1841-1842 Depuis le mois de juin 1840, LĂ©on Pillet avait pris part officieusement Ă  la Direction de l'OpĂ©ra, remplissant en quelque sorte les fonc- tions d'adjoint avec survivance. Le 1" juin 1841, la situation des Directeurs fut rĂ©gularisĂ©e officiellement ; ils formĂšrent une sociĂ©tĂ© dans laquelle Pillet avait le titre de Directeur et Duponchel celui d'Administrateur du matĂ©riel. Pillet abandonnait Ă  Edouard Monnais les fonctions de Commissaire royal. 72 ROSINA SÏOLTZ Edmond DuponcheL artiste en orfĂšvrerie, n'avait rien d'un directeur d'OpĂ©ra. AprĂšs s'ĂȘtre occupĂ© d'architecture, il avait fondĂ© une maison de bijouterie artistique; par contre il avait une rare entente de la mise en scĂšne 1. Les nouvelles fonctions d'Administrateur du matĂ©riel Ă©t-aient donc lien en rapport avec ses capacitĂ©s. Il avait succĂ©dĂ© au D'" VĂ©ron dont la direc- tion avait Ă©tĂ© brillante et productive, mais avait Ă©tĂ© moins heureux que lui. Sa combinaison, consistant Ă  rĂ©unir T OpĂ©ra et les Bouffes de Paris et de Londres dans la mĂȘme main, avait Ă©chouĂ©; M. Aguado, le grand commanditaire de l'AcadĂ©mie Royale de Musique s'Ă©tait lassĂ©. Sans regards pour les premiers sujets du chant et de la danse, la compĂ©tence musicale et chorĂ©graphique de Duponchel Ă©tait ieut-ĂȘtre insuffisante. Marie Taglioni l'accuse d'avoir Ă©tĂ© bavard et pas sĂ©rieux ». Elle lui reproche mĂȘme d'avoir employĂ© les moyens peu dignes 1 AprĂšs avoir repris la direction de l'OpĂ©ra arec Roqueplan, en 1847, il l'abandonna en 1849. En 1860. il fut l'associĂ© de Dormeuil dans la direction du Vau- deville. LA REINE DE CHYPRE 73 d'un directeur de l'OpĂ©ra pour se faire une po- pularitĂ© ». Afin de donner de l'entrain aux bals mas- quĂ©s, il y aurait fait en personne un cavalier seul dans un cancan enragĂ©, innovation qui fut trouvĂ©e de mauvais goĂ»t. Avec Madame Stoltz, il aurait organisĂ© la farce de son propre enterrement, qui dĂ©fraya la presse pendant plusieurs semaines. Feu Du- ponchel aurait reçu gaĂźment les croque-morts, auxquels il aurait donnĂ© un pourboire, et les amis de noir vĂȘtus, convoquĂ©s par des faire- parts. La journĂ©e se serait terminĂ©e par un joyeux dĂźner au Champagne offert par le dĂ©- funt. Dans un ordre d'idĂ©es plus sĂ©rieux, en vou- lant doubler Nourrit avec Duprez, il avait perdu le premier, et le second rapidement Ă©puisĂ©, avait Ă©tĂ© doublĂ© Ă  son tour par le tĂ©norino Mario qui ne devait pas rester. S'il avait ap- pointĂ© Madame Stoltz il avait perdu Mademoi- selle Falcon et mĂ©contentĂ© Madame Dorus-Gras. Il avait, il est vrai engagĂ© Baroilliet. La Danse avait Ă©tĂ© moins heureuse la Ta- glioni et les sƓurs Essler n'avaient pas Ă©tĂ© 74 ROSINA STOLTZ remplacĂ©es; enfin, Agiiado avait rĂ©duit de moi- tiĂ© sa commandite de francs. LĂ©on-François-Raymond Pillet avait eu par son pĂšre de nombreuses attaches avec le monde des théùtres. NĂ© le 17 frimaire an XI 6 dĂ©cem- bre 1803, 13, rue Sainte-Croix partie de la rue Caumartin comprise entre les rues de Pro- vence et Saint-Lazare, son pĂšre Ă©tait Fabien- François Pillet 1 et sa mĂšre Marie-ElĂ©onore Roland. Fabien Pillet, l'auteur de la Lorgnette des Spectacles, de V Opinion du Parterre, de la Revue des ComĂ©diens et de divers livrets d'opĂ©- ras, etc., malgrĂ© son jeune Ăąge, avait Ă©tĂ© nom- mĂ©, aprĂšs le 18 brumaire. SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Direction de l'Instruction Publique; aprĂšs avoir Ă©tĂ© successivement chef du bureau des théùtres au MinistĂšre de l'IntĂ©rieur et avoir rempli les mĂȘmes fonctions dans l'Administra- tion des CollĂšges royaux, il avait pris sa retraite comme chef de bureau des Rourses royales et des livres classiques au MinistĂšre de l'Instruc- tion Publique. 1 NĂ© Ă  Lyon en octobre 1772, mort Ă  Passy, le 23 fĂ©vrier 1855. LA REINE DE CHYPRE 75 Son fils LĂ©on, aprĂšs avoir fait son droit et avoir passĂ© quelques annĂ©es dans une Ă©tude d'avouĂ©, s'Ă©tait occupĂ© de journalisme; gĂ©rant et rĂ©dacteur en chef de la eu aprĂšs, qu'en rĂ©alitĂ© il faisait cinq ans de maison centrale. On l'accuse encore d'avoir eu, en octobre 1833, Ă  Amsterdam, un enfant d'un coclier de fiacre du nom de Ver- bruggen; d'en avoir un second d'un coiffeur de la mĂȘme ville, fin aoĂ»t 1834 et un troisiĂšme Ă  Bruxelles en 1836 1. 1 Nous avons vu que oe dernier Ă©tait le fils d'Al- phonse Lescuyer. Quant aux deux autres enfants, il LA REINE DE CHYPRE 83 Dans son assignation, Madame Stoltz ne pro- teste pas contre ces insinuations, mais simple- ment contre une accusation, singuliĂšrement grotesque, si elle n'a pa^ un sens cachĂ© Cham- pein prĂ©tendait qu'elle avait vendu ses enfants un bon prix Ă  un vieux juif de la place V... pour en faire du suif. Nous passons sous silence une sĂ©rie d'accu- sations encore plu^ grossiĂšres et plus invrai- semblables. Qui Ă©tait ce Champein qui avait une haine si intense contre Madame Stoltz ? Aucun renseignement sur son Ă©tat civil. Etait - il le fils ou le neveu du compositeur dont il portait le nom et le prĂ©nom? 1753-1830. Je n'ai pu approfondir ce petit mystĂšre qui, du reste, importe peu dans la circonstance. A quelle cause attribuer sa fĂ©rocitĂ© Ă  l'Ă©gard de Madame Stoltz ? Peut-ĂȘtre Ă  son affection pour une de ses ennemies, Ă  sa haine contre Pillet qui refusa deux livrets d'opĂ©ra qu'il lui avait proposĂ©s, ou encore Ă  un amour repou ssĂ©. est certain qu'ils ne sont pas nĂ©s Ă  Amsterdam, comme le dit Champein. Est-ce une erreur de ville? Il faut observer que Mme Stoltz ne protesta pas contre leur exist-ence, mais seulement contre l'emploi qu'on 1 accu- sait d'en avoir fait. VII DE CHARLES VI A ROBERT BRUCE Non contente de la part que son talent, son Ă©nergie et sa chaleur dramatique, lui avaient fait dans la faveur du public, Madame Stoltz ne put bientĂŽt plus supporter que quelque autre auprĂšs d'elle obtĂźnt de l'Ă©clat, Ă  quelque point de vue que Ɠ fut. Duprez, auquel nous empruntons ces paroles, ajoute qu'elle se servait de son influence, de 1 SoMi^enirs d'un Chanteur, p. 159 et suiv. DE CHARLES VI A ROBERT BRUCE 85 jour en jour plus grande sur l'esprit de Pillet, pour attĂ©nuer le succĂšs de ceux ou de celles dont les mĂ©rites ou la beautĂ© lui portaient om- brage. Parmi les artistes, les plus forts et les plus hardis la dĂ©testaient ouvertement ; les pe- tits, les craintifs, la redoutaient et murmuraient tout bas 1. Duprez raconte que, se promenant un jour dans la rue Saint-Lazare avec Meyerbeer, ils furent accostĂ©s par la grande S..., une des plus belles filles de l'OpĂ©ra, qui Ă©tait exaspĂ©rĂ©e Oh ! mon petit Meyerbeer, Ah ! mon petit Du- prez, dit-elle, si vous saviez ! Cette Madame Stoltz, elle vient de me faire flanquer Ă  l'amende. Si je la rencontre, je la casse. » Baroilhet ne -pouvait pas la souffrir. Au cours des rĂ©pĂ©titions de Dom SĂ©bastien 2, elle trouva moyen de blesser Donizetti et Baroilhet. Au 5 acte, ce dernier chantait la Barcarolle PĂȘcheurs de la rive... 1 Duprez, Baroilhet, Gardoni, Mmes Essler, Du- pont, etc., soutinrent de nombreux procĂšs contre Pillet. 2 De Boigne, Petits MĂ©moires..., p. 205. 86 ROSINA STOLTZ La premiĂšre strophe produisait peu d'effet; mais Ă  la seconde c'Ă©tait un tonnerre d'applau- dissements. Cela parut intolĂ©rable Ă  ZaĂŻda- Stoltz. La seconde strophe fut supprimĂ©e. Doni- zetti sortit furieux, exaltĂ©, chancelant. Il venait d'ĂȘtre frappĂ© du premier de ces Ă©tourdissements qui ne le quittĂšrent que pour faire place Ă  la folie. Le bon et gros garçon qu'Ă©tait la basse Ali- zard partageait l'antipathie de ses camarades Et dire que cette femme-lĂ  est destinĂ©e sur ses vieux jours Ă  faire des mĂ©nages de gar- çon... le mien peut-ĂȘtre >, disait-il Ă  Duprez. LĂ©on Pillet Ă©tait chaque jour plus aveugle. Sa haine contre Duprez Ă©tait Ă  ce point excessive qu'il n'hĂ©sitait pas Ă  compromettre ses propres intĂ©rĂȘts. Il se frottait les mains les soirs de recette dĂ©testable, oĂč ne chantait pas Madame Stoltz et rĂ©pĂ©tait avec satisfaction On n'a fait que francs, et pourtant Duprez chan- tait un de ses bons rĂŽles. » 1. PoussĂ© par Madame Stoltz, Pillet recherchait les Ɠuvres dans lesquelles tous les rĂŽles Ă©taient 1 Duprez. Souvenirs..., p 173. DE CHARLES VI A ROBERT BRUCE 87 sacrifiĂ©s Ă  celui de la premiĂšre chanteuse; il aurait voulu une reprĂ©sentation Ă  grand spec- tacle, avec de somptueux dĂ©cors. Un pamphlet anonyme en trois scĂšnes, en vers, avec de curieuses illustrations, qui fut publiĂ© vers cette Ă©poque, dĂ©crit finement cet Ă©tat d'esprit du Directeur de l'OpĂ©ra. L'auteur de Donizetti et LĂ©on Pillet » fait proposer, par le Directeur au Compositeur, d'orchestrer un opĂ©ra en six actes et vingt tableaux, avec le concours de tous les sujets de l'Hippodrome, deux cents claqueurs, trente chevaux — Votre Ɠuvre, voyez-vous, fera le tour du globe ; Madame Stoltz, mon cher, change vingt fois de robe... Avec de tels moyens on brave la critique; un semblable opĂ©ra peut aller sans musique. Donizetti propose de faire jouer le vieillard grondeur par Levasseur. — Il a pris sa retraite. — La jeune princesse coquette et lĂ©gĂšre sera Madame Donis-Gras ? — Elle n'est plus Ă  l'OpĂ©ra ; elle est rem- placĂ©e par Mesdames DobrĂ©, Nau et Roissy. — Baroilhet aura le rĂŽle du Prince ? 88 ROSINA STOLTZ — Il a perdu sa voix. — On le remplacera par Satour ? — Il vient de rompre avec l'OpĂ©ra. — Massai, alors? — Dans deux mois il quitte l'OpĂ©ra. — Vous avez dit un mot qu'Ă  cette heure j'explique Il faut des opĂ©ras pour aller sans musique ! Adieu, Monsieur, adieu Ăź — Ecoutez, mon cher ! — Je ne veux rien entendre ; allez voir Meyerbeer. L'opĂ©ra de Charles 17 fut rĂ©pĂ©tĂ© sans en- train. Duprez avait refusĂ© le rĂŽle du Dauphin, trouvant sa participation insuffisante. HalĂ©vy et Casimir DelĂ  vigne avaient dĂ» faire des sacri- fices en faveur du rĂŽle d'Odette-Stoltz. DonnĂ© sous ces conditions, le 15 mars 1843, Charles M rĂ©ussit mĂ©diocrement. Le 30 avril, ila reprĂ©sentation pour le bĂ©nĂ©- fice de Madame Damoreau, Madame Stoltz joua exceptionnellement le rĂŽle de Fenella dans la Muette. Elle obtint un vĂ©ritable succĂšs. Elle y a parlĂ©, quoique privĂ©e de la voix, avec une rare Ă©loquence, dit la Gazette Musicale » ; sa ‱ DE CHARLES VI A ROBERT BRUCE 89 physionomie, ses gestes, ses poses avaient une admirable expression. » 1. Le 13 novembre 1843, Charles VI n'ayant eu que peu de reprĂ©sentations, eut lieu la .pre- miĂšre reprĂ©sentation de Dom Sebastien de Por- tugal, de Donizetti. Duprez se tira avec peine du rĂŽle du Roi; ZaĂŻda-Stoltz n'eut pas le triom- phe qu'elle espĂ©rait. Baroilhet-CamoĂ«ns avait dĂ©cidĂ©ment la faveur du public. HalĂ©vy et Saint-Georges avaient fait un nou- vel opĂ©ra le Lazzarone, et avaient Ă©crit le principal rĂŽle pour Gardoni. Le manuscrit fut proposĂ© Ă  Pillet qui l'accepta... k la condition que le rĂŽle de Beppo-Gardoni deviendrait celui de Beppo-Stoltz. Les auteurs durent accepter. Les jambes de Madame Stoltz avaient eu du succĂšs dans le XacarUla; elle ne l'avait pas oubliĂ©. Le rĂŽle de BouquetiĂšre, rĂ©duit autant que possible, avait Ă©tĂ© confiĂ© Ă  Madame Dorus- Gras. Il restait cependant un morceau qui avait eu beaucoup de succĂšs aux rĂ©pĂ©titions. Ma- 1 On donna le l^"- acte de V Ambassadrice, le 1" de la Muette et le 3^ du Barbier. 90 ROSINA STOLTZ dame Stoltz en Ă©tait malade; elle n'osa rien dire. Voici ce qu'elle imagina Ă  la premiĂšre, le 29 mars 1844, pendant que Madame Dorus chantait son morceau, on entendit des rires Ă©touffĂ©s dans la salle, bientĂŽt suivis d'un rire gĂ©nĂ©ral et bruyant. Madame Stoltz s'Ă©tait mise Ă  manger du macaroni en vĂ©ritable lazzarone, dĂ©roulant un immense Ă©cheveau au-dessus de sa bouche, la tĂȘte renversĂ©e, les bras levĂ©s. Saint-Georges, de la coulisse, interpelle Ă  voix basse Madame Stoltz,' ; celle-ci traversie tranquillement la scĂšne et continue Ă  gauche ce qu'elle avait commencĂ© Ă  droite. Naturellement l'effet de Madame Dorus fut tuĂ©. — Madame, lui dit Saint-Georges, lors- qu'elle sortit de scĂšne, ce que vous venez de faire-lĂ  est indigne ! — Dans ce monde on se dĂ©fend comme on peut, rĂ©pliqua Madame Stoltz, en remontant dans sa loge 1. Si Madame Stoltz n'avait aucun camarade pour prendre sa dĂ©fense, en revanche elle Ă©tait 1 MĂ©moires de Villemessant, V. 133. DE CHARLES VI A ROBERT BRTXE 91 dans les termes les plus familiers avec le pĂšre Gentil, dont nous avons dĂ©crit le caractĂšre. Elle lui Ă©crivait Me voici Ă  Dieppe, et dĂ©jĂ  toute mieux portante. Je plane sur cette gueuse de mer qui est horriblement belle, je vous le jure. Rien de mieux que de vous assurer de mon cƓur sans rivalitĂ©. > Elle Ă©tait moins aimable envers un monsieur, qui, pour des raisons, explicables peut-ĂȘtre, avait omis un coup de chapeau. Pillet ? Certainement non. Mario? Peut-ĂȘtre. Un troisiĂšme ? Probable Ăź siteur et fait jouer Ă  Cobourg, le 15 avril 1846, une ZaĂŻre dont il Ă©tait l'auteur. Gustave Oppelt, qui allait bien- tĂŽt devenir un de ses intimes, grĂące peut-ĂȘtre Ă  sa liaison personnelle avec Mme Stoltz, adapta Ă  la scĂšne française 7/ Gluramento de Mercadante, destinĂ© Ă  l'OpĂ©ra de Paris et oĂč Mme Stoltz devait avoir le prin- cipal rĂŽle. C'est, en fin de oompto, Ă  Bruxelles que l'Ɠuvre fut reprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois le 9 fĂ©- vrier 1847 sous le titre de Henriette d'Entraques ou un Pacte sous Philippe III. Ernest II composa, en outre, un certain nombre d'o- pĂ©ras ; Sainte Claire fut reprĂ©sentĂ© Ă  l'AcadĂ©mie im- pĂ©riale de musique de Paris, le 27 septembre 1855. AprĂšs la guerre d'Italie, il manifesta des sentimonts hostiles Ă  la France. En 1870, il fit partie du grand Ă©tat major gĂ©nĂ©ral du roi de Prusse. Il mourut eu 1893. PRINCESSE 141 tractĂ©, in-€xtremis, avec M. le Duc Carlo Rai- mondo Lesignano di San Marino. Rome 18 mai 1872. Les gens avisĂ©s, mais malveillants, remar- quĂšrent que ce Duc italien portait les mĂȘmes prĂ©noms que le jeune Charles Raymond. Pour se faire bien accueillir, dans un monde oĂč elle espĂ©rait entrer, elle fit, peu aprĂšs, an- noncer dans les journaux qu'elle venait de faire rĂ©parer Ă  ses frais, les dĂ©gĂąts causĂ©s par la Commune Ă  la Chapelle Expiatoire. Malheureusement, le DuchĂ© de Lesignano n'Ă©tait pas plus authentique que le ComtĂ© de Ketschendorf et la Baronnie de Stolzenau. Tout n'Ă©tait pas inexact cependant, dans les annonces de Madame Stoltz. En cherchant bien on peut constater qu'il y avait effectivement dans la province de Parme, deux petites villes de habitants dĂ©nommĂ©es Lesignano de' Bagni et Lesignano di Palmi. Quant Ă  la Cha- pelle Expiatoire, son existence est indiscutĂ©e. Mais, car il y a toujours des mais avec Ma- dame Stoltz, la Chapelle Expiatoire ne fut pas 142 ROSINA STOLTZ rĂ©parĂ©e Ă  ses frais et elle n'Ă©pousa jamais le Duc de Lesignano. A quelles combinaisons machiavĂ©liques, Ma- dame Stoltz eut-elle recours pour expliquer ce nouveau titre? On ne peut faire que des suppo- sitions. Ce qui -est certain, c'est qu'il n'est pas mort Ă  Rome, ni le 18 mai 1872, ni dans la pĂ©riode de 1871-1881, aucun duc de Lesignano et qu'il n'a Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ© civilement aucun ma- riage Lesignano-NoĂ«l-Ketschendorf-Stolzenau . Que supposer? Ou que le Duc, le mariage et la mort sont nĂ©s et dĂ©cĂ©dĂ©s dans l'imagination de Madame Stoltz; ou, qu'un inconnu, peut ĂȘtre un Carlo Raimondi, car ce dernier nom est commun en Italie comme nom de famille, fut créé duc de Lesignano par la cour de Rome et Ă©pousa sans dĂ©lai Madame Stoltz, le tout in articulo mortis. Le touĂź* de main est bien dans les procĂ©dĂ©s habituels de notre hĂ©roĂŻne 1. Nous avons vu, dans le chapitre II, qu'Ă  son titre de Duchesse elle avait ajoutĂ© celui de 1 Il faut Ă©carter cette indulgente hypothĂšse les noms de Lesignano di San Marino n'ayant jamais Ă©tĂ© pourvus d'aucun titre en Cour de Rome ; ces noms n'y sont mĂȘme pas connus. PRINCESSE 143 Filleule du Pape, titre assurĂ©ment encore trĂšs rare. Le DuchĂ© devait ĂȘtre pourtant dans une situation fort prospĂšre, car, Ă  peine ĂągĂ© de deux ans il revenait une PrincipautĂ© ; dĂšs 1874, Madame Stoltz signait, en effet. Princesse de Lesignano. Quelque invraisemblables que paraissent ces prĂ©tentions, Madame Stoltz voulut pjus en- core. La statistique, qui est une science sĂ©rieuse, nous apprend que chaque jour, naissent des enfants de pĂšre absent; les registres de l'Ă©tat civil qui adoptent la formule en fournissent la preuve. Les faits divers, qui ne constituent pas une science sĂ©rieuse, nous infoiment qu'il an^ive frĂ©quenmient que des enfants enregistrĂ©s comme filles, Ă  vingt et un an deviennent des garçons, alors que l'article premier du code bri- tannique stipule que la Constitution anglaise peut tout, sauf d'une fille faire un garçon. Mais, ce qui est sans prĂ©cĂ©dent, ce qu'on n'a lu nulle part, c'est qu'une citoyenne française, dans la soixantiĂšme annĂ©e de son existence, ait brusquement changĂ© de pĂšre et de mĂšre 144 ROSINA STOLTZ et que le nouveau pĂšre, ait reconnu avoir eu un enfant d'une mĂšre inconnue, dans un pays oij il n'Ă©tait jamais allĂ©. Eh bien ! Madame Stoltz a accompli ce mi- racle et Ta fait croire Ă  bon nombre de ses contemporains. En 1874, vivait Ă  Milan, un vieillard ĂągĂ© de plus de quatre-vingt ans, lĂ©gĂšrement tombĂ© en enfance et complĂštement ruinĂ©. Il se fai- sait appeler Americo Giuseppe Canali, Marquis d'Altavilla, quoique ce marquis fut passĂ© des Canali aux Belloni, depuis le 23 avril 1736. Ce marquis avait un tils qui habitait Rome. C'est Ă  ce dernier que Madame Stoltz, se di- sant fille naturelle du Marquis, demanda impĂ©- rieusement d'ĂȘtre reconnue en cette qualitĂ©. Le Marquis consultĂ©, chercha vainement dans ses souvenirs de jeunesse, et dĂ©clara ne trouver aucune trac^ d'une telle paternitĂ©, les faits prĂ©parateurs s'Ă©t-ant passĂ©s Ă  Messine et l'en- fant y Ă©tant nĂ©, les prĂ©tentions de sa soi-disant fille paraissaient fort surprenantes, mĂȘme, Ă  son intelligence dĂ©faillante. Habilement circon\^nu, et sĂ©duit par la pro- messe d'une assez forte }>ension viagĂšre, le PRINCESSE 145 vieillard et son fils finirent par signer Ă  Rome, le 5 mars 1874, un acte en bonne et due forme, devant notaires, reconnaissant, comme Ă©tant nĂ©e du Marquis d'Altavilla et d'une femme inconnue, le 16 dĂ©cembre 1820, Ă  Messine, Ma- dame la Comtesse de Ketschendorf, et lui don- nant le droit de porter, seule, le titre de Mar- quise d'Altavilla. Mais, en 1878, le Marquis, avoua sur son lit de mort Ă  son fils, qu'en rĂ©alitĂ© rien n'Ă©tait vrai dans l'acte qu'on lui avait fait signer Madame Stoltz ne m'a jamais payĂ© la pension promise, ajouta-t-il, en rendant le dernier sou- pir ! VoilĂ  pourquoi et comment Ă  partir de 1874, Victoire NoĂ«l, rajeunie de prĂšs de six ans, ce qui Ă©tait discret, se dĂ©clara nĂ©e Mar- quise d'Altavilla. A ce degrĂ© d'intensitĂ© l'illusion n'est-elle pas l'illusion du gĂ©nie? C'est tout au moins le gĂ©nie de l'illusion. Insatiable, Victoire NoĂ«l chercha encore de nouveaux titres Quo non ascendam ? D'aprĂšs un extrait du livre des mariages de l'Eglise Saint-LaureĂźit de la ville de Pampe- 10 146 ROSINA STOLTZ lune, datĂ© du 15 mars 1878, un prĂȘtre espagnol namniĂ© Larregui, aurait bĂ©ni le maria-ge de Rosa Carolina, Comtesse de Ketschendorf , Prin- cesse de Lesignano, nĂ©e Marquise d'Alta villa, et de Manuel Carlos Luis, Prince GodoĂŻ de Bassano de la Paix. L'Ă©poux, en qualitĂ© de petit-fils de l'ancien ministre de Charles IV, Ă©tait aussi petit-fils d'une Princesse de Bourbon. Nous verrons dans le prochain chapiti^, ce qui rĂ©sulta de cette alliance. Le mariage, pour n'ĂȘtre pas rĂ©gulier au point de vue civil, avait, nĂ©anmoins, toutes les appa- rences de la rĂ©gularitĂ© au point de vue reli- gieux. Eh bien non Ăź Le 29 novembre 1879, la premiĂšre Chambre du Tribunal de la Seine, prĂ©sidĂ©e par M. Bou- langer, eĂ»t Ă  juger une afĂźaire singuliĂšre et des plus embrouillĂ©es. Le 5 avril prĂ©cĂ©dent, le Figaro » avait an- noncĂ© que M. Ăź'amiro de la Puente avait Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  porter le titre de Marquis d'Alta villa et la eler Marquis d'Altavilla. De son cĂŽtĂ©, M. Ramiro de la Puente main- tenait Ă©nergiquement son droit, qu'il disait te- nir, par acte authentique, d'un certain Ganali, seul vrai Marquis d'Altavilla. En aucune façon, rĂ©pliquait le prince de Bassano. Ce titre m'a Ă©tĂ© cĂ©dĂ© par ma femme, Madame de Ketschendorf, fille naturelle recon- nue du Comte Americo Giuseppe Camillo Ca- nali, Marquis d'Altavilla, et dont votre Canali n'est que le fils. LĂ -dessus, entrĂ©e en scĂšne de Madame de Ketschendorf, qui me formellement avoir 148 ROSINA STOLTZ ÉPOLSÉ PUBLIQUEMENT OU SECRÈTEMENT M. LE PRINCE DE BASSANO ET DÉCLARE NE REVENDIQUER, DE PRÈS M DE LOIN, CE MARQUISAT D'ALTAVILLA, laissant, par consĂ©quent, les deux prĂ©tendus Marquis aux prises. Au milieu de eet imbroglio entre Espagnols, Italiens et Saxons, inten/ient un quatriĂšme personnage le fils du Marquis d'Altavilla, pas Ramiro, mais Canali vient expliquer au tri- bunal comment son pĂšre, aprĂšs avoir perdu la mĂ©moire l'avait brusquement recouvrĂ©e sur son lit de mort et avait reniĂ© la paternitĂ© de Victoire NoĂ«l. M^ LĂ©on Renault, qui reprĂ©sentait le Mar- quis d'Altavilla Ramiro, ayant fait remar- quer Ă  son tour que la Comtesse de Ketschen- dorf, habitant ordinairement Rome, ne rĂ©cla- mant rien, le Duc de Rassano Ă©tant domiciliĂ© Ă  Madrid, et son client Ă©tant espa^ol, sur les conclusions de M. le substitut Rrugnon, le tri- bunal se dĂ©clara incompĂ©tent. Ainsi, il est bien clair, bien Ă©tabli, que Ma- dame Stoltz n'est pas nĂ©e Mtavilla, et qu'elle n'a pas Ă©pousĂ© le duc de Bassano. C'est ac- PRINCESSE 149 quis. Eh bien non ! Jusqu'Ă  la fin de sa vie, Vic- toire NoĂ«l signera Rosa Carolina, comtesse de Ketschendorf, baronne de Stolzenau, princesse du Lesignano, duchesse de Bassano, princesse de la Paix, nĂ©e d'Altavilla Rosina Stoltz. Son acte de dĂ©cĂšs sera rĂ©digĂ© sous les- noms de Victoire NoĂ«l, dite Rosina Stoltz, princesse Godoy de la Bassano, comtesse de Ketschen- dorf. Le dite a Ă©tĂ© bien placĂ©. Pour une fois... 1. 1 Mme Stoltz a dit avoir possĂ©dĂ© une villa au VĂ©sinet ; c'est exact. C'Ă©tait une maison pompĂ©ienne, dans le genre de celle du prince NapolĂ©on, avenue Montaigne, mais plus grande; elle la vendit, vers 1869, au commandant Auguste HĂ©riot. Cet immeuble est presque en ruine. Mme Stoltz a dit avoir fondĂ© et entretenu une Mai- son de retraite» pour les femmes repenties Ă  Chama- liĂšres Puy-de-DĂŽme. C'est faux. Il est vrai, d'autre part, qu'Ă©tant revenue Ă  Bruxel- les en 1845. elle joua, le 17 janvier, dans la Beine de Chypre, puis, du 12 au 20 fĂ©vrier. Ce dernier jour, on donna la Favorite Ă  son bĂ©nĂ©fice. Elle fonda Ă  cette occasion un lit Ă  l'Hospice des aveugles et incurables de Bruxelles. J'ignore si elle fit d'autres dons charitables. C'est possible c'est mĂȘme probable. XIII PARAISSEZ NAVARRAIS Es una cuidad muy noble, muy leal y muy impĂ©rial que la capitale de la Navarre espa- gnole. Ce fut le grand PompĂ©e qui la fonda. Les Maures ne la possĂ©dĂšrent que douze ans. Les Navarrais ayant demandĂ© la protection de Charlemagne, l'Ă©pĂ©e du grand empereur leur parut lourde ; ils brisĂšrent celle de Roland. Tour Ă  tour, IndĂ©pendants, Français, Espa- PARAISSEZ NAVARRAIS !... 151 gnols, les Navarrais surent conserver leurs fue- ros Ă  travers toutes ces vicissitudes. Ce fut Don Sanche, un de leurs princes, qui rompit les chaĂźnes qud' entouraient la tente de Mohamed-al-Nassr, Ă  la bataille de las Navas de Tolosa ; il on fit les grilles de la chapelle de Santa Cruz du Sanctuaire de Pampelune et l'u- nique ornement des amies de Navarre. Plus tard, Ignace de Loyola fut blessĂ© en dĂ©- fendant la ville. En 1808, le gĂ©nĂ©ral d'Armagnac s'empara de la citadelle Ă  coup de boules de neige ; Joseph y trouva un abri et les carlistes un refuge. Le dĂ©vouement de ses habitants Ă  la lĂ©gitimitĂ©, leur valut d'ĂȘtre anoblis en bloc. Domdaiant l'Arga, perchĂ©e sur un contrefort des PyrĂ©nĂ©es, avec ses habitants, abri- tĂ©s derriĂšre ses vieilles murailles, la capitale de la Navarre espagnole est bien une fiĂšre citĂ©. Au nord, au pied de la citadelle la prome- nade de la Taconera; au centre la place de la Constitution. Plus loin, son admirable cathĂ©- drale gothique, dont la façade du XVIIP siĂš- cle serait, partout ailleurs, un chef-d'Ɠuvre d'Ă©lĂ©ganee. C'est lĂ  que sont enterrĂ©s Charles 152 ROSINA STOLTZ III de Navarre et sa vaillante Ă©pouse LĂ©onor de Cas tille. Bonne foy est leur devise. Les maisons massives, en pierre de taille, ont leurs portes surmontĂ©es d'armoiries. Tous les habitants ne sont-ils pas nobles? Dans ses rues propres et bien pavĂ©es, on se croirait encore dans une RĂ©publique aristocra- tique de la Renaissance florentine. De merveil- leux dĂ©cors d'opĂ©ra attirent les regards au coin de chaque rue maisons fortifiĂ©es aux fenĂȘtres grillĂ©es, prĂȘtes Ă  recevoir les assauts des hom- mes de guerre ou des amants; derriĂšre la ville, les PyrĂ©nĂ©es vertes ou blanches, silhouettent leurs pics aigus. Dans ce pays bĂ©ni, on se mariait encore, en 1878, comme au Moyen-Ăąge, Ă  l'OpĂ©ra ou Ă  Gretna-Green. Dans la mĂȘme matinĂ©e, on pu- bliait les bans, et on unissait les fiancĂ©s. On consacrait plutĂŽt l'union de deux Ăąmes indĂ©ter- minĂ©es que celle de deux personnes prĂ©cises. Pourquoi de plus longs dĂ©lais dans un pays oĂč tout se sait, oĂč tout le monde se connaĂźt. Mais aussi combien sont prĂ©caires de pareilles unions entre Ă©trangers mariĂ©s Ă  Pampelune, ils ne le sont guĂšre qu'en Navarre. PARAISSEZ NAVARRAIS ! . . . 153 De mĂȘme que l'Ăźle des Faisans est Ă  moitiĂ© chemin de Versailles Ă  l'Escorial, Pampelune est Ă  Ă©gale distance de Paris et de Madrid. Cette situation gĂ©ographique de la capitale de la Navarre ne fut pas la seule raison qui dĂ©cida la reine de Chypre Ă  y faire signer son acte d'alliance avec le Prince de la Paix. ^ Si le quatriĂšme acte de ce traitĂ© princier de- vait ĂȘtre pompeux, le prologue en avait Ă©tĂ© Ă©trangement prosaĂŻque Un homme encore jeune, de grande famille, de physique agrĂ©able, recherchait une femme mĂ»re dont ses titres pourraient faire le bonheur ; en Ă©change, celle-ci devait rĂ©gulariser sa si- tuation financiĂšre et assurer son avenir. Une femme paraissant avoir Ă  peine qua- rante ans, veuve, abondamment titrĂ©e, cher- chait un Ă©poux qui lui donnerait un trĂšs grand nom. Pour elle, la question d'argent n'existait pas. IndĂ©pendance aprĂšs la cĂ©rĂ©monie, de part et d'autre. GrĂące Ă  l'agence L... de Bordeaux, le cher- cheur et la chercheresse se rencontrĂšrent en Gascogne. Convenance absolue; entente immĂ©- diate comptant, de rentes via- 154 ROSINA STOLTZ gĂšres. Comme le fait remarquer le sieur L..., qui fut mieux qu'un agent avisĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e en Navarre, l'union Ă©tait insaisissable, puisque depuis Louis XIV, il n'y avait plus de PyrĂ©nĂ©es. VoilĂ  pourquoi, le 14 mars 1878, arrrvĂšrent, protocole rĂ©glĂ©, Emmanuel-Gharles-Louds Go- doy, prince de Bassano, chevalier de Malte et feue Victoire NoĂ«l, Ă  laquelle avait succĂ©dĂ© Rosa GaroliĂźia, marquise Ganali d'Altavilla. Le lecteur connaĂźt la future Ă©pouse. PrĂ©sen- tons-lui le futur Ă©poux. NĂ© le 31 octobre 1828, rue des Mathurins. n° 9, il Ă©tait fils d'Emmanuel- Joseph-Louis-Eusta- che, sire de Godoy, comte ^de G asti llo- Fiel et de Marie-Garoline Growe O'Donovan y O'Neil et petit-fils de Manuel Godoy y Alvarez de Faria, duc d'Alcudia, prince de la Paix, etc., et de Jo- sefina Pietra Francisca de Pablo Tudo y Cata- lan. Il appartenait donc Ă  une des plus cĂ©lĂšbres familles d'Espagne 1. 1 Manuel Godoy avait Ă©pousĂ© en premiĂšres nooes Marie-ThĂ©rĂšse de Bourbon, fille naturelle de l'infant Don Luis frĂšre du roi Charle's IV, de laquelle il avait eu une fille, Charlotte, devenue princesse Ruspoli. La personnalitĂ© de Godoy fut fort discutĂ©e. NapolĂ©on le qualifia Homme de gĂ©nie. PARAISSEZ NAVARRAIS !... ' 155 MalgrĂ© la cinquantaine qui approchait, le prince de Bassano Ă©tait un fort joli homme, portant beau; l'Ɠil clair, la lĂšvre dĂ©daigneuse, la barbe rousse taillĂ©e en pointe, il pouvait en- core prĂ©tendre Ă  des conquĂȘtes difficiles. La destinĂ©e s'Ă©tait annoncĂ©e superbe pour lui; il n'avait qu'Ă  se laisser vivre. Remarqua- blement intelligent, instruit, aimable, sympa- thique, il dĂ©buta comme secrĂ©taire de l'ambas- sade d'Espagne Ă  Paris. On ajouta Ă  ces fonc- tions, plus honorifiques que rĂ©tribuĂ©es, l'Inspec- tion gĂ©nĂ©rale des douanes des Philippines. S'il s'Ă©tait rendu Ă  son premier poste, il s'Ă©tait abstenu de frĂ©quenter le second; cette hj-po- thĂšse absurde n'avait mĂȘme pas traversĂ© son cei^eau. ChoyĂ©, gĂątĂ©, flattĂ© par son entourage mondain, il n'avait pris de l'existence que les cĂŽtĂ©s agrĂ©ables. Il n'avait pratiquĂ©, ni la conti- nence des chevaliers de Malte, ni la sobriĂ©tĂ© des Castillans ; joueur comme un Andalou et brave comjme un Navarrais, il avait osĂ© beaucoup, il avait osĂ© trop. Ses grandes qualitĂ©s s'Ă©taient endormies et atrophiĂ©es; l'Ă©nergie lui avait manquĂ©. Ses vertus dĂ©gĂ©nĂ©rĂšrent ; sa bontĂ© devint de la faiblesse, son courage de la bruta- 156 ROSINA STOLTZ litĂ©, son esprit du cynisme. Autour de lui, fa- mille et amis s'Ă©taient dĂ©vouĂ©s pour le sauver. On avait fait l'impossible; il avait lassĂ© toutes les bonnes volontĂ©s. Si, au dĂ©but de sa carriĂšre, il avait eu le bon- heur d'ĂȘtre aux prises avec les difficultĂ©s de la vie, le prince de Bassano, de l'avis de tous ceux qui l'ont bien connu, serait aiTivĂ© aux plus hautes destinĂ©es. Malheureusement Ă  cin- quante ans, il eut une dĂ©faillance grave et fut emportĂ© par un courant qu'on ne remonte qu'Ă  trente ans et avec une Ă©nergie qu'il n'avait plus. Il serait cependant injuste de le juger sur cette seule dĂ©faillance, car ses derniĂšres annĂ©es rachetĂšrent bien des erreurs. Comment fut-il conduit Ă  ce mariage ? Affo- lement de l'homme acculĂ© et sans ressources? Jactance, dĂ©fi, pari de club? Il dut avoir de mauvais gĂ©nies dans son intimitĂ©, de ces na- tures perverses, dĂ©gradĂ©es par l'orgueil et la jalousie, pour qui le mal est une jouissance. D'autre part, il eut des amitiĂ©s hautes, hono- rables et sĂ©rieuses qui lui tendirent la main jus- qu'Ă  sa derniĂšre heure. PARAISSEZ NAVARRAIS Ăź... 157 Ainsi que nous l'avons dit, les futurs Ă©poux et leurs invitĂ©s arrivĂšrent Ă  Pampelune le 14 mars. Ils descendirent au Parador General, le meilleur hĂŽtel de la ville. Le soir mĂȘme, tous les officiers de la garnison furent conviĂ©s par Ma- dame Stoltz Ă  un somptueux dĂźner. La soirĂ©e fut joyeuse et la tenue correcte, sauf cependant celle du fiancĂ©. Le lendemain il n'Ă©tait pas eneore en Ă©tat de faire partie du cortĂšge ; il eut une idĂ©e raison- nable absorber de l'ammoniaque, mais il la mit en pratique comme un homme qui ne jouit pas de toutes ses facultĂ©s. Il s'en versa un plein verre, qu'il rejeta assez Ă  temps pour ne se brĂ»ler que les lĂšvres et la bouche. La violence de la douleur le remit d'aplomb, mais il Ă©tait ridiculement dĂ©figurĂ©. Le cortĂšge se forma nĂ©anmoins ; on avait re- quis gĂąteras et carritos pour se rendre Ă  l'Ă©glise San Lorenzo. Les tĂ©moins du mariĂ© furent le marquis de Darrax, son cousin et le comte de Valleton ; ceux de Madame Stoltz le comte de Gardozo et le gĂ©nĂ©ral Samaniego. La mariĂ©e, vĂȘtue de mauve, Ă©tait malgrĂ© son Ăąge, fort attrayante. Losqu'elle descendit de 158 ' ROSINA STOLTZ voiture, elle recueillit les hommages flatteurs des Navarrais qui jettĂšrent leurs capas Ă  ses pieds. — Que passa usted? Et elle passa. L'Ă©glise San Loreuzo, avec son clocher de forme bizarre, et sa chapelle de St-Firmin, spĂ©- cialement consacrĂ©e aux cĂ©rĂ©monies de Tayu- tamiento, Ă©tait remplie de fleurs. Les cloches sonnaient Ă  toute volĂ©e ; la population entiĂšre Ă©tait dans les rues avoisinantes, malgrĂ© le froid sec. La gaietĂ© Ă©tait exubĂ©rante, le carnaval bat- tait son plein ; on fĂȘtait le mardi-gras. Les fleurs insĂ©parables de toutes les fĂȘtes espagno- les, circulaient, lancĂ©es ou offertes. Dans les circonstances dĂ©licates, les gens d'un certain milieu aristocratique savent faire sentir leur impertinence avec toutes les formes d'une politesse excessive, et leur dĂ©dain avec toutes les apparences d'un respect exagĂ©rĂ©. Su- pĂ©rioritĂ© des gens bien nĂ©s sur ceux dont l'Ă©du- cation premiĂšre fut insuffisante, sans prĂ©juger des qualitĂ©s morales et intellectuelles des dĂ©- daigneux et des dĂ©daignĂ©s. A la bonne grĂące cĂ©rĂ©monieuse des gens bien PARAISSEZ NAVARRAIS ! . . . 159 Ă©levĂ©s de tous les pays, se mĂȘlaient les façons courtoises castillanes. Mais sur toutes les lĂš- vres le sourire avait une pointe d'ironie; la po- litesse Ă©tait trop irrĂ©prochable. La prĂ©sence du seul Ă©lĂ©ment masculin, suprĂȘme impertinence, donnait Ă  la cĂ©rĂ©monie le ton d'une esca- pade 1 chacun Ă©changeait avec son voisin une remarque narquoise; il y avait dans l'air de vagues bourdonnements, de petits rires Ă©touf- fĂ©s. Sans ĂȘtre ridicule, personne ne pouvait se fĂącher; la susceptibilitĂ© eut Ă©tĂ© un manque d'u- sage. La mariĂ©e, assez fine pour figurer Ă  l'occasion parmi les rieurs, avait trop d'orgueil pour se croire l'objet des mociueries. Quant au mariĂ©, il aurait plutĂŽt pris le parti des pre- miers que celui de la malheureuse femme. Il s'Ă©tait fait une attitude le cynisme de sa con- duite, sous les dehors du meilleur ton, ne lui permettait pas d'essayer un instant d'afficher urne passion qui eĂ»t Ă©tĂ© une excuse, tout au moins un prĂ©texte. On ne s'Ă©tait pas adressĂ© Ă  l'Ă©glise pour faire 1 Seules deux femmes fiĂźrurĂšrejit daus la cĂ©rĂ©mo- nie nuptiale. 160 ROSINA STOLTZ sanctionner }>ar elle l'union de deux ĂȘtres croyants, mais pour Ă©luder toutes les consĂ©- quences lĂ©gales d'une union civile. Le mariage Ă©clatant avait, malgrĂ© tout, un cĂŽtĂ© clandestin. La mariĂ©e eĂ»t Ă©tĂ© mieux avisĂ©e, si sa cons- cience avait considĂ©rĂ© la cĂ©rĂ©monie religieuse comme indispensable et suffisante, de faire cĂ©- lĂ©brer son union, la nuit, assistĂ©e seulement de quelques intimes. Cela eĂ»t Ă©tĂ© la note juste. Mais, la petite NoĂ«l devenue l'artiste fĂȘtĂ©e, voulait trop de pompe. A Madrid comme Ă  Paris, la cĂ©rĂ©monie eivile eĂ»t Ă©tĂ© inĂ©vitable; aussi profitĂšrent-ids des deniĂšres applications du fueros navarrais. Pour cĂ©lĂ©brer un mariage sĂ©rieux qui songera Ă  se marier Ă  Pampelune lorsqu'on est Ă©tranger au pays? Du reste, le mariage Ă©tait nul civilement, puisqu'il n'y avait eu aucun acte; religieusement aussi, car Madame Stoltz s'Ă©tait mariĂ©e sous le faux nom de Rosa Carolina d'Altavilla. Un incident vint Ă©gayer la fin de la cĂ©rĂ©- monie. Lorsque les mariĂ©s et leurs tĂ©moins vinrent Ă  la sacristie signer l'acte de mariage, l'ArchiprĂȘtre qui avait bĂ©ni l'union, et qui n'avait qu'une connaissance rudimentaire du ^^Vx^^^^^Ăź^T'»-'^ *^"7 m^-t^ X ^^!^p-'>^-^-i^^^^2'^^ ^v PARAISSEZ NAVARRAIS !... 161 français, entreprit de fĂ©liciter les Ă©poux dans la langue de l'auteur du Cid. C'est avec un aimable sourire qu'il leur dit — Madame, Mousiou, ça y est. Personne ne broncha. La cĂ©rĂ©monie terminĂ©e il y eut un dĂ© jeĂ»ner qui se prolongea jusqu'au soir. Il y avait bal masquĂ© au théùtre. Les convives s'y rendirent et on ne entra que tard, aux premiĂšres lueurs du jour. Le surlendemain, les Ă©poux, qui ne s'Ă©taient parlĂ©s qu'Ă  table, partirent avec leurs invitĂ©s. ArrivĂ©s Ă  Alsaswa, le Prince de Bassano prit le Sud-Express pour Madrid et Madame Stoltz, peu aprĂšs, prit le train pour Bayonne, joyeuse et fiĂšre de son nouveau titre. Dans la soirĂ©e, Ă  l'HĂŽtel du Conunerce, elle chanta avec un brio incomparable le grand air de la Reine de Chypre Le Gondolier dans sa jolie nacelle La foule s'amassa dans les salons de l'hĂŽtel et dans la rue. On dut ouvrir les fenĂȘtres. Ro- sina Stoltz, Duchesse de la Paix remporta une 11 162 ROSINA STOLTZ nouvelle victoire. Ce fut son dernier triomphe lyrique. Le vieux Godoy, T ancien amoureux de la Reine d'Espagne, l'ancien ministre de Char- les IV, aprĂšs s'ĂȘtre rĂ©fugiĂ© Ă  Paris en 1819, mena une vie misĂ©rable jusqu'Ă  la fin de son existence qui fut longue. RelĂ©guĂ© dans une pe- tite chambre, 11, passage Sandrier, il toucha de Louis-Philippe, Ă  partir de 1835, une pen- sion de fr. qui Ă©tait modeste pour lui et que le gouvernement de 1848 lui supprima. Godoy s'Ă©teignit Ă  85 ans, 21 rue de la Mi- chodiĂšre, le 4 octobre 1851. Son petit-fils devait avoir une destinĂ©e non moins cruelle. AprĂšs son mariage, il se rendit Ă  Madrid, joyeux des fr. qu'il emportait. Un an aprĂšs, il ne lui restait presque rien. Il rĂ©solut de venir Ă  Paris, rĂ©clamer Ă  sa femme la pen- sion que celle-ci ne lui payait pas. Il dut s'ar- rĂȘter, faute d'argent, Ă  Saint-SĂ©bastien. Il y PARAISSEZ NAVARRAIS Ăź . . . 163 resta 6 ans. Enfin, en 1885, ayant pu rĂ©unir quelques louis, il rĂ©ussit Ă  gagner Paris. Combien changĂ©, le Prince de Bassano? vieilli physiquement, mais calmĂ©, amĂ©liorĂ© par la souffrance. Il s'Ă©tait ressaisi moralement Sa fiertĂ© Ă©tait devenu de la dignitĂ©. Il ne rĂ©- clama rien Ă  personne. MisĂ©rablement vĂȘtu, Ă  peine couvert, il descendit dans une modeste mais respectable pension de famille, 33 rue Nollet, aux Batignolles; il fit choix d'une chambre aui second, sur le petit jardin de l'HĂŽ- tel, Ă  raison de 35 fr. par mois. Il y vĂ©cut onze ans, d'une pension que lui faisaient des parents. Blanchi, sourd, alourdi, ce n'Ă©tait plus le brillant Manuel du cercle de la Pena. Il se levait de bonne heure, buvait un bol de bouil- lon, et allait prendre ses repas dans un petit restaurant de la rue Biot; Ă  neuf heures il Ă©tait couchĂ©. Il n'avait comme distraction qiie les visites du Marquis de Darrax et celles de son neveu, le Baron Van Ter Burgge. Il avait encore con- servĂ© une illusion, un espoir, un but Ă  la veille de chaque tirage, il achetait dix bons de 164 ROSINA STOLTZ Panama qu'il revendait le lendemain, ne dou- tant jamais de son prochain suocĂšs. Comme il Ă©tait sourd, il pensait souvent tout haut et on l'entendait parfois regretter son passĂ©, s'injurier et maugrĂ©er contre sa femme qiii lui avait pris son nom et n'avait pas tenu ses promesses. Mais, Ă  cela, il Ă©tait rĂ©signĂ©; il ne rĂ©clama jamais. En aoĂ»t 1895, il passa quelques semaines chez son neveu, en Belgique, oĂč il eut encore l'illusion de sa splendeur passĂ©e ; il jouait des journĂ©es entiĂšres avec les enfants qu'il ado- rait. Il rentra avec les premiers froids, souf- frant de crises d'asthme. Le 5 avril 1896, il dut se mettre au lit; il commençait une fluxion de poitrine; il voulut la soigner avec de la glace. La maladie fit de rapides progrĂšs. Quand son hĂŽtelier M. Char- bonnel, qui avait pour lui une respectueuse affection, appela le mĂ©decin, il Ă©tait trop tard, et c'est dans les bras de son hĂŽte qu'il s'Ă©tei- gnit, le 12 avril, Ă  2 h. du matin. Deux sƓurs de la Sainte-Famille du couvent de la rue Bri- daine veillĂšrent son corps. Le 14, eut lieu l'en- terrement Ă  Sainte-Marie des Batignolles. Son PARAISSEZ NAVARRAIS !... 165 paujvre cercueil accompagnĂ© par trois person- nes, fut conduit au pĂšre La Chaise, dans le mĂȘme caveau que l'aĂŻeul, le Godoy de Char- les IV. Madame Stoltz demeura impitoyable; et c'est aprĂšs des difficultĂ©s sans nombre qu'elle se rĂ©signa Ă  rĂ©gler les religieuses. D'autres avaient fait face aux frais d'enterrement 1. Au cimetiĂšre un bouquet de violettes est en- core portĂ© de temps en temps sur la tombe dĂ©sertĂ©e, modeste souvenir de celui qui lui avait fermĂ© les yeux et qui a conservĂ© la vĂ©- nĂ©ration de ce vieux Prince si malheureux, si repentant et si rĂ©signĂ©. 1 Mine Stoltz racontait qu'elle avait rompu tou- tes relations avec son mari parce que celui-ci aurait Ă©tĂ© croupier Ă  Saint-SĂ©bastien ; raccusation Ă©tait inexacte. Mme Stoltz en voulait au prince de Bassano, Ă  cause du procĂšs Altavilla qui avait obligĂ© Victoire NoĂ«l Ă  se dĂ©masquer. XÏV ULTIMES AMOURS C'est en 1881 que la lutte du parti rĂ©pu- blicain contre le catholicisme entra dans sa pĂ©riode active. On chassa les religieux; on ferma la plupart des Ă©coles congrĂ©ganistes. La presse rĂ©publicaine marcha avec ensemble con- tre ce qu'elle appelait le clĂ©ricalisme ennemi. Si un membre du clergĂ© cessait d'ĂȘtre irrĂ©- prochable, la presse s'en emparait et les comptes rendus de certaines feuilles Ă©taient ULTIMES AMOURS 167 plus dĂ©taillĂ©s que ceux de la Gazette des Tribunaux >. C'est Ă  l'une des plus rĂ©servĂ©es d'entre elles que nous emprunterons une cu- rieuse histoire, sans bien entendu en accepter les conclusions 1. En 1877, un jeune prĂȘtre originaire de Di- gne, l'abbĂ© Jules Joseph E... Ă©tait arrivĂ© Ă  Paris. AprĂšs avoir Ă©tĂ© quelque temps prĂ©cepteur dans la famille d'un gĂ©nĂ©ral, il obtint le Vica- riat de C... Ă  Paris. A la suite de scandales rĂ©pĂ©tĂ©s, M. E... dut donner sa dĂ©mission. Le voilĂ  lancĂ© dans l'inconnu, dans la mi- sĂšre. Il essaye de lutter il se fait courtier en liqueurs fortes. Une Ăšre de dĂ©boires commen- çait, dont il trace un tableau pittoresque J'ai vĂ©cu plusieurs jours de trognons de choux, que je ramassais Ă  la halle, le soir, Ă  la fermeture; j'ai vainement cherchĂ© du travail, qui m'Ă©tait toujours refusĂ© parce que j'Ă©tais prĂȘtre ! J'ai eu une commission pour des vins 1 Temps du 13 novembre 1881 ; Gazette des Tribu- naux des 23 juillet et 13 novembre 1881. 168 ROSIXA STOLTZ d'une maison de Bordeaux, je n'ai jamais pu placer qu'un hectolitre de cognac chez un des premiers vicaires de la paroisse Bonne-Nou- velle. Ah ! le travail, je l'aimais,, je le dĂ©sirais de toutes mes forces, je l'aurais pris partout oii je l'aurais trouvĂ©. Un jour, entre autres, Ă  deux heures du ma- tin, je me prĂ©sentai Ă  la halle pour aider Ă  transporter des marchandises un boucher m'accepta, je fis trois voyages avec des tĂȘtes de veau, j'en perdais la moitiĂ© en route; le pa- tron s'avança et me dit Monsieur, je le re- grette, mais vous ferez mieux d'aller repren- dre votre plume que de faire le portefaix; te- nez ! voilĂ  huit sous et venez prendre un cafĂ© avec moi. » Combien ce refus de travail me fut pĂ©nible! J'avais faim, et faim de pain. Il y avait plusieurs jours que je n'en avais goĂ»tĂ©. Oh ! le pain ! le pain est un \Tai dĂ©lice pour ceux qui n'en ont pas ! Et vous tous, qui n'avez jamais su ce qu c'Ă©tait que ce genre de privation, vous ne sa-u- rez jamais la joie qu'on Ă©prouve Ă  grignoter ULTIMES AMOURS 169 son pain sec prĂšs d'une Wallace, quand on a bien besoin !... » En mars 1879, lorsqu'il eut fait un stage suf- fisant dans une honorable famille, l'abbĂ© E... fut autorisĂ© par ses supĂ©rieurs Ă  reprendre l'habit ecclĂ©siastique et il fut attachĂ© Ă  la pa- roisse de Saint R..., en qualitĂ© de prĂȘtre ha- bituĂ©. L'abbĂ© E... semblait calmĂ© lorsqu'un matin, une dame fait appeler le prĂȘtre Ă  la sacris- tie Une de mes amies, lui dit-elle, la Prin- cesse de Lesignano, a Ă©tĂ© profondĂ©ment impres- sionnĂ©e par votre façon de cĂ©lĂ©brer la messe ; elle dĂ©sirerait trĂšs vivement entrer en relations avec vous; accĂ©derez-vous Ă  ce souhait? » A quoi Jules-Joseph E... rĂ©pond eut-ĂȘtre grĂ© de son labeur car, ainsi que l'a dit Bossuet, ajoute-t-elle, le fruit de la dĂ©mons- tration est la science. » Pour terminer, la noble Ă©rudite berce le lec- teur avec ces vers de Delilile Les vrais plaisirs sont ceux que Ton doit Ă  soi- [mĂȘme, Et les fruits les plus doux sont les fruits que l'on [sĂšme. Or, les lecteurs n'ont pas oubliĂ© que le soi- mĂȘyne de la Princesse s'appelait Gustave Op- pelt. Entre temps, redevenant Rasina Stoltz, elle s'occupait de compositions musicales. Dans la mĂ©thode Le Carpentier dont elle Ă©tait devenue la propriĂ©taire, avec M. SchƓne-Laval, elle intercallait une Berceuse et Un refrain de Che- vrier, empruntĂ©s Ă  un recueil de dix mĂ©lodies qu'elle venait de publier, paroles et musique d'elle-mĂȘme. Le talent du compositeur n'Ă©tait pas infĂ©rieur Ă  celui du poĂšte. En consultant les api>endices, le lecteur pourra se convaincre que si ses Ă©lĂ©gies sont trĂšs infĂ©rieures Ă  celles de Lamartine, l'intention qui les a dictĂ©es leur ULTIMES AMOURS 181 est bien supĂ©rieure; si elles ne sont pas suaves, elles sont pures et la mĂšre la plus timorĂ©e peut en permettre la lecture Ă  sa fille. Madame Stoltz voulut effleurer tous les arts. Elle dessinait, et si les croquis qu'elle a signĂ© sont d'elle-^mĂȘme, elle n'Ă©tait pas sans talent et sans esprit. L'encre de chine que nous re- produisons dĂ©note mĂȘme un certain mĂ©tier. Avec l'Ăąge, Madame Stoltz Ă©tait devenue so- lennelle ; eWe affectait, non sans y rĂ©ussir sou- vent, la bonne Ă©ducation des temps passĂ©s. La Princesse de la Paix Ă©tait arrivĂ©e Ă  cette Ă©tape de la vieillesse oĂč l'on commence Ă  trouver que les gens d'autrefois Ă©taient seuls corrects et distinguĂ©s et que ceux d'aujourd'hui sont ef- froyablement vulgaires et malappris. Une lettre qu'elle Ă©crivit, le 28 aoĂ»t 1884, de Cabourg, Ă  une cĂ©lĂšbre pianiste. Madame M... nĂ©e C. de D... fait bien entrevoir sa nouvelle mentalitĂ© Ma chĂšre amie, dit-elle, voici dĂ©jĂ  un mois que je supporte cette monotonie mondaine qu'on peut, Ă  juste titre, appeler SociĂ©tĂ© de 182 ROSINA STOLTZ Bourgeois-InfĂ©rieurs . Toujours mĂȘmes mots, mĂȘmes Ă©clats de rire, mĂȘmes costumes plus ou moins chinois, mĂȘme laisser-aller qu'on ren- contre, maintenant, dans les rues de Paris. Ils triomphent enfin, et le reste de cette Ă©lĂ©gance du langage et de l'esprit que nous avons con- nue ne se rencontre plus Ăź Je vais quitter ce lieu, oĂč je ne vois qu'ap- pĂ©tits sensuels. Je serai Ă  Paris, 39 avenue de l'OpĂ©ra oii j'avais revu cette pauvre Nina, ne voulant pas mettre mon intĂ©rieur en remue- mĂ©nage pour peu de temps, car, en conscience, je ne sais pas encore oĂč j'irai, non. je n'en sai^ vraiment rien . eau mate lĂ©gĂšrement dorĂ©e ; un grain de beautĂ©, sous la tempe gauche, donnait du piquant Ă  l'ovale sĂ©vĂšre de son visage; un nez fin et rĂ©gulier, aux narines mobiles et un men- ton volontaire, contrastaient avec une bouche 1 Si les uns la trouvaient fine et distinguĂ©e, cer- tains lui reprochaient une maigreur excessive c Un plaisant disait derniĂšrement que. lorsqu'il allait en- tendre Mme Lescuyer Ă  l'OpĂ©ra, c'est qu'il avait le dĂ©sir de suivre un cours d'ostĂ©ologie. Quant Ă  nous, nous rĂ©sumons ainsi notre opinion une Ăąme dans un squelette. » Fontenay et Champeaux, Histoire des Théùtres, p. 28. 188 ROSINA STOLTZ aux dents espacĂ©es, aux lĂšvres presque min- ces et mĂ©chantes, heureusement corrigĂ©es Ă  leurs extrĂ©mitĂ©s par une dĂ©pression enfantine. La tĂȘte fiĂšrement relevĂ©e, Ă©tait portĂ©e par un cou long et gracieux, reposant sur des Ă©paules superbes. Telle fut Madame Sioltz jusqu'Ă  un Ăąge in- vraisemblable. OctogĂ©naire, le dĂ©colletage de sa robe de velours grenat Ă©tait plus audacieux que tĂ©mĂ©raire; elle n'abdiqua jamais. Les contrastes de sa physionomie Ă©taient bien les reflets de sa personne morale. Chari- table et bonne avec ses infĂ©rieurs, malgrĂ© des vivacitĂ©s passagĂšres, son orgueil lui faisait trouver doux le rĂŽle de protectrice, et, il est possible qu'en donnant, le plaisir de constater sa supĂ©rioritĂ© ait Ă©tĂ© plus violent que faire le bien. Son intelligence et son esprit Ă©taient mis en valeur par une instruction qui, sans ĂȘtre profonde, Ă©tait supĂ©rieure Ă  celle de la plupart des femmes de son temps elle con- nafssait sept langues et parlait volontiers comme ceux qui savent qu'ils causent bien. I^ timbre de sa voix Ă©tait Ă©trangement captivant. Malheureusement, son esprit mordant lui CRÉPUSCULE 189 pennettait d'emporter le morceau lorsqu'elle en trouvait l'occasion, soit qu'elle eut Ă  se plain- dre de sa victime, soit qu'elle ait eu simple- ment un mot ou une idĂ©e singuliĂšre Ă  placer. Elle avait la riposte prompte et si son instruc- tion gĂ©nĂ©rale se composait, disait-on, de ce qu'elle avait appris de droite et de gauche, elle connaissait ses fabulistes. Un soir, elle avait alors prĂšs de soixante-dix ans, priĂ©e de chanter, elle fit chercher quel- ques morceaux de son rĂ©pertoire. Lorsqu'elle revint, un jeune homme malavisĂ©, dit Ă  une de ses voisines, assez haut pour ĂȘtre entendu — VoilĂ  la Princesse qui revient chargĂ©e de reliques. — Non, cher Monsieur, ce sont des perles. Quelques gens d'Ă©lite lui pardonnaient ses boutades, mais les autres, les plus nombreux, ne pouvaient les oublier. A la frĂ©quenter sou- vent, on finissait, un jour ou l'autre, par ĂȘtre froissĂ©, parfois mĂȘme humiliĂ©. Aussi ses enne- mis furent-ils innombrables 1. l D'aprĂšs Alphonse Rover elle Ă©tait Ă©trange et sĂ©duisante c'Ă©tait une çaillarde qui avait souvent ses nerfs et Ă  qui il ne fallait pas rĂ©sister. » 190 ROSINA STOLTZ L'artist'G ressemblait singuliĂšrement Ă  la femme. Elle avait des pĂ©riodes de paresse in- vincible, des impossibilitĂ©s absolues de travail quelconque ; puis, elle Ă©tait prise subitement d'un zĂšle excessif, pour tout autre chose que son art, car elle Ă©tait curieuse de tous les arts et de toutes les sciences. Laborieuse Ă  l'excĂšs pour satisfaire ses caprices, elle atten- dait presque toujours la derniĂšre heure pour se livrer Ă  ses obligations d'artiste. Mais alors, elle s'y mettait avec patience, rĂ©solution, vail- lance et audace, car elle travaillait ses rĂŽles avec acharnement. Comme cantatrice, ses notes graves Ă©taient superbes, mais sa voi^ n'atteignait pas deux octaves; bien que son timbre fut de qualitĂ© mĂ©diocre, personne ne sut Ă©galer ses accents tragiques, d'une sĂ©duction Ă©trange et cepen- dant, Ă  certains moments, il Ă©tait difficile de dire si elle jouait en chanteuse ou en tragĂ©- dienne. L'effet, nĂ©anmoins Ă©tait extraordinaire les incorrections de sa puissante sauvagerie fu- rent souvent les accents du gĂ©nie 1. 1 FĂ©tis raconte qu'elle le consulta sur sa voix qu'on critiquait fort Ă  Bruxelles. Il constata un bon CRÉPUSCULK 191 Certains critiques, il est vrai, tenaient un tout autre langage. M. Teneo a bien voulu me communiquer un fragment d'un important ma- nuscrit Journal d'une habilleuse de l'OpĂ©ra en 1837 ». Madame Stoltz y est tellement mal- traitĂ©e que nous n'en publions que quelques extraits, et encore sous toutes rĂ©serves. AprĂšs les Ă©loges hyperboliques de ses admirateurs, il n'est pas sans intĂ©rĂȘt de faire connaĂźtre aux lecteurs comment Madame Stoltz Ă©tait vue, par ses ennemis infĂ©rieurs. Madame Rosine Stoltz n'a que vingt-cinq ans 1, dit l'Habilleuse, mais elle est pĂąle et maigre; ce qui la vieillit beaucoup Ă  la scĂšne, malgrĂ© toutes les prĂ©cautions de toilette imma- ginables... Son teint hĂąve, son Ɠil noir, c^Ăźtte bouche de poisson goulu qui s'ouvre sous une lĂšvre ombragĂ©e par une moustache rebelle Ă  l'Ă©pilation, trahissent des goĂ»ts lascifs et dĂ©- sordonnĂ©s. Son premier dĂ©but dans la Juive, mezzo soprano, avec quelques dĂ©faillances dans le mĂ©- dium, provenant dun manque de mĂ©thode. Il lui donna Cassel comme professeur ; celui-ci la fit travailler et sa voix gagna beaucoup vers 1832. 1 Elle n'en avait alors que vingt-deux. 192 ROSINA STOLTZ OÙ elle obtint quelques succĂšs, fut signalĂ© par la prĂ©sence dans la salie d'une clientĂšle toute spĂ©ciale de partisans enthousiastes des qua- litĂ©s oceuites de la chanteuse ici un para- graphe que je ne me sens pas le courage de reproduire. Le public admet tout simplement Madame Stoltz en remplacement de Mademoi- selle Falcon et maintient cette noble et belle ac- trice Ă  une distance infranchissable pour cette femme qu'une coterie voulait lui donner pour rivale. Ce n'est pas que Madaaiie Stoltz soit sans mĂ©rite. Elle sent vivement et avec intelligence, mais sa chaleur est nerveuse et ses effets com- muns. Sa voix duriuscule, haute, aiguĂ« comme une pointe de fer, est belle sans distinction. L'art et le goĂ»t n'ont point assoupli, façonnĂ© son organe. Sur tout autre Théùtre que l'Aca- dĂ©mie Royale de Musique, elle serait auda- cieuse, emportĂ©e; elle arracherait les applau- dissements par son jeu forcĂ© et l' Ă©clat de notes Ă©levĂ©es. Mais, Ă  l'OpĂ©ra, elle est con- trainte et rĂ©serv'Ă©e. VoilĂ  pour son talent d'axĂź- trice. ConsidĂ©rĂ©e comme femme, Madame Stoltz CRÉPUSCULE 193 se donne beaucoup de peine pour arriver Ă  ob- tenir l'attention. Toujours saupoudrĂ©e de musc, elle se fouette le sang par le moka, \ts liqueurs fines et le poivre, qu'elle mĂȘle Ă  tous ses aJiiments, d'oĂč rĂ©sulte un Ă©tat fĂ©bricitant incessamment Ă©rĂ©tismique qu'entretient le gal- vanisme de son hygiĂšne, ses liaisons et ses ha- bitudes avec ceux-ci, avec ceux-lĂ . Son habilleuse a remarquĂ© son pied et le bas de sa jambe, mais elle fait des rĂ©cits in- croyables de la maigreur de son corps, de l'ari- ditĂ© de ses formes, du blanc livide de sa peau lissĂ©e presque partout au suc de citron... » En 1837, le secret professionnel n'Ă©tait guĂšre respectĂ© dans les combles de l'OpĂ©ra de la rue Le Peletier et les Caquets de l'Habil- leuse », ne sont certainement que les ven- geances d'une infĂ©rieure envieuse ou dĂ©lais- sĂ©e. Aimant mal comme celles qui aiment trop, Madaiine Stoltz adora son fils Ă  tort et Ă  tra- vers, sans mesure, sans discernement, rĂȘvant pour lui les plus brillantes destinĂ©es. La diplo- 13 194 ROSINA STOLTZ matie avait attirĂ© la mĂšre 1, le fils ne par- vint Ă  faire qu'un homme de sports et mĂȘme Ă  ce ixint de \Tie, il traversa la vie sans lais- ser de traces intĂ©ressantes. Grand, d'allure distinguĂ©e, obligeant et ai- mable, son existence fut honorable mais sans Ă©clat. Cosmopolite et agitĂ© comme la mĂšre, il semblait habiter, en mĂȘme temps, Rome et Bruxelles, Nice et Londres, alors que son prin- cipal domicile Ă©tait Chantilly. 1 Charles-Raymond fut conseiller de lĂ©gation d'Er- nest II. Avec le concours de Gustave Oppelt, il publia un volume d'archives judiciaires, qui eut deux Ă©di- tions, sous le titre d'Archives judiciaires ; rĂ©union com- plĂšte des discussions lĂ©gislatives et des dĂ©bats des grands procĂšs politiques jugĂ©s en France, de 1792 Ă  1840. Bruxelles et LiĂšge. Decq. 1869, in-4o de 480 p. En tĂȘte de la prĂ©face figurent ces mots empruntĂ©s Ă  EugĂšne Sue c La manifestation d'une vĂ©pitĂ©, si dĂ©ce- vante qu'elle soit, peut toujours servir d'enseignement moral Ă  l'humanitĂ© ». Ce recueil, simple reproduction des journaux et brochures de l'Ă©poque, publiĂ©s sans commentaires, comprend les procĂšs de Louis XVI, Ma- rie-Antoinette, Philippe d'OrlĂ©ans, Mme Elisabeth, Bannissement perpĂ©tuel des Bourbons, Ministres de Charles X et Louis NapolĂ©on Bonaparte Strasbourg et Boulogne. En 1870. il publia, avec le concours de la mĂȘme per- sonne Tin mot de vĂ©ritĂ© sur NapolĂ©on III, par Cari de Ketschendorf . Je n'ai pu me procurer cet ouvrage. CRÉPUSCULE 195 Sa mort fut l'image de sa vie il succomba dans le rapide Nice-Paris, le 4 octobre 1902, Ă  7 heures du matin, entre Dijon et Laroche. Le Commissaire de police spĂ©cial, attachĂ© Ă  la gare de Lyon, rĂ©digea le jour mĂȘme le propĂšs- verbal suivant A l'arrivĂ©e du train 10, Ă  9 h. 11 du ma- tin, dans la voiture wagon-lit 655-A est dĂ©cĂ©dĂ© en cours de route le sieur Charles Raymond, nĂ© Ă  Paris, 2^ arrondissement, le 20 juin 1848, fils de pĂšre et mĂšre non dĂ©clarĂ©s Baron de Ketschendorf , parti de Monte-Carlo Ă  2 h. 20, accompagnĂ© de M. le D"* Bonmariage Arthur, 53 ans, demeurant Ă  Bruxelles, 2, rue de la RĂ©volution et de Mademoiselle HĂ©lĂšne White- house, 34 ans, femme de confiance de M. le Baron de Ketschendorf, demeurant Ă  Islen- worth Angleterre. Certificat mĂ©dical mort due Ă  une tumeur Ă  l'estomac, dys>epsie chro- nique, dĂ©livrĂ© par M. le D"* Bonmariage. » Ce fut un de ses amis, M. E.., directeur d'une grande sociĂ©tĂ© belge, et son voisin Ă  Chantilh", qui s'occupa de toutes les formalitĂ©s. Le corps, exposĂ© dans la lampisterie transformĂ©e en cha- pelle ardente, fut transportĂ© Ă  Nice, deux jours 196 ROSINA STOLTZ pins tard. Madame Stoltz, quoiqu'elle ait dit, n'ayant jamais eu de mausolĂ©e Ă  Nice, l'inhu- mation de Charles Raymond dut ĂȘtre retardĂ©e pour acheter un iDetit terrain dans un cimetiĂšre suburbain, et lui construire une modeste tombe 1. Pendant que tous Ɠs tristes Ă©vĂ©nements se succĂ©daient, Madame Stoltz Ă©tait Ă  Nice 2. Le coup fut terrible elle s'alita et l'on crut qu'elle allait succomber; cependant, elle rĂ©agit. L'instabilitĂ© de son caractĂšre la sauva de cette crise. La blessure pourtant Ă©tait mortelle Plus rien ne restait de son passĂ©; elle avait survĂ©cu Ă  tous et la solitude Ă©tait venue ; sans autre domicile que des chambres d'hĂŽtels, les cendres du passĂ© Ă©taient dispersĂ©es 3. Brusquement, elle se rendit compte qu'elle Ă©tait vieille, et que son heure Ă©tait proche; ce fĂ»t le dĂ©sespoir. Son orgueil persistant sauva 1 Ce fut le vice-oonsul de riTruKuay qui se charonea de faire toutes les dĂ©marches. 2 A l'hĂŽtel des Empereurs, 34, boulevard Dubou- chage. 3 Ses petits-fils habitaient l'Angleterre et ne la voyaient que rarement, sans qu'il y eĂ»t de leur faute. CRÉPUSCULE 197 encoi"e les apparences. Mais la maĂźtrise de sa pensĂ©e la fuyait, et par moments elle avait conscience de sa dĂ©cadence morale, de T ariditĂ© de son cƓur et de sa dĂ©crĂ©pitude physique. Dieu seul restait elle pria. ExaltĂ©e dans la priĂšre, conmie elle l'avait Ă©tĂ© en toutes choses, elle ne quittait plus son chapelet de nacre. Et des journĂ©es entiĂšres, elle marmottait, somno- lait, pensait, essayait d'espĂ©rer. EspĂ©rer quoi? Et la peur de la mort solitaire l'Ă©treignait. Elle comprit que la sĂ©rĂ©nitĂ© des vieilles gens est faite autant avec le souvenir des bonnes souffrances qu'avec celui des heures d'ivresses; que les sacrifices qu'on a fait rendent plus douces encore les tendresses qu'on a reçues. Au seuil troublant de l'au-delĂ  inconnu, elle se rendit compte que l'ouĂšli de soi-mĂȘme avait manquĂ© Ă  -sa vie passĂ©e; que dans ses chari- tĂ©s, n'ayant donnĂ© que son superflu, elle ne pouvait prĂ©tendre Ă  aucune rĂ©compense, car sa prodigalitĂ© avait surtout satisfait sa vanitĂ©. Lorsqu'on a jamais pardonnĂ©, comment comp- ter sur la misĂ©ricorde ? Elle pria Ă©perdĂ»ment; mais, implacables, les griffes de son orgueil lui entraient dans les 198 ROSINA STOLTZ chairs ! EUe entrevit que sa fin serait humble, son cortĂšge solitaire et sa tombe dĂ©laissĂ©e. La mort n'avait-elle pas dĂ©jĂ  fauchĂ© tous ceux qui l'avaient aimĂ©e? L'oubli n'avait-il pas envahi ceux que la mort avait oubliĂ© ? Alors, ce fut bien la petite Victoire NoĂ«l qui sanglota ! XVI PANTIN Le 2 mai 1903, vers dix heures du matin, de- vant la port de l'HĂŽtel Bell^vue, avenue de l'OpĂ©ra 1, par un temps gris et triste, une trĂšs vieille femme descendait pĂ©niblement d'une voiture Ă  galerie. VĂȘtue d'une robe de laiaie noire, coiffĂ©e 1 Je dois la plus grande partie des renseignements que i'ai recueillis sur les derniers moments de Mme Stoltz, Ă  la propriĂ©taire de l'hĂŽtel Bellevue, Mme Hau- ser, Ă  M. Croll qui Ă©tait alors gĂ©rant et au personnel, que je tiens Ă  remercier de leur complaisance. Je tiens aussi Ă  signaler les soins dĂ©vouĂ©s avec lesquels ils ont assistĂ© Mme Stoltz pendant sa derniĂšre maladie. 200 ROSINA STOLTZ d'une capote sombre, nouĂ©e sous le menton, un petit sac noir passĂ© sous le bras gauehe^ s' ap- puyant sur une canne et soutenue par le por- tier de l'HĂŽtel, elle gagna pĂ©niblement le hall ; courbĂ©e, amaigrie, parcheminĂ©e, c'est Ă  peine si les domestiques habituĂ©s Ă  la servir purent reconnaĂźtre la princese de Lesignano. Pendant qu'on descendait son unique malle, la voyageuse, rentra dans le parloir, s'affaissa dans un fauteuil, incapable, pendant quelques minutes, de dire une parole. Enfin, elle se leva, Ă©changea quelques mots avec ceux qu'elle re- connaissait et monta lentement au premier oĂč une chambre lui Ă©tait rĂ©servĂ©e. Ce n'Ă©tait pas son appartement habituel; elle maugrĂ©a c'Ă©tait trop haut, elle ne pouvait voir les passants. Le lendemain on dut la descendre Ă  l'entresol. La nouvelle chambre, sur l'avenue, est fraĂź- che et jeune, les meubles, recouverts de velours bleu, sont en laquĂ© blanc avec des filets bleus ; les rideaux sont en reps bleu. En face de la porte, une armoire Ă  glace, entre deux fenĂȘtres, Ă  droite la cheminĂ©e; Ă  gauche une chaise lon- gue sous une glace ; au milieu une table ronde ; en face des fenĂȘtres, un lit dans une alcĂŽve; PANTIN 201 un petit cabinet Ă»e toilefte et deux chaises. On lui traĂźne un voltaire de velours rouge. Le temps Ă©tait beau, on ouvre sa fenĂȘtre; et de son fauteuil elle regarde la vie passer. Per- sonne ne lĂšve la tĂȘte pour remarquer cette vieille femme, elle ne dĂ©visage aucune figure connue; qui pourrait la reconnaĂźtre, s'il se trouvait par hasard quelqu'un l'ayant vue ou entendue ! Elle se pencha, fixant ses regards obstinĂ©ment Ă  gauehe; au J30ut de l'avenue, l'OpĂ©ra, le Nou- veau, celui oĂč elle ne voulut pas entrer comme spectatrice... Elle se rappelle qu'il ne reste plus rien de l'Autre; iĂą aussi des cendres Disparu Pillet, disparu le pĂšre Gentil, disparue la mĂšre Crosnier. la portiĂšre; disparu Auguste, le chef de claque... encore des cendres. Le soleil Ă©claire en p4ein ce qui a remplacĂ© tout cela Le Nouveau, celui oĂč les jeunes gloires s' Ă©pa- nouissent, attendant les gloires futures nĂ©es et Ă  naĂźtre... une larme tombe lentement, puis une autre. Elle ferme la fenĂȘtre; plus jamais elle ne l'ouvrira, non jamais 1. 1 Mme Stoltz connaissait cependant la salle du nouvel OpĂ©ra. Elle en parlait dans les plus mauvais 202 ROSINA STOLTZ Lentement, appuyĂ©e sur sa canne qui trem- ble, elle prend sur la table son sac au sou- venir, tout ce qui lui reste du passĂ©. Elle sort tout sur la table un portrait d'enfant, Bibi, celui qui n'est plus, des paperasses, des dĂ©co- rations, de la poudre de riz, un peu d'argent; c'est tout. Aucune de ces menues choses, sou- venirs fixĂ©s, petits cailloux blancs ramassĂ©s le long du chemin de la vie ChimĂšres ou re- liques... termes, en artiste connaissant aussi l'administration; elle reprocliait Ă  la nouvelle boĂźte » d'ĂȘtre antimusi- cale et ruineuse. La scĂšne Ă©tant beaucoup trop ^^-ande et trop enfoncĂ©e, l'artiste ne pouvait communier avec le public ». La voix ne remplissait pas la salle, un peu Ă  ca,use de la grandeur de la scĂšne, beaucoup Ă  cause des rugositĂ©s de l'ornementation des loges » et parce qu'il fallait, Ă  cause de l'acoustique, perpĂ©- tuellement chanter pour le quatriĂšme rang des fau- teuils d'orchestre. La grandeur de la scĂšne, par un effet d'optique Ă©triquait le geste et en augmentait la rapiditĂ© ». Il fallait donc se mouvoir lentement mais amplement, ce qui tuait le jeu. » D'aprĂšs Mme Stoltz, av^ec une subvention de deux millions, un di- recteur joindrait Ă  peine les deux bouts. L'immensitĂ© de la scĂšne, doublant le prix des dĂ©cors que l'on paie au mĂštre carrĂ©, augmentait aussi le personnel dĂ©co- ratif, les accessoires et les servitudes. Mme Stoltz con- cluait Merveilleuse scĂšne pour les fĂ©eries et les bal- lets, dĂ©testable pour la musique. La construction d'un nouvel Or>Ă©ra aux Champs-ElvsĂ©es s'impose. » PANTIN 203 Ainsi qu'Ă  Nice, elle mĂšne une vie de recluse quelques travaux d'aiguilles, un journal, son chapelet, la somnolence. Et ipourt-ant aucune infirmitĂ© ne l'attriste; elle voit et entend comme jadis. Encore, de temps en temps, mais de plus en plus rares, quelques rĂ©veils sou- dains, des colĂšres sans mesure; aucune femme ne peut entrer chez elle, car elle les a en hor- reur. Si, par hasard, une domestique entr' ouvre la porte, elle s'Ă©lance furieuse, la canne levĂ©e. Avec les hommes elle cause volontiers elle parle de son passĂ©, de ses grandeurs, de ses triomphes. De soucis d'argent, elle n'en a pas; elle est riche, trĂšs riche mĂȘme et dĂ©pense si peu 1. Le 27 juin, un de ses petits-fils vient la voir quelques heures, et le vide se fait de nouveau autour d'elle. Un prĂȘtre est appelĂ© Ă  sa demande, le 28 juil- l Elle dĂ©pensa environ fr. pendant son sĂ©- jour de trois mois. Le 2 mai elle avait reçu fr., montant du quartier d'une rente de fr. et le 25 juin fr.. mojitant d'une autre rente de fr., soit en tout fr., sans compter l'ar- gent qu'elle avait Ă  son arrivĂ©e. 204 ROSINA STOLTZ I-et. Quelques instants aprĂšs son dĂ©part, le Doc- teur Petrovieh fut introduit; il ordonna ce qu'on fait prendre aux moribonds pour adoucir les derniers spasmes. Physiquement elle souffre peu; le corps se dĂ©sagrĂšge, la pensĂ©e s'enfuit; lentement, lente- ment elle -descend dans la toml>e; elle n'a d'au- tre mal que l'implacable vieillesse. Parmi ceux qui l'ont connue heureuse, seul un homme de cƓur, le Marquis de Darrax, pris d'une grande pitiĂ©, abandonne sa villĂ©giature pour venir lui dire le dernier adieu. Il arrive le 29 juillet la mourante avait encore toute sa connaissance; elle fait de vains efforts pour parler; elle essaye d'Ă©crire. Les doigts trem- blants s'y refusent. DĂ©sespĂ©rĂ©e, elle penche sa tĂȘte vers la ruelle et pleure. Elle ne bouge plus. Dort-elle ? Le visiteur appelĂ© par d'autres de- voirs lui baise la main et se retire. Vers 6 heures, la malade reprend coimais- sance; elle se fait porter dans son fauteuil prĂšs de la fenĂȘtre. Elle mange, silencieuse, Ă©tran- gĂšre Ă  ses actes; un instant elle regarde les passants; on la reporte dans son lit; pendant PANTIN 205 quelques heures elle s'agite puis s'endort dou- cement, tenant son chapelet. Dans la soirĂ©e son petit-fils an'iva. Elle ne le reconut pas. On la laissa Vers 4 .heures du matin, au lever du jour, le domestique qui rentra dans sa chambre la trouva dans la mĂȘme position elle Ă©tait morte. C'Ă©tait la fin de tout; sa fortune s'Ă©teignait avec elle. Tristesse suprĂȘme, il faut de l'argent pour mourir, pour gagner sa derniĂšre demeure et y trouver un perpĂ©tuel abri. Son porte-mon- naie est Ă  peu prĂšs vide ! La morte reste pres- que seule. La propriĂ©taire de l'HĂŽtel, compatis- sante, apporte quelques roses, deux bougies; c'est tout. C'est une domestique qui fait sa derniĂšre toi- lette ot dans son cercueil de mendiant elle re- pose enveloppĂ©e dans de pauvres linges un 5upon, une ehemisette, sa mantille noire, son chapelet... Deux jours se passent; c'est le convoi du pauvre qui l'emporte Ă  7 heures du matin dans ‱üa rue solitaire. Les priĂšres les plus courtes Ă  ^Eglise Saint-Roch et le peftit cercueil, suivi 206 ROSINA STOLTZ par deux Ăź>ersonn€S, cĂŽtoie l'OpĂ©ra qui som- meille eneore et s'aehemine en cahotant Ă  tra- vers les Faubourgs, vers le cimetiĂšre de Pantin. De temps en temps, le salut machiiial du passant et le signe de croix furtif des mĂ©na- gĂšres... avant d'entrer dans la vaste plaine des morts oubliĂ©s, il faut laisser sortir un tombe- reau chargĂ© de couronnes rouillĂ©es. Les nĂ©cro- poles meurent aussi ! Le charretier passe en jurant et le pauvre cortĂšge gagne le coin des abandonnĂ©s oii l'on procĂšde Ă  un enfouissement hĂątif. Une croix de bois, et le repos pour cinq ans. AprĂšs, la fosse commune, la poussiĂšre que le vent emporte. Et plus rien 1. Et maintenant, tout ce passĂ© fragile de la fennne de théùtre s'est perdu comme une mince 1 Heureusement, la SociĂ©tĂ© de l'histoire du Théù- tre est intervenue. Une concession Ă  perpĂ©tuitĂ© a Ă©tĂ© obtenue et une modeste pierre portera le nom de Ro- sina Stoltz, L'acte de dĂ©cĂšs de Victoire NoĂ«l est conçu en ces termes ectacle, je m'engage Ă  ne pas quitter Paris sans autorisation ; 4° En cas de clĂŽture du Théùtre, par quelque cause que ce soit, ordre supĂ©rieur, incendie, rĂ©parations, ou tout autre motif obligĂ©, je m'engage Ă  ne recevoir aucun traitement pen- dant la durĂ©e de la clĂŽture; Ă  ne contracter APPENDICES 215 d'engagement avec a-ucune autre administra- tion avant le terme de trois mois Ă©coulĂ©s de- puis la clĂŽture ; et Ă  ne paraĂźtre sur aucun théù- tre, dans l'intervalle, sans la permission du Directeur ; 5° En cas d'indisposition ou de maladie, il ne nie sera permis de me croire dispensĂ©e de mon service qu'autant que j'en aurai certifiĂ© par un certificat de mĂ©decin, appuyĂ© et con- firmĂ© par l'un des mĂ©decins de l'Administra- tion. Ce certificat devra expimer l'impossibilitĂ© absolue de faire mon service, sinon je consens Ă  ĂȘtre considĂ©a^Ă©e comme refusant de jouer, et souanise aux clauses pĂ©nales stipulĂ©es dans mon engagement et Ă  ceMes fixĂ©es par les rĂš- glements ou usages de l'OpĂ©ra. L'Administration pourra exiger que ce cer- tificat soit renouvelĂ© tous les cinq jours; et, s'il ne s'agit que d'une indisposition, je m'engage de plus Ă  ne pas sortir de chez moi tant qu'elle durera . Toute maladie ou indisposition, constatĂ©e, conmie il est dit ci-dess'us, n'entraĂźnej^a aucune diminution d'appointements pour le premier mois; pour le second mois, moitiĂ© de mes ap- 216 R05INA STOLTZ point-ements sera retenue; et lesdits appointe- ments cesseront tout Ă  fait de m* ĂȘtre payĂ©s pour le troisiĂšme mois et les suivants jusqu'Ă  la reprise de mon senice. Cette convention est formelle entre l'Administation et moi, et je dĂ©- clare ne pouvoir jamais Ă©lever de rĂ©clamation Ă  ce sujet, cette clause Ă©tajit mie des conditions expresses de mon engagement qui, sans elle, n'aurait jamais Ă©tĂ© consenti. En cas de grossesse, je consens Ă  ne rien re- cevoir de mes appointements pendant tout le temps que mon service sera interrompu. 6° Je me conformerai sans aucune rĂ©crimi- nation, aux usages et rĂšglements Ă©tablis ou Ă  Ă©tablir pour l'ordre gĂ©nĂ©ral; 7° Je m'engage Ă  ne faire usage de mes ta- lents sur aucun théùtre, ni dans aucun concert ou rĂ©union publique ou particuliĂšre, sans l'au- torisation Ă©crite de l' Administration, Ă  peine de Cinq cents francs d'indemnitĂ© envers le Di- recteur, Ă  retenir, comme mes amendes sur mes appointements mensuels, ce qui les rĂ©duirait d'autant; 8° Tout congĂ© auquel je pourrais avoir droi! aux tennes de mon engagement, quelle que soit APPENDICES 217 sa durĂ©e, commencera Ă  courir et me sera comptĂ© du lendemain de la derniĂšre reprĂ©sen- tation dans laquelle j'aurai paru, Ă  la veille du jour de la reprĂ©sentation dans laquelle je reparaĂźtrai aprĂšs ledit congĂ©; 9° Enfin il demeure convenu que, dans le cas d'une contestation portĂ©e devant les tribunaux, le service ne /pourra aucunement en souffrir. Je m'oblige en consĂ©quence Ă  satisfaire aux de- mandes de l'Administration pendant toute la durĂ©e de cette contestation, suivant la teneur de mon engagement et sous les mĂȘmes peines, comime si cette contestation n'existait pas; 10° Il est en outre expressĂ©ment stipulĂ© que lorsque les amendes fixĂ©es par le rĂšglement et que j'aurai encourues, se seront renouvelĂ©es plus de trois fois dans un mois, l'Ackninistra- tion sera maĂźtresse d'annuler le prĂ©sent enga- gement, si elle le juge convenable cette rĂ©serve Ă©tant entiĂšrement Ă  sa disposition sans rĂ©ci- procitĂ©. Le prĂ©sent engagement commencera le 1^'' aoĂ»t prochain et finira le 31 juillet 1842. Il sera rĂ©siliable Ă  la fin de la premiĂšre annĂ©e Ă  la volontĂ© de TAdministration sans rĂ©ciprocitĂ©. 218 ROSINA STOLTZ Voulons en outre qu'il ait mĂȘme force et valeur que s'il Ă©tait passĂ© par devant notaire, sous peine du paiement d'une somme ide quarante mille francs Ă  titre de dĂ©dit, exigible en totalitĂ© Ă  quelque Ă©poque de l'engageanent que ce soit et quel que soit le temps qui en resterait Ă  cou- rir, payable en tous lieux ou le premier contre- venant pourrait se retirer, le prĂ©sent engage- ment Ă©tant respectivement regardĂ© et devant ĂȘtre jugĂ© coanme entreprise ou affaire de com- merce. Moyennant les clauses ci-dessus, loyalement et fidĂšlement exĂ©cutĂ©es, moi, Directeur-Entre- preneur, soussignĂ©, je m'engage envers Ma- dame Stoltz-Lescuyer, Ă  lui payer par portions Ă©gales et de mois en mois, la somme annuelle de trois mille francs pour appointements fixes; et de plus un feu chaque fois qu'elle jouera. Ce feu sera de 300 francs; six sont assurĂ©s par mois. Mais cliaaue fois que, par une cause quel- conque, Madame Stoltz refusera de chanter, ces feux seront supprimĂ©s jusqu'Ă  ce qu'elle soit mise de nouveau Ă  la disposition de l'Ad- ministration; Madame Stoltz aura droit chaque annĂ©e, Ă , un congĂ© rriin mois dont l'Ă©poque APPENDICES 219 sera rĂ©glĂ©e de grĂ© Ă  grĂ© en prĂ©venant trois mois Ă  l'avaince. Pendant ce congĂ© les appointe- ments seront retenus et il sera rachetable, moyennant francs pour la premiĂšre an- nĂ©e et pour les deux autres. Il devra toujours ĂȘtre pris dans l'annĂ©e oii il sera ac- quis, sous peine de dĂ©chĂ©ance. Pour le reporter d'une annĂ©e sur l'autre, il faudra le consente- ment Ă©crit de M. Duponchel. Une gratification de francs sera ac- quise Ă  Madame Stoltz Ă  la fin de chaque annĂ©e si son service a Ă©tĂ© constamment honorable, ce qui sera jugĂ© par le chef de service. En de besoin, l'enregistrement du prĂ©sent acte sera Ă  la charge de celle des deux parties qui succombera. Enfin, en cas de cession de l'entreprise, le prĂ©sent engagement continuera Ă  avoir son exĂ©- cution. M. Duponchel pourra le mettre Ă  la charge de son cessionnaire sans que Madame Stoltz conserve aucun droit ni recours contre M. Duponchel. Fait en double et de bonne foi entre nous, aprĂšs lecture Ă  Paris, ce trente juillet mil huit cent trente-neuf. 220 ROSINA STOLTZ ApprouvĂ© l'Ă©criture Rosine Stoltz. J'approuve le prĂ©sent engagement sans dĂ©ro- ger Ă  nos droits personnels A. Lescuyer. Adjonction. Et le 25 juillet 1840, entre M. Lescuyer, xMa- dame Stoltz Lescuyer et M. LĂ©on Pillet, di- recteur du iDcrsonnel et de l'administration de l'QpĂ©ra il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et convenu ce qui suit A dater du mois d'aoĂ»t 1840 jusqu'au P"" aoĂ»t 1841, M. Lescuyer prĂ©lĂšvera mensuellement sur ce qui sera dĂ» Ă  Madame Stoltz par l'Admi- nistration de l'OpĂ©ra, une somme de fr. Madame Stoltz est autorisĂ©e par lui, par ces prĂ©sentes, Ă  toucher directement sur ses quit- tances i3ersonnelles et particuliĂšres tout ce qui excĂ©dera ladite somme de fr. En consĂ©- quence, tout payement qui lui sera fait dans ces conditions par de l'OpĂ©ra sera bonne et valable sans qu'il soit besoin de l'intervention ni de la signature de M. Lescuyer, la prĂ©sente autorisation Ă©tant invariablemenl donnĂ©e taat Ă  Madame Stoltz qu'Ă  M. le Di- recteur de l'OpĂ©ra pour toute la durĂ©e du prĂ©- sent engagement. Toutefois. l'Administration de APPENDICES 221 l'OpĂ©ra rendra compte chaque mois Ă  M. Les- cuyer des sommes que Madame Stoltz aura re- çues. L'administration de l'OpĂ©ra assure par mois Ă  Madame Stoltz la somme de 833 fr. 33 mĂȘme en cas de maladie. Le prĂ©sent engagement et par suite celui qui prĂ©cĂšde seront rĂ©siliables le 31 juillet 1841 Ă  la volontĂ© de l'administration et sans rĂ©ciprocitĂ©. Toutes les clauses du prĂ©sent engagement qui ne sont pas contraires Ă  celoii-ci, sont et de- meurent maintenues. Fait double et de bonne foi entre nous aprĂšs lecture Ă  Paris les jours et ans que dessus. ApprouvĂ© l'Ă©criture ci-dessus. Alphonse Les- cuyer Du}Xnchel et Pillet, Rosine Stoltz. '2^ Adjonction. Le prĂ©sent engagement est continuĂ© d'accord entre les parties jusqu'au 31 mai 1848 avec les modifications suivantes Il sera ajoutĂ© aux avantages assurĂ©s Ă  Ma- dame Stoltz par le dit engagement, deux mois de congĂ© dont l'Ă©poque sera fixĂ©e en se prĂ©ve- nant rĂ©ciproquement trois mois Ă  l'avance, et 222 ROSINA STOLTZ que radministration se rĂ©sine la facultĂ© de racheter moyennant fr. par mois. Ma- dame Stoltz aura droit en outre Ă  deux reprĂ©- sentations Ă  son bĂ©nĂ©fice, dont les frais seront Ă  sa charge et qu'elle prendra Ă  la fin de cha- que pĂ©riode de trois ans. Toutes les conventions relatives aux arrange- ments de ^Ăźadame Stoltz et de M. Lescuyer sont nulles et non avenues; le prĂ©lĂšvemnt qui doit ĂȘtre fait par M. Lescuyer ayant Ă©tĂ© rĂ©duit Ă  200 francs par mois suivant conventions Ă©crites entre M. Lescuyer et Madame Stoltz. Fait double Ă  Paris, le 14 mai 1842. IV M°^' STOLTZ POETE Dix mĂ©lodies, paroles et musique, par Kosina 8txlz. Piano et chant. — Toutes ces mĂ©lodies ont Ă©tĂ© arran- gĂ©es pour piano et violon, dĂ©diĂ©es aux jeunes Ă©lĂšves, par Julliano et Clout. — Pour piano seul, par A. Croisez. — Pour orgue, harmonium et piano Ă  quatre mains, par Renaud de Yilbac. — Chez F. SchƓne, Ă©diteur, 42, boulevard Malesherbes. I. — SOUVENIR D'ENFANCE Je me souviens parfois Dans ma grande fortune De ces jeux qu'autrefois Je dus Ă  l'infortune. Je chantais tout gaiement Les hymnes au Seigneur Et priais, tout enfant, Notre divin Sauveur, 224 ROSINA STOLTZ II D'envoyer Ă  la terre, Une flamme divine. De voiler Ă  ma mĂšre Une loi si chagrine Qu'il faut mourir un jour, Laissant sur son passage Un enfant sans amour I... Et misĂšre en partage. III A l'heure des adieux. Je me sentis brisĂ©e. Son cƓur si prĂ©cieux N'avait plus de pensĂ©e. Son esprit vers la route Avait pris le chemin, M'oubliant sur la route, Je devins orphelnz. IV Si tu me vois d'en haut, Tendre mĂšre chĂ©rie. Tu sauras qu'il me faut Pour supporter la vie Songer Ă  tous moments Que ton Ă me a souffert Et qu'enfin les tourments Sont un ciel entr'ouvert. APPENDICES 225 Si tu vois notre Dieu, DĂ©cris-lui mon espĂ©rance, Et dis-lui qu'au milieu D'une vive souffrance Je bĂ©nis ses bienfaits Qui me donnent au cƓur La force, les souhaits Pour servir le malheur. VI Au jugement dernier Si notre divin maĂźtre Me plaçait en premier Pour mieux te reconnaĂźtre, Passant aux cieux lointains Je serai bien guidĂ©e, Connaissant des humains La place rĂ©servĂ©e !... VII Prions, prions toujours ! L'espoir nous est permis, D'en haut vient le secours, Le ciel nous est promis. 15 226 ROSINA STOLTZ IL — LE REFRAIN DU CHEVRIER Dans mon cƓur, toi qui sait lire, Tendre objet de mon ardeur AuprĂšs de toi le dĂ©lire De Dieu m'offre la faveur. Tra la la Tra la la 0-a-o... Du Sauveur la voix divine Vient Ă  moi chaque matin Avec sa cloche argentine ParfumĂ©e au romarin Tra la la... Apporter Ă  ma chaumiĂšre Le bonheur du chevrier Qui trouve dans sa misĂšre L'heure de pouvoir prier. Tra la la... A l'Ă©glise du village Quand on vient s'agenouiller. On n'y trouve pas l'usage De payer le marguiller. Tra la la... APPENDICES 227 III. — PRIÈRE A MARIE Salut, vierge Marie, Aimable ambassadeur, Vous par qui notre vie A trouvĂ© le bonheur. Salut, vierge Marie, Reine pleine d'amour, Priez pour notre vie, Dans le divin sĂ©jour ! Vous notre tendre mĂšre. Qui veillez sur les flots, Pensez Ă  la misĂšre Des pauvres matelots. Quand loin de la patrie. Ils rencontrent la mort Sur la mĂšre en furie. Sans Ă©viter le sort ! Songez Ă  l'orpheline, Qui vit Ă  l'autre bord. Jouant sur la colline, Sans regarder le port. Au milieu de l'orage Et des vents furieux, Elle rit sur la plage, EspĂ©rant tout des cieux ! 228 ROSIXA STOLTZ Bienheureuse Marie, Donne aux tristes pĂ©cheurs, Par sainte Rosalie, L'espĂ©rance du cƓur, Avec le Christ en tĂȘte, Pour bĂ©nir sa bontĂ©, Nous viendrons Ă  la fĂȘte Chanter la CharitĂ© ! Salut, vierge Marie, MĂšre du RĂ©dempteur, Salut, femme bĂ©nie. Qui donna le Sauveur. Salut Ăź Salut ! Salut ! CVariante avec accompagnement d'orgue. IV. — PENSÉE CHRÉTIENNE Je voudrais d'ici-bas trouver le chemin Qui conduirait Tesprit vers un penser divin ; Je voudrais Ă©pargner Ă  Thomme la blessure Qui fait du plus grand bien de l'Ăąme une torture ; Je voudrais que la terre engendrĂąt quelque jour Le bonheur d'ĂȘtre unis d'un fraternel amour. Qui donne Ă  l'univers la moitiĂ© de son Ăąme, Pour enfanter ainsi le cri de sainte flamme. APPENDICES 229 Quelle vaine espĂ©rance A caressĂ© mes vƓux, Alors que la vengeance Est le bonheur des dieux ! En vain l'ingratitude Ose Ă©prouver mon cƓur, Ma chĂšre solitude Adoucit ce malheur. Pourtant il est un bien qui ralierait le monde ; Si au pauvre naissant de misĂšre profonde Le cƓur du vrai chrĂ©tien partageait la douleur Et demandait Ă  Dieu d'adoucir sa rigueur. V. — LES JOIES DU RETOUR En quittant mon foyer pour le pays lointain, Je partis dans l'espoir de trouver la fortune ; Mais un homme, ici-bas, peut-il ĂȘtre certain De dĂ©couvrir le bien que cherche l'infortune. Je pense Ă  mon amie, A la terre chĂ©rie Qui formaient mon trĂ©sor Quand je pris mon essor. Je crois Ă  l'avenir, au bonheur, Ă  mon Roi, A l'honneur, Ă  l'amour de ma douce Marie, Je la retrouverai... mon Ăąme est sans effroi. Elle m'attend lĂ -bas dans ma chĂšre patrie. 230 ROSINA STOLIZ Au milieu du rivage J'aperçois le village Qui nous montre riant Son clocher si brillant. Me voilĂ  de retour et je me sens joyeux D'avoir pu supporter ces angoisses mortelles, De trouver au logis et presque sous mes yeux, Ces souvenirs touchants des bontĂ©s paternelles ! MĂšre, que je t'-embrasse, me voici prĂšs de toi ; Le ciel, dans sa clĂ©mence, rĂ©compense ma foi, Quand j'Ă©tais loin d'ici, mon cƓur plein d'espĂ©- [rance Me disait chaque jour... ne crains rien de l'ab- [sence, Vas, tu les reverras, pour ne plus les quitter. Allons, plus de chagrins... ce cƓur peut palpiter. VI. — ILLUSION On dit qu'il faut aimer. Aimer toute la vie, SĂ©duire ou bien charmer Sans trop de perfidie... Je croyais Ă  ces mots Qui ne voulaient rien dire Et je suivis les flots, Je perdis mon empire ! APPENDICES 231 L'oiseau, comme les cƓurs, Peut fonder son espoir Sur le nuage en pleurs Qui passe sans le voir. Enfin il est venu, Ce temps de calme austĂšre OĂč puissante vertu Triomphe sans la guerre. Il faut le proclamer ; Loin devant le plaisir. A quoi bon s'alarmer Sachant qu'il faut mourir. Vn. — CE QUE J'AIME J'aime loin de la terre Vivre au milieu des flots, Oublier ma misĂšre AuprĂšs des matelots. J'aime aussi dans l'orage Braver les Ă©lĂ©ments. J'aime quand le courage Triomphe des moments. J'aime prĂšs d'une femme Caresser ses cheveux Et dĂ©couvrir son Ăąme Dans le bleu de ses yeux. 232 ROSIXA STOLTZ J'aime dans la montagne Voir passer le chasseur, AuprĂšs d'une compagne Trouver le vrai bonheur ! J'aime dans la nuit sombre, Prier le Tout-Puissant, Et raviver dans l'ombre Son souvenir charmant. J'aime prĂšs d'une femme... VIII. — AMOUR AU VILLAGE Pourquoi veux-tu, mon frĂšre, Me donner le chagrin De quitter la chaumiĂšre Pour courir le chemin. Demain ma pauvre mĂšre, En s'Ă©veillant soudain Peut craindre la misĂšre Et redouter la faim. Je sais que Marguerite Va laisser le pays. Voulant, pauvre petite. Eviter ses amis ! Oubliant que son pĂšre. DĂ©jĂ  bien malheureux, Sera s'il dĂ©sespĂšre Dans un tourment affreux. APPEÎSDICES 233 Mais fais-lui donc comprendre Qu'elle a dans son malheur Une famille tendre, Que je suis sa sƓur, Donne-lui l'espĂ©rance Qu'un jour viendra pour vous OĂč l'amour de l'enfance Sera bĂ©ni par tous. Alors, dans le village. Nous pourrons dĂ©fier Ceux dont l'Ăąme si sa^e Voudrait se rĂ©crier. Moi, je resterai fille Pour soigner votre enfant Si l'Eglise apostille. Dis, frĂšre, es-tu content ? IX. — LA BERCEUSE Tout dedans la nature Nous dit qu'il est un Dieu ; Et l'Ăąme toujours pure, N'a qu'Ă  former un vƓu. La vie est un passage Qui berce notre espoir Et le berceau du sage Balance sans le voir ! 234 ROSINA STOLTZ Ici tout est mystĂšre... Par un bienfait divin Il nous fait de la terre Oublier le chagrin. Celui qui nous fit naĂźtre Au milieu du pĂ©chĂ© Nous force Ă  reconnaĂźtre Notre chemin cachĂ©. Pour le chrĂ©tien fidĂšle Qu'on ne saurait lasser La flamme est Ă©ternelle Et le force Ă  penser. Que l'Ăąme Ă  la dĂ©rive Retrouve le sentier Qui conduit Ă  la rive OĂč tout doit s'expier. X. — GIANETTA Tenero ben, dĂ©lia montagna, Caro sospir del primo amor Assiso ai piĂš, di ma compagna, In petto balzar sento il cor. AllorchĂš il ciel mi dĂ  la vita, lo vuo cantar la libertĂ© E nel sorriso di Gianetta, Trovar vosrlio fĂ©licita APPENDICES 235 Corne l'ang^elo la mattina Pria del sol io m'alzerĂŽ Cantando la BontĂ  divina Che manda ai fiori il zeffiro Per ringraziar la benfattrice La ser andrĂŽ per ben finir, Alla Madona protettrice Arder la face poi dormir. V LES ROLES DE M^ STOLTZ et le nombre de representations de ces Ɠuvres jusqu'en 1876 Guido et Ginevra Ricciarda 44 Benvenuto Cellini Ascanio 4 Xacarilla Lazarillo 100 La Favorite LĂ©onor 481 Freischutz Agathe 61 La Reine de Chypre Catarina 118 Charles VI Odette 57 Dom SĂ©bastien ZaĂŻda 32 Lazzarone Beppo 17 Othello Desdemune 23 Marie Stuart Marie Stuart 24 L'Etoile de SĂ©ville Estrella 15 David David 8 Robert Bruce Marie 31 TABLE DES MATIERES I. — L'Enigme 7 II. — Illusions 15 III. — RĂ©alitĂ©s 24 IV. — L'AcadĂ©mie Royale de Musique 42 V. — La Favorite 55 VI. — La Reine de Chypre 71 VII. — De Charles VI Ă  Robert Bruce 84 VIII. — Le Mouchoir 94 IX. — L'Exode 107 X. — Tras os montes 121 XI. — » Pierrot 128 XII. — Princesse 136 XIII. — Paraissez, Navarrais ! 150 XIV. — Ultimes amours 166 XV. — CrĂ©puscule 184 XVI. — Pantin 199 Appendices I. — Lettre de M^^ Stoltz du 30 mars 1837 209 IL — Lettre de M'^e stoltz du 8 novembre 1838 212 III. — Engagements de M°^ Stoltz avec Duponchel et Pillet 213 IV. — M^ie Stoltz, poĂšte 223 V. ~ Les rĂŽles de Mℱe stoltz 236 VIENT DE PARAITRE BIBLIOTHEQUE DU VIEUX PARIS Pierre BRUN Saifinien de Cpano Bergerac L'HISTOIRE ET LA LÉGENDE Ăź>e Lebret k M. Rostand I vol. in-8o ornĂ© d'un frontispice gravĂ© et de trois planches hors texte I 2 fr. Adolphe JUIiIKN AMOURS D'OPÉRA AU XVIII' SIÈCLE UAcadĂ©mie de Musique. — Histoire de l'Eglise du Diable. — M^^ Pelissier et Lope^ Dulis. — Mlle Petit et le Marquis de Bonnac. — Grimm et Mlle Leclerc. I vol. in-8'\ ornĂ© de C> planches hors texte, I 5 fr. Histoire des Théùtres de Paris 8 volumes, 51 fr. LISTE SUR DEMANDE D'WITKO>\SKI et L NASS Le Nu au Théùtre DEPUIS l'antiquitĂ© jusqu'Ă  nos jours I vol. in-8o ornĂ© de 23o illustraiioni, 20 fr. ^ÔC^ . — ^;^ PARIS = GALANT Almanach LittĂ©raire M et Artistique M ire annĂ©e, 1908. i vol., 60 illust., fr. 90 2 annĂ©e, 1909, i vol., 70 illust., fr. 90 NOMBREUX ARTICLES SUR LE THÉÂTRE VIENT DE PARAITRE BIBLIOTHEQUE DU VIEUX PARIS Jean de RËUIIaIaY La Raucourt aJ ÂŁi et ses Amies iTUDE HISTORIQUE DES MƒURS SAPHIQUES AU XVIII'' SIÈCLE Les Lesbiennes des Théùtres et de la Ville. — MelpomĂšne et Sapho. — Lesbos Ă  Paris. — Courti- sanes. — Filles galantes et Honnestes Dames ». D'aprĂšs les documents inĂ©dits desArchives Judiciaires, jes MĂ©moires secrets, ia Chronique Scandaleuse. I vol. in-8f> ornĂ© de trois planches gravĂ©es. . 20 fr. Les Théùtres libertins au 18^ SiĂšcle I vol. in-8o, 8 planches, I 5 fr. Les Théùtres du 'BouĂźeVard du Crime I vol. in-S", 3 plans, 8 fr. Un Amour de T>ĂȘjazet 1 vol. in-8o avec un portrait gravĂ©, 6 tr. ƒuvres inĂ©dites de *BĂ©ranger 3 actes inĂ©dits, i vol. in-8o, i portrait, 8 fr. ML Bord, Gustave ^0 Rosina StĂŽltz U7B6 ^USIC PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY

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Si vous cherchez un dessin animĂ©, vous pouvez poster votre petite annonce afin de faire appel aux souvenirs des visiteurs du PostĂ© le 24/02/2017 16 des Ă©pisodes Saison 1 01 - Un cocktail dangereux 02 - Tuez-moi, s’il vous plait 03 - Le Dernier Combat 04 - Bienvenue en enfer 05 - Un triste anniversaire 06 - La DĂ©livrance 07 - La Petite Fille sur la balançoire 08 - Coup double 09 - Des jeux dangereux 10 - Un professeur spĂ©cial 11 - La Tulipe noire 12 - Encore un enfant 13 - Le Coup de foudre 14 - Une mariĂ©e Ă  16 ans 15 - Le Chevalier blanc 16 - L’HĂŽtesse de l’air 17 - Le Premier Baiser 18 - PrĂ©monitions 19 - Un beau souvenir 20 - Une dure journĂ©e 21 - Un pari dangereux 22 - Un amour compliquĂ© 23 - Une mariĂ©e tombĂ©e du ciel 24 - Une infirmiĂšre dĂ©vouĂ©e 25 - Un beau calibre 26 - Un premier amour 27 - Une trĂšs belle histoire – 1re partie 28 - Une trĂšs belle histoire – 2e partie 29 - Un juste prix 30 - Un rival peu dangereux 31 - Double Travail 32 - Une affaire de professionnels 33 - PremiĂšre MĂ©lodie d’amour 34 - Un papa surprise 35 - Une grande journaliste 36 - Au secours je t’aime 37 - Une fille d’honneur – 1re partie 38 - Une fille d’honneur – 2e partie 39 - Une princesse encombrante 40 - La Larme de ClĂ©opĂątre 41 - Belle et ObstinĂ©e – 1re partie 42 - Belle et ObstinĂ©e – 2e partie 43 - Les Trois Grains de beautĂ© 44 - Un hĂ©ros exemplaire 45 - Les Trois SƓurs 46 - Le crime ne paie pas 47 - Nicky a des problĂšmes 48 - La Jolie Veuve 49 - Une sƓur encombrante 50 - Un adversaire terrible – 1re partie 51 - Un adversaire terrible – 2e partie Saison 2 01 - La Jeune FiancĂ©e de Nicky – 1re partie 02 - La Jeune FiancĂ©e de Nicky – 2e partie 03 - Laura est en danger – 1re partie 04 - Laura est en danger – 2e partie 05 - Conte d’auteur 06 - Un beau modĂšle 07 - Mission au paradis 08 - Un policier efficace 09 - Un beau motard 10 - La Princesse amoureuse – 1re partie 11 - La Princesse amoureuse – 2e partie 12 - Le Grand Combat 13 - La Fausse Dent 14 - L’amour est plus fort que l’argent 15 - Une vengeance tardive – 1re partie 16 - Une vengeance tardive – 2e partie 17 - La Belle ÉtrangĂšre – 1re partie 18 - La Belle ÉtrangĂšre – 2e partie 19 - Laura au travail 20 - Laura perd la mĂ©moire 21 - Tireurs d’élite 22 - La Belle Photographe – 1re partie 23 - La Belle Photographe – 2e partie 24 - La Ninja de charme 25 - Un tĂ©moin de charme – 1re partie 26 - Un tĂ©moin de charme – 2e partie 27 - La RĂ©habilitation d’un hĂ©ros – 1re partie 28 - La RĂ©habilitation d’un hĂ©ros – 2e partie 29 - Une affaire de cƓur 30 - Balade en mer 31 - Adieu l’ami – 1re partie 32 - Adieu l’ami – 2e partie 33 - Les Fausses Plaques – 1re partie 34 - Les Fausses Plaques – 2e partie 35 - Une Ă©lĂšve douĂ©e 36 - Nicky a bon goĂ»t 37 - Joyeux NoĂ«l – 1re partie 38 - Joyeux NoĂ«l – 2e partie 39 - La FiancĂ©e de Mammouth – 1re partie 40 - La FiancĂ©e de Mammouth – 2e partie 41 - Un don prĂ©cieux – 1re partie 42 - Un don prĂ©cieux – 2e partie 43 - L’Épreuve – 1re partie 44 - L’Épreuve – 2e partie 45 - Une jeune veuve trop sage – 1re partie 46 - Une jeune veuve trop sage – 2e partie 47 - La Petite Infirme – 1re partie 48 - La Petite Infirme – 2e partie 49 - Chantage atomique – 1re partie 50 - Chantage atomique – 2e partie 51 - La Boule de cristal 52 - La SƓur de Laura – 1re partie 53 - La SƓur de Laura – 2e partie 54 - Des soupirants empressĂ©s – 1re partie 55 - Des soupirants empressĂ©s – 2e partie 56 - Le Porte-bonheur – 1re partie 57 - Le Porte-bonheur – 2e partie 58 - Le Petit Roi – 1re partie 59 - Le Petit Roi – 2e partie 60 - Tour de magie 61 - Un grand amour – 1re partie 62 - Un grand amour – 2e partie 63 - Un grand amour – 3e partie Saison 3 01 - La Belle Écologiste 02 - La Belle Avocate 03 - Un mariage de raison 04 - Un petit jeu dangereux – 1re partie 05 - Un petit jeu dangereux – 2e partie 06 - Mammouth est jaloux 07 - La Belle OcĂ©anographe 08 - Une Ă©lĂšve douĂ©e 09 - Sale Temps 10 - Un NoĂ«l trĂšs blanc – 1re partie 11 - Un NoĂ«l trĂšs blanc – 2e partie 12 - Vendetta d’amour – 1re partie 13 - Vendetta d’amour – 2e partie Saison 4 01 - Une beautĂ© tombĂ©e du ciel 02 - Un policier zĂ©lĂ© 03 - La Princesse cascadeuse 04 - Une femme avisĂ©e 05 - Un fantĂŽme de charme – 1re partie 06 - Un fantĂŽme de charme – 2e partie 07 - Une journĂ©e comme une autre 08 - Une vieille haine – 1re partie 09 - L’injustice Ă©vitĂ©e – 2e partie 10 - Cendrillon Laura 11 - Un homme trĂšs pressĂ© 12 - Le Collier 13 - L’Ange exterminateurSi vous connaissez un site intĂ©ressant sur le dessin animĂ© Nicky Larson, n'hĂ©sitez pas Ă  nous l' trouverez ici les images aux formats gif, jpg et png de tous les dessins animĂ©s des sĂ©ries de votre enfance. Pour tout ce qui concerne le streaming ou le tĂ©lĂ©chargement de gĂ©nĂ©riques mp3 et d'Ă©pisodes en divX, avi, mpg et compagnie, je vous conseille d'aller faire un tour sur la page des gĂ©nĂ©riques ou dans les liens.

Bilandu mois d'octobre 2017. Il est temps de partager le bilan livresque d'octobre. Ce que j'ai lu :

ReplayFilmCoup de foudreCoup de foudre sur un air de NoĂ«l Partie 2 12/12/2021 Ă  21h50 ‱ 49min ‱ 29 vuesRĂ©sumĂ©RĂ©sumĂ© court En Autriche pour sauver un concert de NoĂ«l, une jeune assistante de production part Ă  la recherche d’un mystĂ©rieux pianiste disparu depuis des annĂ©es. Entre Palais enchanteur et village perdu au fin fond du Tyrol, elle va dĂ©couvrir l’amour sur les traces de Sissi l’impĂ©ratrice
RĂ©sumĂ© long Si elle retrouve le grand pianiste Michael Grimaud disparu des radars depuis dix ans et le ramĂšne sur scĂšne, MĂ©lodie, assistante de production sous la coupe d’une boss tyrannique, sauve sa tĂȘte et peut mĂȘme rĂȘver Ă  une promotion
 Pour cette mĂšre de famille, jeune veuve et battante, c’est l’opportunitĂ© de sa vie. Alors tant pis si elle ne connaĂźt pas grand-chose Ă  la musique classique, la voilĂ  partie sur la piste du pianiste au cƓur de Vienne, de ses palais et des montagnes du Tyrol ! Et MĂ©lodie n’est pas au bout de ses surprises c’est Ă  Pushberg, dans son village natal, au fin fond des Alpes Autrichiennes, que vit Michael, entourĂ© d’aigles. Si celui-ci continue Ă  jouer le soir dans la taverne locale, il a dĂ©finitivement renoncĂ© au rĂ©pertoire classique. Alors, jouer au Palais de Sissi l’ImpĂ©ratrice Ă  Schnönbrunn, c’est hors de question ! MĂ©lodie va devoir faire preuve de beaucoup de patience et de crĂ©ativitĂ© pour apprivoiser l’artiste, et le rĂ©concilier avec lui-mĂȘme et avec la scĂšne
 Et si une attirance rĂ©ciproque et irrĂ©sistible s’invitait au rendez-vous
 compliquant encore un peu les relations de ces deux Ă©corchĂ©s de l’amour
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