LaFortune des Rougon d'Émile Zola (Analyse approfondie): Approfondissez votre lecture de cette Ɠuvre avec notre profil littĂ©raire (rĂ©sumĂ©, fiche de lecture et axes de lecture) : Marin, Marie, Profil-litteraire.fr: Amazon.fr: Livres
SommaireLivre premierChapitre IChapitre IIChapitre IIIChapitre IVChapitre VChapitre VIChapitre VIIChapitre VIIIChapitre IXChapitre XChapitre XIChapitre XIIChapitre XIIIChapitre XIVChapitre XVChapitre XVIChapitre XVIILivre deuxiĂšmeChapitre IChapitre IIChapitre IIIChapitre IVChapitre VChapitre VIChapitre VIIChapitre VIIIChapitre IXChapitre XChapitre XIChapitre XIIChapitre XIIIChapitre XIVChapitre XVChapitre XVIChapitre XVIILivre troisiĂšmeChapitre IChapitre IIChapitre IIIChapitre IVChapitre VChapitre VIChapitre VIIChapitre VIIIChapitre IXChapitre XChapitre XIChapitre XIIChapitre XIIIChapitre XIVChapitre XVChapitre XVILivre premierILa Teuse, en entrant, posa son balai et son plumeau contre l’autel. Elle s’était attardĂ©e Ă  mettre en train la lessive du semestre. Elle traversa l’église, pour sonner l’AngĂ©lus, boitant davantage dans sa hĂąte, bousculant les bancs. La corde, prĂšs du confessionnal, tombait du plafond, nue, rĂąpĂ©e, terminĂ©e par un gros nƓud, que les mains avaient graissĂ© ; et elle s’y pendit de toute sa masse, Ă  coups rĂ©guliers, puis s’y abandonna, roulant dans ses jupes, le bonnet de travers, le sang crevant sa face avoir ramenĂ© son bonnet d’une lĂ©gĂšre tape, essoufflĂ©e, la Teuse revint donner un coup de balai devant l’autel. La poussiĂšre s’obstinait lĂ , chaque jour, entre les planches mal jointes de l’estrade. Le balai fouillait les coins avec un grondement irritĂ©. Elle enleva ensuite le tapis de la table, et se fĂącha, en constatant que la grande nappe supĂ©rieure, dĂ©jĂ  reprisĂ©e en vingt endroits, avait un nouveau trou d’usure au beau milieu ; on apercevait la seconde nappe, pliĂ©e en deux, si Ă©mincĂ©e, si claire elle-mĂȘme, qu’elle laissait voir la pierre consacrĂ©e, encadrĂ©e dans l’autel de bois peint. Elle Ă©pousseta ces linges roussis par l’usage, promena vigoureusement le plumeau le long du gradin, contre lequel elle releva les cartons liturgiques. Puis, montant sur une chaise, elle dĂ©barrassa la croix et deux des chandeliers de leurs housses de cotonnade jaune. Le cuivre Ă©tait piquĂ© de taches ternes.– Ah bien ! murmura la Teuse Ă  demi-voix, ils ont joliment besoin d’un nettoyage ! Je les passerai au courant sur une jambe, avec des dĂ©hanchements et des secousses Ă  enfoncer les dalles, elle alla Ă  la sacristie chercher le Missel, qu’elle plaça sur le pupitre, du cĂŽtĂ© de l’ÉpĂźtre, sans l’ouvrir, la tranche tournĂ©e vers le milieu de l’autel. Et elle alluma les deux cierges. En emportant son balai, elle jeta un coup d’Ɠil autour d’elle, pour s’assurer que le mĂ©nage du bon Dieu Ă©tait bien fait. L’église dormait ; la corde seule, prĂšs du confessionnal, se balançait encore, de la voĂ»te au pavĂ©, d’un mouvement long et Mouret venait de descendre Ă  la sacristie, une petite piĂšce froide, qui n’était sĂ©parĂ©e de la salle Ă  manger que par un corridor.– Bonjour, monsieur le curĂ©, dit la Teuse en se dĂ©barrassant. Ah ! vous avez fait le paresseux, ce matin ! Savez-vous qu’il est six heures un sans donner au jeune prĂȘtre qui souriait le temps de rĂ©pondre – J’ai Ă  vous gronder, continua-t-elle. La nappe est encore trouĂ©e. Ça n’a pas de bon sens ! Nous n’en avons qu’une de rechange, et je me tue les yeux depuis trois jours Ă  la raccommoder
 Vous laisserez le pauvre JĂ©sus tout nu, si vous y allez de ce Mouret souriait toujours. Il dit gaiement – JĂ©sus n’a pas besoin de tant de linge, ma bonne Teuse. Il a toujours chaud, il est toujours royalement reçu, quand on l’aime se dirigeant vers une petite fontaine, il demanda – Est-ce que ma sƓur est levĂ©e ? Je ne l’ai pas vue.– Il y a beau temps que mademoiselle DĂ©sirĂ©e est descendue, rĂ©pondit la servante, agenouillĂ©e devant un ancien buffet de cuisine, dans lequel Ă©taient serrĂ©s les vĂȘtements sacrĂ©s. Elle est dĂ©jĂ  Ă  ses poules et Ă  ses lapins
 Elle attendait hier des poussins qui ne sont pas venus. Vous pensez quelle Ă©motion !Elle s’interrompit, disant – La chasuble d’or, n’est-ce pas ?Le prĂȘtre, qui s’était lavĂ© les mains, recueilli, les lĂšvres balbutiant une priĂšre, fit un signe de tĂȘte affirmatif. La paroisse n’avait que trois chasubles, une violette, une noire et une d’étoffe d’or. Cette derniĂšre, servant les jours oĂč le blanc, le rouge ou le vert Ă©taient prescrits, prenait une importance extraordinaire. La Teuse la souleva religieusement de la planche garnie de papier bleu, oĂč elle la couchait aprĂšs chaque cĂ©rĂ©monie ; elle la posa sur le buffet, enlevant avec prĂ©caution les linges fins qui en garantissaient les broderies. Un agneau d’or y dormait sur une croix d’or, entourĂ© de larges rayons d’or. Le tissu, limĂ© aux plis, laissait Ă©chapper de minces houpettes ; les ornements en relief se rongeaient et s’effaçaient. C’était, dans la maison, une continuelle inquiĂ©tude autour d’elle, une tendresse terrifiĂ©e, Ă  la voir s’en aller ainsi paillette Ă  paillette. Le curĂ© devait la mettre presque tous les jours. Et comment la remplacer, comment acheter les trois chasubles dont elle tenait lier, lorsque les derniers fils d’or seraient usĂ©s !La Teuse, par-dessus la chasuble, Ă©tala l’étole, le manipule, le cordon, l’aube et l’amict. Mais elle continuait Ă  bavarder, tout en s’appliquant Ă  mettre le manipule en croix sur l’étole, et Ă  disposer le cordon en guirlande, de façon Ă  tracer l’initiale rĂ©vĂ©rĂ©e du saint nom de Marie.– Il ne vaut plus grand-chose, ce cordon, murmurait-elle. Il faudra vous dĂ©cider Ă  en acheter un autre, monsieur le curé  Ce n’est pas l’embarras, je vous en tisserais bien un moi-mĂȘme, si j’avais du Mouret ne rĂ©pondait pas. Il prĂ©parait le calice sur une petite table, un grand vieux calice d’argent dorĂ©, Ă  pied de bronze, qu’il venait de prendre au fond d’une armoire de bois blanc, oĂč Ă©taient enfermĂ©s les vases et les linges sacrĂ©s, les Saintes Huiles, les Missels, les chandeliers, les croix. Il posa en travers de la coupe un purificatoire propre, mit par-dessus ce linge la patĂšne d’argent dorĂ©, contenant une hostie, qu’il recouvrit d’une petite pale de lin. Comme il cachait le calice, en pinçant les deux plis du voile d’étoffe d’or, appareillĂ© Ă  la chasuble, la Teuse s’écria – Attendez, il n’y a pas de corporal dans la bourse
 J’ai pris hier soir tous les purificatoires, les pales et les corporaux sales pour les blanchir, Ă  part bien sĂ»r, pas dans la lessive
 Je ne vous ai pas dit, monsieur le curĂ© je viens de la mettre en train, la lessive. Elle est joliment grasse ! Elle sera meilleure que la derniĂšre pendant que le prĂȘtre glissait un corporal dans la bourse, et qu’il posait sur le voile la bourse, ornĂ©e d’une croix d’or sur un fond d’or, elle reprit vivement – À propos, j’oubliais ! ce galopin de Vincent n’est pas venu. Voulez-vous que je serve la messe, monsieur le curĂ© ?Le jeune prĂȘtre la regarda sĂ©vĂšrement.– Eh ! ce n’est pas un pĂ©chĂ©, continua-t-elle avec son bon sourire. Je l’ai servie une fois, la messe, du temps de monsieur Caffin. Je la sers mieux que des polissons qui rient comme des paĂŻens pour une mouche volant dans l’église
 Allez, j’ai beau porter un bonnet, avoir soixante ans, ĂȘtre grosse comme une tour, je respecte plus le bon Dieu que ces vermines d’enfant, que j’ai surpris encore, l’autre jour, jouant Ă  saute-mouton derriĂšre l’ prĂȘtre continuait Ă  la regarder, refusant de la tĂȘte.– Un trou, ce village, gronda-t-elle. Ils ne sont pas cent cinquante
 Il y a des jours, comme aujourd’hui, oĂč vous ne trouveriez pas Ăąme qui vive aux Artaud. Jusqu’aux enfants au maillot qui vont dans les vignes ! Si je sais ce qu’on fait dans les vignes, par exemple ! Des vignes qui poussent sous les cailloux, sĂšches comme des chardons ! Et un pays de loups, Ă  une lieue de toute route !
 À moins qu’un ange ne descende la servir, votre messe, monsieur le curĂ©, vous n’avez que moi, ma parole ! ou un des lapins de mademoiselle DĂ©sirĂ©e, sauf votre respect !Mais, juste Ă  ce moment, Vincent, le cadet des Brichet, poussa doucement la porte de la sacristie. Ses cheveux rouges en broussaille, ses minces yeux gris qui luisaient, fĂąchĂšrent la Teuse.– Ah ! le mĂ©crĂ©ant ! cria-t-elle, je parie qu’il vient de faire quelque mauvais coup !
 Avance donc, polisson, puisque monsieur le curĂ© a peur que je salisse le bon Dieu !En voyant l’enfant, l’abbĂ© Mouret avait pris l’amict. Il baisa la croix brodĂ©e au milieu, posa le linge un instant sur sa tĂȘte ; puis, le rabattant sur le collet de sa soutane, il croisa et attacha les cordons, le droit par-dessus le gauche. Il passa ensuite l’aube, symbole de puretĂ©, en commençant par le bras droit. Vincent, qui s’était accroupi, tournait autour de lui, ajustant l’aube, veillant Ă  ce qu’elle tombĂąt Ă©galement de tous les cĂŽtĂ©s, Ă  deux doigts de terre. Ensuite, il prĂ©senta le cordon au prĂȘtre, qui s’en ceignit fortement les reins, pour rappeler ainsi les liens dont le Sauveur fut chargĂ© dans sa Teuse restait debout, jalouse, blessĂ©e, faisant effort pour se taire ; mais la langue lui dĂ©mangeait tellement, qu’elle reprit bientĂŽt – FrĂšre Archangias est venu
 Il n’aura pas un enfant, Ă  l’école, aujourd’hui. Il est parti comme un coup de vent, pour aller tirer les oreilles Ă  cette marmaille, dans les vignes
 Vous ferez bien de le voir. Je crois qu’il a quelque chose Ă  vous Mouret lui imposa silence de la main. Il n’avait plus ouvert les lĂšvres. Il rĂ©citait les priĂšres consacrĂ©es, en prenant le manipule, qu’il baisa, avant de le mettre Ă  son bras gauche, au-dessous du coude, comme un signe indiquant le travail des bonnes Ɠuvres, et en croisant sur sa poitrine, aprĂšs l’avoir Ă©galement baisĂ©e, l’étole, symbole de sa dignitĂ© et de sa puissance. La Teuse dut aider Vincent Ă  fixer la chasuble, qu’elle attacha Ă  l’aide de minces cordons, de façon Ă  ce qu’elle ne retombĂąt pas en arriĂšre.– Sainte Vierge ! j’ai oubliĂ© les burettes ! balbutia-t-elle, se prĂ©cipitant vers l’armoire. Allons, vite, galopin !Vincent emplit les burettes, des fioles de verre grossier, tandis qu’elle se hĂątait de prendre un manuterge propre, dans un tiroir. L’abbĂ© Mouret, tenant le calice de la main gauche par le nƓud, les doigts de la main droite posĂ©s sur la bourse, salua profondĂ©ment, sans ĂŽter sa barrette, un Christ de bois noir pendu au-dessus du buffet. L’enfant s’inclina Ă©galement ; puis, passant le premier, tenant les burettes, recouvertes du manuterge, il quitta la sacristie, suivi du prĂȘtre qui marchait les yeux baissĂ©s, dans une dĂ©votion vide, Ă©tait toute blanche, par cette matinĂ©e de mai. La corde, prĂšs du confessionnal, pendait de nouveau, immobile. La veilleuse, dans un verre de couleur, brĂ»lait, pareille Ă  une tache rouge, Ă  droite du tabernacle, contre le mur. Vincent, aprĂšs avoir portĂ© les burettes sur la crĂ©dence, revint s’agenouiller Ă  gauche, au bas du degrĂ©, tandis que le prĂȘtre, ayant saluĂ© le Saint-Sacrement d’une gĂ©nuflexion sur le pavĂ©, montait Ă  l’autel, Ă©talait le corporal, au milieu duquel il plaçait le calice. Puis, ouvrant le Missel, il redescendit. Une nouvelle gĂ©nuflexion le plia ; il se signa Ă  voix haute, joignit les mains devant la poitrine, commença le grand drame divin, d’une face toute pĂąle de foi et d’amour.– Introibo ad altare Dei.– Ad Deum qui lƓtificat juventutem meam, bredouilla Vincent, qui mangea les rĂ©ponds de l’antienne et du psaume, le derriĂšre sur les talons, occupĂ© Ă  suivre la Teuse rĂŽdant dans l’ vieille servante regardait un des cierges d’un air inquiet. Sa prĂ©occupation parut redoubler, pendant que le prĂȘtre, inclinĂ© profondĂ©ment, les mains jointes de nouveau, rĂ©citait le Confiteor. Elle s’arrĂȘta, se frappant Ă  son tour la poitrine, la tĂȘte penchĂ©e, continuant Ă  guetter le cierge. La voix grave du prĂȘtre et les balbutiements du servant alternĂšrent encore pendant un instant.– Dominus vobiscum.– Et cum spiritu le prĂȘtre, Ă©largissant les mains, puis les rejoignant, dit avec une componction attendrie – Oremus
La Teuse ne put tenir davantage. Elle passa derriĂšre l’autel, atteignit le cierge, qu’elle nettoya, du bout de ses ciseaux. Le cierge coulait. Il y avait dĂ©jĂ  deux grandes larmes de cire perdues. Quand elle revint, rangeant les bancs, s’assurant que les bĂ©nitiers n’étaient pas vides, le prĂȘtre, montĂ© Ă  l’autel, les mains posĂ©es au bord de la nappe, priait Ă  voix basse. Il baisa l’ lui, la petite Ă©glise restait blafarde des pĂąleurs de la matinĂ©e. Le soleil n’était encore qu’au ras des tuiles. Les Kyrie, eleison coururent comme un frisson dans cette sorte d’étable, passĂ©e Ă  la chaux, au plafond plat, dont on voyait les poutres badigeonnĂ©es. De chaque cĂŽtĂ©, trois hautes fenĂȘtres, Ă  vitres claires, fĂȘlĂ©es, crevĂ©es pour la plupart, ouvraient des jours d’une cruditĂ© crayeuse. Le plein air du dehors entrait lĂ  brutalement, mettant Ă  nu toute la misĂšre du Dieu de ce village perdu. Au fond, au-dessus de la grande porte, qu’on n’ouvrait jamais, et dont des herbes barraient le seuil, une tribune en planches, Ă  laquelle on montait par une Ă©chelle de meunier, allait d’une muraille Ă  l’autre, craquant sous les sabots les jours de fĂȘte. PrĂšs de l’échelle, le confessionnal, aux panneaux disjoints, Ă©tait peint en jaune citron. En face, Ă  cĂŽtĂ© de la petite porte, se trouvait le baptistĂšre, un ancien bĂ©nitier, posĂ© sur un pied en maçonnerie. Puis, Ă  droite et Ă  gauche, au milieu, Ă©taient plaquĂ©s deux minces autels, entourĂ©s de balustrades de bois. Celui de gauche, consacrĂ© Ă  la sainte Vierge, avait une grande MĂšre de Dieu en plĂątre dorĂ©, portant royalement une couronne d’or fermĂ©e sur ses cheveux chĂątains ; elle tenait, assis sur son bras gauche, un JĂ©sus, nu et souriant, dont la petite main soulevait le globe Ă©toilĂ© du monde ; elle marchait au milieu de nuages, avec des tĂȘtes d’anges ailĂ©es sous les pieds. L’autel de droite, oĂč se disaient les messes de mort, Ă©tait surmontĂ© d’un Christ en carton peint, faisant pendant Ă  la Vierge ; le Christ, de la grandeur d’un enfant de dix ans, agonisait d’une effrayante façon, la tĂȘte rejetĂ©e en arriĂšre, les cĂŽtes saillantes, le ventre creusĂ©, les membres tordus, Ă©claboussĂ©s de sang. Il y avait encore la chaire, une caisse carrĂ©e, oĂč l’on montait par un escabeau de cinq degrĂ©s, qui s’élevait vis-Ă -vis d’une horloge Ă  poids, enfermĂ©e dans une armoire de noyer, et dont les coups sourds Ă©branlaient l’église entiĂšre, pareils aux battements d’un cƓur Ă©norme, cachĂ© quelque part, sous les dalles. Tout le long de la nef, les quatorze stations du chemin de la Croix, quatorze images grossiĂšrement enluminĂ©es, encadrĂ©es de baguettes noires, tachaient du jaune, du bleu et du rouge de la Passion, la blancheur crue des murs.– Deo gratias, bĂ©gaya Vincent, Ă  la fin de l’ mystĂšre d’amour, l’immolation de la sainte victime se prĂ©parait. Le servant prit le Missel, qu’il porta Ă  gauche, du cĂŽtĂ© de l’Évangile, en ayant soin de ne point toucher les feuillets du livre. Chaque fois qu’il passait devant le tabernacle, il faisait de biais une gĂ©nuflexion qui lui dĂ©jetait la taille. Puis, revenu Ă  droite, il se tint debout, les bras croisĂ©s, pendant la lecture de l’Évangile. Le prĂȘtre, aprĂšs avoir fait un signe de croix sur le Missel, s’était signĂ© lui-mĂȘme au front, pour dire qu’il ne rougirait jamais de la parole divine ; sur la bouche, pour montrer qu’il Ă©tait toujours prĂȘt Ă  confesser sa foi ; sur son cƓur, pour indiquer que son cƓur appartenait Ă  Dieu seul.– Dominus vobiscum, dit-il en se tournant, le regard noyĂ©, en face des blancheurs froides de l’église.– Et cum spiritu tuo, rĂ©pondit Vincent, qui s’était remis Ă  avoir rĂ©citĂ© l’Offertoire, le prĂȘtre dĂ©couvrit le calice. Il tint un instant, Ă  la hauteur de sa poitrine, la patĂšne contenant l’hostie, qu’il offrit Ă  Dieu, pour lui, pour les assistants, pour tous les fidĂšles vivants ou morts. Puis, l’ayant fait glisser au bord du corporal, sans la toucher des doigts, il prit le calice, qu’il essuya soigneusement avec le purificatoire. Vincent Ă©tait allĂ© chercher sur la crĂ©dence les burettes, qu’il prĂ©senta l’une aprĂšs l’autre, la burette du vin d’abord, ensuite la burette de l’eau. Le prĂȘtre offrit alors, pour le monde entier, le calice Ă  demi plein, qu’il remit au milieu du corporal, oĂč il le recouvrit de la pale. Et, ayant priĂ© encore, il revint se faire verser de l’eau par minces filets sur les extrĂ©mitĂ©s du pouce et de l’index de chaque main, afin de se purifier des moindres taches du pĂ©chĂ©. Quand il se fut essuyĂ© au manuterge, la Teuse, qui attendait, vida le plateau des burettes dans un seau de zinc, au coin de l’autel.– Orate, fratres, reprit le prĂȘtre Ă  voix haute, tournĂ© vers les bancs vides, les mains Ă©largies et rejointes, dans un geste d’appel aux hommes de bonne se retournant devant l’autel, il continua, en baissant la voix. Vincent marmotta une longue phrase latine dans laquelle il se perdit. Ce fut alors que des flammes jaunes entrĂšrent par les fenĂȘtres. Le soleil, Ă  l’appel du prĂȘtre, venait Ă  la messe. Il Ă©claira de larges nappes dorĂ©es la muraille gauche, le confessionnal, l’autel de la Vierge, la grande horloge. Un craquement secoua le confessionnal ; la MĂšre de Dieu, dans une gloire, dans l’éblouissement de sa couronne et de son manteau d’or, sourit tendrement Ă  l’enfant JĂ©sus, de ses lĂšvres peintes ; l’horloge, rĂ©chauffĂ©e, battit l’heure, Ă  coups plus vifs. Il sembla que le soleil peuplait les bancs des poussiĂšres qui dansaient dans ses rayons. La petite Ă©glise, l’étable blanchie, fut comme pleine d’une foule tiĂšde. Au-dehors, on entendait les petits bruits du rĂ©veil heureux de la campagne, les herbes qui soupiraient d’aise, les feuilles s’essuyant dans la chaleur, les oiseaux lissant leurs plumes, donnant un premier coup d’ailes. MĂȘme la campagne entrait avec le soleil Ă  une des fenĂȘtres, un gros sorbier se haussait, jetant des branches par les carreaux cassĂ©s, allongeant ses bourgeons, comme pour regarder Ă  l’intĂ©rieur ; et, par les fentes de la grande porte, on voyait les herbes du perron, qui menaçaient d’envahir la nef. Seul, au milieu de cette vie montante, le grand Christ, restĂ© dans l’ombre, mettait la mort, l’agonie de sa chair barbouillĂ©e d’ocre, Ă©claboussĂ©e de laque. Un moineau vint se poser au bord d’un trou ; il regarda, puis s’envola ; mais il reparut presque aussitĂŽt, et, d’un vol silencieux, s’abattit entre les bancs, devant l’autel de la Vierge. Un second moineau le suivit. BientĂŽt, de toutes les branches du sorbier, des moineaux descendirent, se promenant tranquillement Ă  petits sauts, sur les dalles.– Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus, Deus, Sabaoth, dit le prĂȘtre Ă  demi-voix, les Ă©paules lĂ©gĂšrement donna les trois coups de clochette. Mais les moineaux, effrayĂ©s de ce tintement brusque, s’envolĂšrent avec un tel bruit d’ailes, que la Teuse, rentrĂ©e depuis un instant dans la sacristie, reparut, en grondant – Les gueux ! ils vont tout salir
 Je parie que mademoiselle DĂ©sirĂ©e est encore venue leur mettre des mies de redoutable approchait. Le corps et le sang d’un Dieu allait descendre sur l’autel. Le prĂȘtre baisait la nappe, joignait les mains, multipliait les signes de croix sur l’hostie et sur le calice. Les priĂšres du canon ne tombaient plus de ses lĂšvres que dans une extase d’humilitĂ© et de reconnaissance. Ses attitudes, ses gestes, ses inflexions de voix, disaient le peu qu’il Ă©tait, l’émotion qu’il Ă©prouvait Ă  ĂȘtre choisi pour une si grande tĂąche. Vincent vint s’agenouiller derriĂšre lui ; il prit la chasuble de la main gauche, la soutint lĂ©gĂšrement, apprĂȘtant la clochette. Et lui, les coudes appuyĂ©s au bord de la table, tenant l’hostie entre le pouce et l’index de chaque main, prononça sur elle les paroles de la consĂ©cration Hoc est enim corpus meum. Puis, ayant fait une gĂ©nuflexion, il l’éleva lentement, aussi haut qu’il put, en la suivant des yeux, pendant que le servant sonnait, Ă  trois fois, prosternĂ©. Il consacra ensuite le vin Hic est enim calix, les coudes de nouveau sur l’autel, saluant, Ă©levant le calice, le suivant Ă  son tour des yeux, la main droite serrant le nƓud, la gauche soutenant le pied. Le servant donna trois derniers coups de clochette. Le grand mystĂšre de la RĂ©demption venait d’ĂȘtre renouvelĂ©, le Sang adorable coulait une fois de plus.– Attendez, attendez, gronda la Teuse, en tĂąchant d’effrayer les moineaux, le poing les moineaux n’avaient plus peur. Ils Ă©taient revenus, au beau milieu des coups de clochette, effrontĂ©s, voletant sur les bancs. Les tintements rĂ©pĂ©tĂ©s les avaient mĂȘme mis en joie. Ils rĂ©pondirent par de petits cris, qui coupaient les paroles latines d’un rire perlĂ© de gamins libres. Le soleil leur chauffait les plumes, la pauvretĂ© douce de l’église les enchantait. Ils Ă©taient lĂ  chez eux, comme dans une grange, dont on aurait laissĂ© une lucarne ouverte, piaillant, se battant, se disputant les mies rencontrĂ©es Ă  terre. Un d’eux alla se poser sur le voile d’or de la Vierge qui souriait ; un autre vint, lestement, reconnaĂźtre les jupes de la Teuse, que cette audace mit hors d’elle. À l’autel, le prĂȘtre anĂ©anti, les yeux arrĂȘtĂ©s sur la sainte hostie, le pouce et l’index joints, n’entendait point cet envahissement de la nef par la tiĂšde matinĂ©e de mai, ce flot montant de soleil, de verdures, d’oiseaux, qui dĂ©bordait jusqu’au pied du Calvaire oĂč la nature damnĂ©e agonisait.– Per omnia sƓcula sƓculorum, dit-il.– Amen, rĂ©pondit Pater achevĂ©, le prĂȘtre, mettant l’hostie au-dessus du calice, la rompit au milieu. Il dĂ©tacha ensuite, d’une des moitiĂ©s, une particule qu’il laissa tomber dans le prĂ©cieux Sang, pour marquer l’union intime qu’il allait contracter avec Dieu par la communion. Il dit Ă  haute voix l’Agnus Dei, rĂ©cita tout bas les trois Oraisons prescrites, fit son acte d’indignitĂ© ; et, les coudes sur l’autel, la patĂšne sous le menton, il communia des deux parties de l’hostie Ă  la fois. Puis, aprĂšs avoir joint les mains Ă  la hauteur de son visage, dans une fervente mĂ©ditation, il recueillit sur le corporal, Ă  l’aide de la patĂšne, les saintes parcelles dĂ©tachĂ©es de l’hostie, qu’il mit dans le calice. Une parcelle s’étant Ă©galement attachĂ©e Ă  son pouce, il le frotta du bout de son index. Et, se signant avec le calice, portant de nouveau la patĂšne sous son menton, il prit tout le prĂ©cieux Sang, en trois fois, sans quitter des lĂšvres le bord de la coupe, consommant jusqu’à la derniĂšre goutte le divin s’était levĂ© pour retourner chercher les burettes sur la crĂ©dence. Mais la porte du couloir qui conduisait au presbytĂšre, s’ouvrit toute grande, se rabattit contre le mur, livrant passage Ă  une belle fille de vingt-deux ans, l’air enfant, qui cachait quelque chose dans son tablier.– Il y en a treize ! cria-t-elle. Tous les Ɠufs Ă©taient bons !Et entrouvrant son tablier, montrant une couvĂ©e de poussins qui grouillaient, avec leurs plumes naissantes et les points noirs de leurs yeux – Regardez donc ! sont-ils mignons, les amours !
 Oh ! le petit blanc qui monte sur le dos des autres ! Et celui-lĂ , le mouchetĂ©, qui bat dĂ©jĂ  des ailes !
 Les Ɠufs Ă©taient joliment bons. Pas un de clair !La Teuse, qui aidait Ă  la messe quand mĂȘme, passant les burettes Ă  Vincent pour les ablutions, se tourna, dit Ă  haute voix – Taisez-vous donc, mademoiselle DĂ©sirĂ©e ! Vous voyez bien que nous n’avons pas odeur forte de basse-cour venait par la porte ouverte, soufflant comme un ferment d’éclosion dans l’église, dans le soleil chaud qui gagnait l’autel. DĂ©sirĂ©e resta un instant debout, toute heureuse du petit monde qu’elle portait, regardant Vincent verser le vin de la purification, regardant son frĂšre boire ce vin, pour que rien des saintes espĂšces ne restĂąt dans sa bouche. Et elle Ă©tait encore lĂ , lorsqu’il revint tenant le calice Ă  deux mains, afin de recevoir sur le pouce et sur l’index, le vin et l’eau de l’ablution, qu’il but Ă©galement. Mais la poule, cherchant ses petits, arrivait en gloussant, menaçait d’entrer dans l’église. Alors, DĂ©sirĂ©e s’en alla, avec des paroles maternelles pour les poussins, au moment oĂč le prĂȘtre, aprĂšs avoir appuyĂ© le purificatoire sur ses lĂšvres, le passait sur les bords, puis dans l’intĂ©rieur du la fin, les actions de grĂące rendues Ă  Dieu. Le servant alla chercher une derniĂšre fois le Missel, le rapporta Ă  droite. Le prĂȘtre remit sur le calice le purificatoire, la patĂšne, la pale ; puis, il pinça de nouveau les deux larges plis du voile, et posa la bourse, dans laquelle il avait pliĂ© le corporal. Tout son ĂȘtre Ă©tait un ardent remerciement. Il demandait au ciel la rĂ©mission de ses pĂ©chĂ©s, la grĂące d’une sainte vie, le mĂ©rite de la vie Ă©ternelle. Il restait abĂźmĂ© dans ce miracle d’amour, dans cette immolation continue qui le nourrissait chaque jour du sang et de la chair de son avoir lu les Oraisons, il se tourna, disant – Ite, missa est.– Deo gratias, rĂ©pondit s’étant retournĂ© pour baiser l’autel, il revint, la main gauche audessous de la poitrine, la main droite tendue, bĂ©nissant l’église pleine des gaietĂ©s du soleil et du tapage des moineaux.– Benedicat vos omnipotens Deus, Pater et Filius, et Spiritus Sanctus.– Amen, dit le servant en se soleil avait grandi, et les moineaux s’enhardissaient. Pendant que le prĂȘtre lisait, sur le carton de gauche, l’Évangile de Saint-Jean, annonçant l’éternitĂ© du Verbe, le soleil enflammait l’autel, blanchissait les panneaux de faux-marbre, mangeait les clartĂ©s des deux cierges, dont les courtes mĂšches ne faisaient plus que deux taches sombres. L’astre triomphant mettait dans sa gloire la croix, les chandeliers, la chasuble, le voile du calice, tout cet or pĂąlissant sous ses rayons. Et lorsque le prĂȘtre, prenant le calice, faisant une gĂ©nuflexion, quitta l’autel pour retourner Ă  la sacristie, la tĂȘte couverte, prĂ©cĂ©dĂ© du servant qui remportait les burettes et le manuterge, l’astre demeura seul maĂźtre de l’église. Il s’était posĂ© Ă  son tour sur la nappe, allumant d’une splendeur la porte du tabernacle, cĂ©lĂ©brant les fĂ©conditĂ©s de mai. Une chaleur montait des dalles. Les murailles badigeonnĂ©es, la grande Vierge, le grand Christ lui-mĂȘme, prenaient un frisson de sĂšve, comme si la mort Ă©tait vaincue par l’éternelle jeunesse de la Teuse se hĂąta d’éteindre les cierges. Mais elle s’attarda Ă  vouloir chasser les moineaux. Aussi, quand elle rapporta le Missel Ă  la sacristie, ne trouva-t-elle plus l’abbĂ© Mouret, qui avait rangĂ© les ornements sacrĂ©s, aprĂšs s’ĂȘtre lavĂ© les mains. Il Ă©tait dĂ©jĂ  dans la salle Ă  manger, debout, dĂ©jeunant d’une tasse de lait.– Vous devriez bien empĂȘcher votre sƓur de jeter du pain dans l’église, dit la Teuse en entrant. C’est l’hiver dernier qu’elle a inventĂ© ce joli coup-lĂ . Elle disait que les moineaux avaient froid, que le bon Dieu pouvait bien les nourrir
 Vous verrez qu’elle finira par nous faire coucher avec ses poules et ses lapins.– Nous aurions plus chaud, rĂ©pondit gaiement le jeune prĂȘtre. Vous grondez toujours, la Teuse. Laissez donc notre pauvre DĂ©sirĂ©e aimer ses bĂȘtes. Elle n’a pas d’autre plaisir, la chĂšre servante se planta au milieu de la piĂšce.– Oh ! vous ! reprit-elle, vous accepteriez que les pies elles-mĂȘmes bĂątissent leurs nids dans l’église. Vous ne voyez rien, vous trouvez tout parfait
 Votre sƓur est joliment heureuse que vous l’ayez prise avec vous, au sortir du sĂ©minaire. Pas de pĂšre, pas de mĂšre. Je voudrais savoir qui lui permettrait de patauger comme elle le fait, dans une basse-cour ?Puis, changeant de ton, s’attendrissant – Ça, bien sĂ»r, ce serait dommage de la contrarier. Elle est sans malice aucune. Elle n’a pas dix ans d’ñge, bien qu’elle soit une des plus fortes filles du pays
 Vous savez, je la couche encore, le soir, et il faut que je lui raconte des histoires pour l’endormir, comme Ă  une Mouret Ă©tait restĂ© debout, achevant sa tasse de lait, les doigts un peu rougis par la fraĂźcheur de la salle Ă  manger, une grande piĂšce carrelĂ©e, peinte en gris, sans autres meubles qu’une table et des chaises. La Teuse enleva une serviette, qu’elle avait Ă©talĂ©e sur un coin de la table, pour le dĂ©jeuner.– Vous ne salissez guĂšre de linge, murmura-t-elle. On dirait que vous ne pouvez pas vous asseoir, que vous ĂȘtes toujours sur le point de partir
 Ah ! si vous aviez connu monsieur Caffin, le pauvre dĂ©funt curĂ© que vous avez remplacĂ© ! VoilĂ  un homme qui Ă©tait douillet ! Il n’aurait pas digĂ©rĂ©, s’il avait mangĂ© debout
 C’était un Normand, de Canteleu, comme moi. Oh ! je ne le remercie pas de m’avoir amenĂ© dans ce pays de loups. Les premiers temps, nous sommes-nous ennuyĂ©s, bon Dieu ! Le pauvre curĂ© avait eu des histoires bien dĂ©sagrĂ©ables chez nous
 Tiens ! monsieur Mouret, vous n’avez donc pas sucrĂ© votre lait ? VoilĂ  les deux morceaux de prĂȘtre posait sa tasse.– Oui, j’ai oubliĂ©, je crois, Teuse le regarda en face, en haussant les Ă©paules. Elle plia dans la serviette une tartine de pain bis qui Ă©tait Ă©galement restĂ©e sur la table. Puis, comme le curĂ© allait sortir, elle courut Ă  lui, s’agenouilla, en criant – Attendez, les cordons de vos souliers ne sont seulement pas nouĂ©s
 Je ne sais pas comment vos pieds rĂ©sistent, dans ces souliers de paysans. Vous, si mignon, qui avez l’air d’avoir Ă©tĂ© drĂŽlement gĂątĂ© !
 Allez, il fallait que l’évĂȘque vous connĂ»t bien, pour vous donner la cure la plus pauvre du dĂ©partement.– Mais, dit le prĂȘtre en souriant de nouveau, c’est moi qui ai choisi les Artaud
 Vous ĂȘtes bien mauvaise, ce matin, la Teuse. Est-ce que nous ne sommes pas heureux, ici ? Nous avons tout ce qu’il nous faut, nous vivons dans une paix de elle se contint, elle rit Ă  son tour, rĂ©pondant – Vous ĂȘtes un saint homme, monsieur le curé  Venez voir comme ma lessive est grasse. Ça vaudra mieux que de nous dut la suivre, car elle menaçait de ne pas le laisser sortir, s’il ne la complimentait sur sa lessive. Il quittait la salle Ă  manger, lorsqu’il se heurta Ă  un plĂątras, dans le corridor.– Qu’est-ce donc ? demanda-t-il.– Rien, rĂ©pondit la Teuse, de son air terrible. C’est le presbytĂšre qui tombe. Mais vous vous trouvez bien, vous avez tout ce qu’il vous faut
 Ah ! Dieu, les crevasses ne manquent pas. Regardez-moi ce plafond. Est-il assez fendu ! Si nous ne sommes pas Ă©crasĂ©s un de ces jours, nous devrons un fameux cierge Ă  notre ange gardien. Enfin, puisque ça vous convient
 C’est comme l’église. Il y a deux ans qu’on aurait dĂ» remettre les carreaux cassĂ©s. L’hiver, le bon Dieu gĂšle. Puis, ça empĂȘcherait d’entrer ces gueux de moineaux. Je finirai par coller du papier, moi, je vous en avertis.– Eh ! c’est une idĂ©e, murmura le prĂȘtre, on pourrait coller du papier
 Quant aux murs, ils sont plus solides qu’on ne croit. Dans ma chambre, le plancher a flĂ©chi seulement devant la fenĂȘtre. La maison nous enterrera sous le petit hangar, prĂšs de la cuisine, il s’extasia sur l’excellence de la lessive, voulant faire plaisir Ă  la Teuse ; il fallut mĂȘme qu’il la sentit, qu’il mit les doigts dedans. Alors, la vieille femme, enchantĂ©e, se montra maternelle. Elle ne gronda plus, elle courut chercher une brosse, disant – Vous n’allez peut-ĂȘtre pas sortir avec de la boue d’hier Ă  votre soutane ! Si vous l’aviez laissĂ©e sur la rampe, elle serait propre
 Elle est encore bonne, cette soutane. Seulement, relevez-la bien, quand vous traversez un champ. Les chardons dĂ©chirent elle le faisait tourner, comme un enfant, le secouant des pieds Ă  la tĂȘte, sous les coups violents de la brosse.– La, la, c’est assez, dit-il en s’échappant. Veillez sur DĂ©sirĂ©e, n’est-ce pas ? Je vais lui dire que je Ă  ce moment, une voix claire appela – Serge ! Serge !DĂ©sirĂ©e arrivait en courant, toute rouge de joie, tĂȘte nue, ses cheveux noirs nouĂ©s puissamment sur la nuque, avec des mains et des bras couverts de fumier, jusqu’aux coudes. Elle nettoyait ses poules. Quand elle vit son frĂšre sur le point de sortir, son brĂ©viaire sous le bras, elle rit plus fort, l’embrassant Ă  pleine bouche, rejetant les mains en arriĂšre, pour ne pas le toucher.– Non, non, balbutiait-elle, je te salirais
 Oh ! je m’amuse ! Tu verras les bĂȘtes, quand tu elle se sauva. L’abbĂ© Mouret dit qu’il rentrerait vers onze heures, pour le dĂ©jeuner. Il partait, lorsque la Teuse, qui l’avait accompagnĂ© jusqu’au seuil, lui cria ses derniĂšres recommandations.– N’oubliez pas de voir FrĂšre Archangias
 Passez aussi chez les Brichet ; la femme est venue hier, toujours pour ce mariage
 Monsieur le curĂ©, Ă©coutez donc ! J’ai rencontrĂ© la Rosalie. Elle ne demanderait pas mieux, elle, que d’épouser le grand FortunĂ©. Parlez au pĂšre Bambousse, peut-ĂȘtre qu’il vous Ă©coutera maintenant
 Et ne revenez pas Ă  midi, comme l’autre jour. À onze heures, dites, Ă  onze heures, n’est-ce pas ?Mais le prĂȘtre ne se tournait plus. Elle rentra, en disant entre ses dents – Si vous croyez qu’il m’écoute !
 Ça n’a pas vingt-six ans, et ça n’en fait qu’à sa tĂȘte. Bien sĂ»r, il en remontrerait pour la saintetĂ© Ă  un homme de soixante ans ; mais il n’a point vĂ©cu, il ne sait rien, il n’a pas de peine Ă  ĂȘtre sage comme un chĂ©rubin, ce l’abbĂ© Mouret ne sentit plus la Teuse derriĂšre lui, il s’arrĂȘta, heureux d’ĂȘtre enfin seul. L’église Ă©tait bĂątie sur un tertre peu Ă©levĂ©, qui descendait en pente douce jusqu’au village ; elle s’allongeait, pareille Ă  une bergerie abandonnĂ©e, percĂ©e de larges fenĂȘtres, Ă©gayĂ©e par des tuiles rouges. Le prĂȘtre se retourna, jetant un coup d’Ɠil sur le presbytĂšre, une masure grisĂątre, collĂ©e au flanc mĂȘme de la nef ; puis, comme s’il eĂ»t craint d’ĂȘtre repris par l’intarissable bavardage bourdonnant Ă  ses oreilles depuis le matin, il remonta Ă  droite, il ne se crut en sĂ»retĂ© que devant le grand portail, oĂč l’on ne pouvait l’apercevoir de la cure. La façade de l’église, toute nue, rongĂ©e par les soleils et les pluies, Ă©tait surmontĂ©e d’une Ă©troite cage en maçonnerie, au milieu de laquelle une petite cloche mettait son profil noir ; on voyait le bout de la corde, entrant dans les tuiles. Six marches rompues, Ă  demi enterrĂ©es par un bout, menaient Ă  la haute porte ronde, crevassĂ©e, mangĂ©e de poussiĂšre, de rouille, de toiles d’araignĂ©es, si lamentable sur ses gonds rompus, que les coups de vent semblaient devoir entrer, au premier souffle. L’abbĂ© Mouret, qui avait des tendresses pour cette ruine, alla s’adosser contre un des vantaux, sur le perron. De lĂ , il embrassait d’un coup d’Ɠil tout le pays. Les mains aux yeux, il regarda, il chercha au loin.– Bambousse doit ĂȘtre Ă  sa terre des Olivettes, mai, une vĂ©gĂ©tation formidable, que brĂ»lerait bientĂŽt le ciel ardent de juin, crevait ce sol de cailloux. Des lavandes colossales, des buissons de genĂ©vriers, des nappes d’herbes rudes, montaient sur le perron, plantaient des bouquets de verdure sombre jusque sur les tuiles. La premiĂšre poussĂ©e de la sĂšve menaçait d’emporter l’église, dans le dur taillis des plantes noueuses, qui se coulaient au bord des moindres fissures, qui arrachaient les pierres sous les longs doigts nerveux de leurs racines. À cette heure matinale, en plein travail de croissance, c’était un bourdonnement de chaleur, un long effort silencieux soulevant les roches d’un frisson. Mais l’abbĂ© ne sentait pas l’entĂȘtement de vie, l’ardeur de ces couches laborieuses ; il crut que la marche basculait ; il s’adossa Ă  l’autre battant de la porte, cherchant toujours au pays s’étendait Ă  deux lieues, fermĂ© par un mur de collines jaunes, que des bois de pins tachaient de noir ; pays terrible aux landes sĂ©chĂ©es, aux arĂȘtes rocheuses dĂ©chirant le sol. Les quelques coins de terre labourable Ă©talaient des mares saignantes, des champs rouges, oĂč s’alignaient des files d’amandiers maigres, des tĂȘtes grises d’oliviers, des traĂźnĂ©es de vignes, rayant la campagne de leurs souches brunes. On aurait dit qu’un immense incendie avait passĂ© lĂ , semant sur les hauteurs les cendres des forĂȘts, brĂ»lant les prairies, laissant son Ă©clat et sa chaleur de fournaise dans les creux. À peine, de loin en loin, le vert pĂąle d’un carrĂ© de blĂ© mettait-il une note tendre. L’horizon restait farouche, sans un filet d’eau, mourant de soif, s’envolant par grandes poussiĂšres aux moindres haleines. Et, tout au bout, par un coin Ă©croulĂ© des collines de l’horizon, on apercevait un lointain de verdures humides, une Ă©chappĂ©e de la vallĂ©e voisine, que fĂ©condait la Viorne, une riviĂšre descendue des gorges de la Mouret, ne trouvant pas ce qu’il cherchait au loin, les yeux Ă©blouis, abaissa les regards sur le village, dont les quelques maisons s’en allaient Ă  la dĂ©bandade, en bas de l’église. MisĂ©rables maisons, faites de pierres sĂšches et de planches maçonnĂ©es, jetĂ©es le long d’un Ă©troit chemin, sans rues indiquĂ©es. Elles Ă©taient au nombre d’une trentaine, les unes tassĂ©es dans le fumier, noires de misĂšre, les autres plus vastes, plus gaies, avec leurs tuiles roses. Des bouts de jardin, conquis sur le roc, Ă©talaient des carrĂ©s de lĂ©gumes, coupĂ©s de haies vives. À cette heure, les Artaud Ă©taient vides ; pas une femme aux fenĂȘtres, pas un enfant vautrĂ© dans la poussiĂšre ; seules, des bandes de poules allaient et venaient, fouillant la paille, quĂȘtant jusqu’au seuil des maisons, dont les portes laissĂ©es ouvertes bĂąillaient complaisamment au soleil. Un grand chien noir, assis sur son derriĂšre, Ă  l’entrĂ©e du village, semblait le garder.– Voriau ! Voriau ! appela le le chien ne bougea pas. Une paresse engourdissait peu Ă  peu l’abbĂ© Mouret. Le soleil montant le baignait d’une telle tiĂ©deur, qu’il se laissait aller contre la porte de l’église, envahi par une paix heureuse. Il songeait Ă  ce village des Artaud, poussĂ© lĂ , dans les pierres, ainsi qu’une des vĂ©gĂ©tations noueuses qui l’entouraient. Tous les habitants Ă©taient parents, tous portaient le mĂȘme nom, si bien qu’ils prenaient des surnoms dĂšs le berceau, pour se distinguer entre eux. Un ancĂȘtre, un Artaud, Ă©tait venu, qui s’était fixĂ© au milieu de cette lande, comme un paria ; puis, sa famille avait grandi, avec la vitalitĂ© farouche des herbes qui sucent la vie des rochers ; sa famille avait fini par ĂȘtre toute une tribu, toute une commune, dont les cousinages se perdaient, remontaient Ă  des siĂšcles. C’était, au fond de cette ceinture dĂ©solĂ©e de collines, un peuple Ă  part, une race nĂ©e du sol, une humanitĂ© de cent cinquante tĂȘtes qui semblait recommencer les gardait toute l’ombre morte du sĂ©minaire. Il voulait rester dans la clartĂ© effacĂ©e de sa cellule, dans le silence des corridors, dans le recueillement de cet ancien couvent de Plassans, oĂč pas un souffle ne vivait. Pendant des annĂ©es, il n’avait pas connu le soleil. Il l’ignorait mĂȘme encore, les yeux fermĂ©s, fixĂ©s sur l’ñme, n’ayant que du mĂ©pris pour la nature damnĂ©e. Longtemps, aux heures de recueillement, lorsque la mĂ©ditation le prosternait, il avait rĂȘvĂ© un dĂ©sert d’ermite, quelque trou dans une montagne, oĂč rien de la vie, ni ĂȘtre, ni plante, ni eau, ne le viendrait distraire de la contemplation de Dieu. C’était un Ă©lan d’amour pur, une horreur de la sensation physique. LĂ , mourant Ă  lui-mĂȘme, le dos tournĂ© Ă  la lumiĂšre, il aurait attendu de n’ĂȘtre plus, de se perdre dans la souveraine blancheur des Ăąmes. Le ciel lui apparaissait tout blanc, d’un blanc de lumiĂšre, comme s’il neigeait des lis, comme si toutes les puretĂ©s, toutes les innocences, toutes les chastetĂ©s flambaient. Mais son confesseur le grondait, quand il lui racontait ses dĂ©sirs de solitude, ses besoins de candeur divine ; il le rappelait aux luttes de l’église, aux nĂ©cessitĂ©s du sacerdoce. Plus tard, aprĂšs son ordination, le jeune prĂȘtre Ă©tait venu aux Artaud, sur sa propre demande, avec l’espoir de rĂ©aliser son rĂȘve d’anĂ©antissement humain. Au milieu de cette misĂšre, sur ce sol stĂ©rile, il pourrait se boucher les oreilles aux bruits du monde, il vivrait dans l’oubli, dans le sommeil des saints. Et, depuis plusieurs mois, en effet, il demeurait souriant ; Ă  peine un frisson du village le troublait-il de loin en loin ; Ă  peine une morsure plus chaude du soleil le prenait-elle Ă  la nuque, lorsqu’il suivait les sentiers, tout au ciel, sans entendre l’enfantement continu au milieu duquel il venait de se dĂ©cider Ă  monter auprĂšs de l’abbĂ© Mouret. Il s’était assis de nouveau sur son derriĂšre, Ă  ses pieds. Mais celui-ci restait perdu dans la douceur du matin. La veille, il avait commencĂ© les exercices du Rosaire de Marie ; il attribuait la grande joie qui descendait en lui Ă  l’intercession de la Vierge auprĂšs de son divin Fils. Et que les biens de la terre lui semblaient mĂ©prisables ! Avec quelle reconnaissance il se sentait pauvre ! En entrant dans les ordres, ayant perdu son pĂšre et sa mĂšre le mĂȘme jour, Ă  la suite d’un drame dont il ignorait encore les Ă©pouvantes, il avait laissĂ© Ă  un frĂšre aĂźnĂ© toute la fortune. Il ne tenait plus au monde que par sa sƓur. Il s’était chargĂ© d’elle, pris d’une sorte de tendresse religieuse pour sa tĂȘte faible. La chĂšre innocente Ă©tait si puĂ©rile, si petite fille, qu’elle lui apparaissait avec la puretĂ© de ces pauvres d’esprit, auxquels l’Évangile accorde le royaume des cieux. Cependant, elle l’inquiĂ©tait depuis quelque temps ; elle devenait trop forte, trop saine ; elle sentait trop la vie. Mais c’était Ă  peine un malaise. Il passait ses journĂ©es dans l’existence intĂ©rieure qu’il s’était faite, ayant tout quittĂ© pour se donner entier. Il fermait la porte de ses sens, cherchait Ă  s’affranchir des nĂ©cessitĂ©s du corps, n’était plus qu’une Ăąme ravie par la contemplation. La nature ne lui prĂ©sentait que piĂšges, qu’ordures ; il mettait sa gloire Ă  lui faire violence, Ă  la mĂ©priser, Ă  se dĂ©gager de sa boue humaine. Le juste doit ĂȘtre insensĂ© selon le monde. Aussi se regardait-il comme un Ă©tranger, comme un exilĂ© sur la terre, n’envisageant que les biens cĂ©lestes, ne pouvant comprendre qu’on mĂźt en balance une Ă©ternitĂ© de fĂ©licitĂ© avec quelques heures d’une joie pĂ©rissable. Sa raison le trompait, ses dĂ©sirs mentaient. Et s’il avançait dans la vertu, c’était surtout par son humilitĂ© et son obĂ©issance. Il voulait ĂȘtre le dernier de tous, soumis Ă  tous, pour que la rosĂ©e divine tombĂąt sur son cƓur comme sur un sable aride ; il se disait couvert d’opprobre et de confusion, indigne Ă  jamais d’ĂȘtre sauvĂ© du pĂ©chĂ©, n’espĂ©rant que dans la bontĂ© du ciel. Être humble, c’est croire, c’est aimer. Il ne dĂ©pendait mĂȘme plus de lui-mĂȘme, aveugle, sourd, chair morte. Il Ă©tait la chose de Dieu. Alors, de cette abjection oĂč il s’enfonçait, un hosanna l’emportait au-dessus des heureux et des puissants, dans le resplendissement d’un bonheur sans Artaud, l’abbĂ© Mouret avait ainsi trouvĂ© les ravissements du cloĂźtre, si ardemment souhaitĂ©s jadis, Ă  chacune de ses lectures de l’Imitation. Rien en lui n’avait encore combattu. Il Ă©tait parfait, dĂšs le premier agenouillement, sans lutte, sans secousse, comme foudroyĂ© par la grĂące, dans l’oubli absolu de sa chair. Extase de l’approche de Dieu que connaissent quelques jeunes prĂȘtres ; heure bienheureuse oĂč tout se tait, oĂč les dĂ©sirs ne sont qu’un immense besoin de puretĂ©. Il n’avait mis sa consolation chez aucune crĂ©ature. Lorsqu’on croit qu’une chose est tout, on ne saurait ĂȘtre Ă©branlĂ©, et il croyait que Dieu Ă©tait tout, que son humilitĂ©, son obĂ©issance, sa chastetĂ©, Ă©taient tout. Il se souvenait d’avoir entendu parler de la tentation comme d’une torture abominable qui Ă©prouve les plus saints. Lui, souriait. Dieu ne l’avait jamais abandonnĂ©. Il marchait dans sa foi, ainsi que dans une cuirasse qui le protĂ©geait contre les moindres souffles mauvais. Il se rappelait qu’à huit ans il pleurait d’amour, dans les coins ; il ne savait pas qui il aimait ; il pleurait parce qu’il aimait quelqu’un, bien loin. Toujours il Ă©tait restĂ© attendri. Plus tard, il avait voulu ĂȘtre prĂȘtre, pour satisfaire ce besoin d’affection surhumaine qui faisait son seul tourment. Il ne voyait pas oĂč aimer davantage. Il contentait lĂ  son ĂȘtre, ses prĂ©dispositions de race, ses rĂȘves d’adolescent, ses premiers dĂ©sirs d’homme. Si la tentation devait venir, il l’attendait avec sa sĂ©rĂ©nitĂ© de sĂ©minariste ignorant. On avait tuĂ© l’homme en lui, il le sentait, il Ă©tait heureux de se savoir Ă  part, crĂ©ature chĂątrĂ©e, dĂ©viĂ©e, marquĂ©e de la tonsure ainsi qu’une brebis du le soleil chauffait la grande porte de l’église. Des mouches dorĂ©es bourdonnaient autour d’une grande fleur qui poussait entre deux des marches du perron. L’abbĂ© Mouret, un peu Ă©tourdi, se dĂ©cidait Ă  s’éloigner, lorsque Voriau s’élança, en aboyant violemment, vers la grille du petit cimetiĂšre, qui se trouvait Ă  gauche de l’église. En mĂȘme temps, une voix Ăąpre cria – Ah ! vaurien, tu manques l’école, et c’est dans le cimetiĂšre qu’on te trouve !
 Ne dis pas non ! Il y a un quart d’heure que je te prĂȘtre s’avança. Il reconnut Vincent, qu’un FrĂšre des Ă©coles chrĂ©tiennes tenait rudement par une oreille. L’enfant se trouvait comme suspendu au-dessus d’un gouffre qui longeait le cimetiĂšre, et au fond duquel coulait le Mascle, un torrent dont les eaux blanches allaient, Ă  deux lieues de lĂ , se jeter dans la Viorne.– FrĂšre Archangias ! dit doucement l’abbĂ©, pour inviter le terrible homme Ă  l’ le FrĂšre ne lĂąchait pas l’oreille.– Ah ! c’est vous, monsieur le curĂ©, gronda-t-il. Imaginez-vous que ce gredin est toujours fourrĂ© dans le cimetiĂšre. Je ne sais pas quel mauvais coup il peut faire ici
 Je devrais le lĂącher pour qu’il allĂąt se casser la tĂȘte, lĂ -bas, au fond. Ce serait bien ne soufflait mot, cramponnĂ© aux broussailles, les yeux sournoisement fermĂ©s.– Prenez garde, FrĂšre Archangias, reprit le prĂȘtre ; il pourrait il aida lui-mĂȘme Vincent Ă  remonter.– Voyons, mon petit ami, que faisais-tu lĂ  ? On ne doit pas jouer dans les galopin avait ouvert les yeux, s’écartant peureusement du FrĂšre, se mettant sous la protection de l’abbĂ© Mouret.– Je vais vous dire, murmura-t-il en levant sa tĂȘte futĂ©e vers celui-ci. Il y a un nid de fauvettes dans les ronces, dessous cette roche. Voici plus de dix jours que je le guette
 Alors, comme les petits sont Ă©clos, je suis venu, ce matin, aprĂšs avoir servi votre messe
– Un nid de fauvettes ! dit FrĂšre Archangias. Attends, attends !Il s’écarta, chercha sur une tombe une motte de terre, qu’il revint jeter dans les ronces. Mais il manqua le nid. Une seconde motte lancĂ©e plus adroitement bouscula le frĂȘle berceau, jeta les petits au torrent.– De cette façon, continua-t-il en se tapant les mains pour les essuyer, tu ne viendras peut-ĂȘtre plus rĂŽder ici comme un paĂŻen
 Les morts iront te tirer les pieds, la nuit, si tu marches encore sur qui avait ri de voir le nid faire le plongeon, regarda autour de lui, avec le haussement d’épaules d’un esprit fort.– Oh ! je n’ai pas peur, dit-il. Les morts, ça ne bouge cimetiĂšre, en effet, n’avait rien d’effrayant. C’était un terrain nu, oĂč d’étroites allĂ©es se perdaient sous l’envahissement des herbes. Des renflements bossuaient la terre, de place en place. Une seule pierre, debout, toute neuve, la pierre de l’abbĂ© Caffin, mettait sa dĂ©coupure blanche, au milieu. Rien autre que des bras de croix arrachĂ©s, des buis sĂ©chĂ©s, de vieilles dalles enterrĂ©es, mangĂ©es de mousse. On n’enterrait pas deux fois l’an. La mort ne semblait point habiter ce sol vague, oĂč la Teuse venait, chaque soir, emplir son tablier d’herbe pour les lapins de DĂ©sirĂ©e. Un cyprĂšs gigantesque, plantĂ© Ă  la porte, promenait seul son ombre sur le champ dĂ©sert. Ce cyprĂšs, qu’on voyait de trois lieues Ă  la ronde, Ă©tait connu de toute la contrĂ©e sous le nom du Solitaire.– C’est plein de lĂ©zards, ajouta Vincent, qui regardait le mur crevassĂ© de l’église. On s’amuserait joliment
Mais il sortit d’un bond, en voyant le FrĂšre allonger le pied. Celui-ci fit remarquer au curĂ© le mauvais Ă©tat de la grille. Elle Ă©tait toute rongĂ©e de rouille, un gond descellĂ©, la serrure brisĂ©e.– On devrait rĂ©parer cela, Mouret sourit, sans rĂ©pondre. Et, s’adressant Ă  Vincent, qui se battait avec Voriau – Dis, petit ? demanda-t-il, sais-tu oĂč travaille le pĂšre Bambousse, ce matin ?L’enfant jeta un coup d’Ɠil sur l’horizon.– Il doit ĂȘtre Ă  son champ des Olivettes, rĂ©pondit-il, la main tendue vers la gauche
 D’ailleurs, Voriau va vous conduire, monsieur le curĂ©. Il sait sĂ»rement oĂč est son maĂźtre, il tapa dans ses mains, criant – Eh ! Voriau ! eh !Le grand chien noir hĂ©sita un instant, la queue battante, cherchant Ă  lire dans les yeux du gamin. Puis, aboyant de joie, il descendit vers le village. L’abbĂ© Mouret et FrĂšre Archangias le suivirent, en causant. Cent pas plus loin, Vincent les quittait sournoisement, remontant vers l’église, les surveillant, prĂȘt Ă  se jeter derriĂšre un buisson, s’ils tournaient la tĂȘte. Avec une souplesse de couleuvre, il se glissa de nouveau dans le cimetiĂšre, ce paradis oĂč il y avait des nids, des lĂ©zards, des tandis que Voriau les devançait sur la route poudreuse, FrĂšre Archangias disait au prĂȘtre, de sa voix irritĂ©e – Laissez donc ! monsieur le curĂ©, de la graine de damnĂ©s, ces crapaudslĂ  ! On devrait leur casser les reins, pour les rendre agrĂ©ables Ă  Dieu. Ils poussent dans l’irrĂ©ligion, comme leurs pĂšres. Il y a quinze ans que je suis ici, et je n’ai pas encore pu faire un chrĂ©tien. DĂšs qu’ils sortent de mes mains, bonsoir ! Ils sont tout Ă  la terre, Ă  leurs vignes, Ă  leurs oliviers. Pas un qui mette le pied Ă  l’église. Des brutes qui se battent avec leurs champs de cailloux !
 Menez-moi ça Ă  coups de bĂąton, monsieur le curĂ©, Ă  coups de bĂąton !Puis, reprenant haleine, il ajouta, avec un geste terrible – Voyez-vous, ces Artaud, c’est comme ces ronces qui mangent les rocs, ici. Il a suffi d’une souche pour que le pays fĂ»t empoisonnĂ©. Ça se cramponne, ça se multiplie, ça vit quand mĂȘme. Il faudra le feu du ciel, comme Ă  Gomorrhe, pour nettoyer ça.– On ne doit jamais dĂ©sespĂ©rer des pĂ©cheurs, dit l’abbĂ© Mouret, qui marchait Ă  petits pas, dans sa paix intĂ©rieure.– Non, ceux-lĂ  sont au diable, reprit plus violemment le FrĂšre. J’ai Ă©tĂ© paysan comme eux. Jusqu’à dix-huit ans, j’ai piochĂ© la terre. Et plus tard, Ă  l’Institution, j’ai balayĂ©, Ă©pluchĂ© des lĂ©gumes, fait les plus gros travaux. Ce n’est pas leur rude besogne que je leur reproche. Au contraire, Dieu prĂ©fĂšre ceux qui vivent dans la bassesse
 Mais les Artaud se conduisent en bĂȘtes, voyez-vous ! Ils sont comme leurs chiens qui n’assistent pas Ă  la messe, qui se moquent des commandements de Dieu et de l’Église. Ils forniqueraient avec leurs piĂšces de terre, tant ils les aiment !Voriau, la queue au vent, s’arrĂȘtait, reprenait son trot, aprĂšs s’ĂȘtre assurĂ© que les deux hommes le suivaient toujours.– Il y a des abus dĂ©plorables, en effet, dit l’abbĂ© Mouret. Mon prĂ©dĂ©cesseur, l’abbĂ© Caffin
– Un pauvre homme, interrompit le FrĂšre. Il nous est arrivĂ© de Normandie, Ă  la suite d’une vilaine histoire. Ici, il n’a songĂ© qu’à bien vivre ; il a tout laissĂ© aller Ă  la dĂ©bandade.– Non, l’abbĂ© Caffin a certainement fait ce qu’il a pu ; mais il faut avouer que ses efforts sont restĂ©s Ă  peu prĂšs stĂ©riles. Les miens eux-mĂȘmes demeurent le plus souvent sans Archangias haussa les Ă©paules. Il marcha un instant en silence, dĂ©hanchant son grand corps maigre taillĂ© Ă  coups de hache. Le soleil tapait sur sa nuque, au cuir tannĂ©, mettant dans l’ombre sa dure face de paysan, en lame de sabre.– Écoutez, monsieur le curĂ©, reprit-il enfin, je suis trop bas pour vous adresser des observations ; seulement, j’ai presque le double de votre Ăąge, je connais le pays, ce qui m’autorise Ă  vous dire que vous n’arriverez Ă  rien par la douceur
 Entendez-vous, le catĂ©chisme suffit. Dieu n’a pas de misĂ©ricorde pour les impies. Il les brĂ»le. Tenez-vous-en Ă  comme l’abbĂ© Mouret, la tĂȘte penchĂ©e, n’ouvrait point la bouche, il continua – La religion s’en va des campagnes, parce qu’on la fait trop bonne femme. Elle a Ă©tĂ© respectĂ©e, tant qu’elle a parlĂ© en maĂźtresse sans pardon
 Je ne sais ce qu’on vous apprend dans les sĂ©minaires. Les nouveaux curĂ©s pleurent comme des enfants avec leurs paroissiens. Dieu semble tout changé  Je jurerais, monsieur le curĂ©, que vous ne savez mĂȘme plus votre catĂ©chisme par cƓur ?Le prĂȘtre, blessĂ© de cette volontĂ© qui cherchait Ă  s’imposer si rudement, leva la tĂȘte, disant avec quelque sĂ©cheresse – C’est bien, votre zĂšle est louable
 Mais n’avez-vous rien Ă  me dire ? Vous ĂȘtes venu ce matin Ă  la cure, n’est-ce pas ?FrĂšre Archangias rĂ©pondit brutalement – J’avais Ă  vous dire ce que je vous ai dit
 Les Artaud vivent comme leurs cochons. J’ai encore appris hier que Rosalie, l’aĂźnĂ©e du pĂšre Bambousse, est grosse. Toutes attendent ça pour se marier. Depuis quinze ans, je n’en ai pas connu une qui ne soit allĂ©e dans les blĂ©s avant de passer Ă  l’église
 Et elles prĂ©tendent en riant que c’est la coutume du pays !– Oui, murmura l’abbĂ© Mouret, c’est un grand scandale
 Je cherche justement le pĂšre Bambousse pour lui parler de cette affaire. Il serait dĂ©sirable, maintenant, que le mariage eĂ»t lieu au plus tĂŽt
 Le pĂšre de l’enfant, paraĂźt-il, est FortunĂ©, le grand fils des Brichet. Malheureusement les Brichet sont pauvres.– Cette Rosalie ! poursuivit le FrĂšre, elle a juste dix-huit ans. Ça se perd sur les bancs de l’école. Il n’y a pas quatre ans, je l’avais encore. Elle Ă©tait dĂ©jĂ  vicieuse
 J’ai maintenant sa sƓur Catherine, une gamine de onze ans qui promet d’ĂȘtre plus Ă©hontĂ©e que son aĂźnĂ©e. On la rencontre dans tous les trous avec ce petit misĂ©rable de Vincent
 Allez, on a beau leur tirer les oreilles jusqu’au sang, la femme pousse toujours en elles. Elles ont la damnation dans leurs jupes. Des crĂ©atures bonnes Ă  jeter au fumier, avec leurs saletĂ©s qui empoisonnent ! Ça serait un fameux dĂ©barras, si l’on Ă©tranglait toutes les filles Ă  leur dĂ©goĂ»t, la haine de la femme le firent jurer comme un charretier. L’abbĂ© Mouret, aprĂšs l’avoir Ă©coutĂ©, la face calme, finit par sourire de sa violence. Il appela Voriau, qui s’était Ă©cartĂ© dans un champ voisin.– Et, tenez ! cria FrĂšre Archangias, en montrant un groupe d’enfants jouant au fond d’une ravine, voilĂ  mes garnements qui manquent l’école, sous prĂ©texte d’aller aider leurs parents dans les vignes !
 Soyez sĂ»r que cette gueuse de Catherine est au milieu. Elle s’amuse Ă  glisser. Vous allez voir ses jupes par-dessus sa tĂȘte. LĂ , qu’est-ce que je vous disais !
 À ce soir, monsieur le curé  Attendez, attendez, gredins !Et il partit en courant, son rabat sale volant sur l’épaule, sa grande soutane graisseuse arrachant les chardons. L’abbĂ© Mouret le regarda tomber au milieu de la bande des enfants, qui se sauvĂšrent comme un vol de moineaux effarouchĂ©s. Mais il avait rĂ©ussi Ă  saisir par les oreilles Catherine et un autre gamin. Il les ramena du cĂŽtĂ© du village, les tenant ferme de ses gros doigts velus, les accablant d’ prĂȘtre reprit sa marche. FrĂšre Archangias lui causait parfois d’étranges scrupules ; il lui apparaissait dans sa vulgaritĂ©, dans sa cruditĂ©, comme le vĂ©ritable homme de Dieu, sans attache terrestre, tout Ă  la volontĂ© du ciel, humble, rude, l’ordure Ă  la bouche contre le pĂ©chĂ©. Et il se dĂ©sespĂ©rait de ne pouvoir se dĂ©pouiller davantage de son corps, de ne pas ĂȘtre laid, immonde, puant la vermine des saints. Lorsque le FrĂšre l’avait rĂ©voltĂ© par des paroles trop osĂ©es, par quelque expression trop brutale, il s’accusait ensuite de ses dĂ©licatesses, de ses fiertĂ©s de nature, comme de vĂ©ritables fautes. Ne devait-il pas ĂȘtre mort Ă  toutes les faiblesses de ce monde ? Cette fois encore, il sourit tristement, en songeant qu’il avait failli se fĂącher de la leçon emportĂ©e du FrĂšre. C’était l’orgueil, pensait-il, qui cherchait Ă  le perdre, en lui faisant prendre les simples en mĂ©pris. Mais, malgrĂ© lui, il se sentait soulagĂ© d’ĂȘtre seul, de s’en aller Ă  petits pas, lisant son brĂ©viaire, dĂ©livrĂ© de cette voix Ăąpre qui troublait son rĂȘve de tendresse route tournait entre des Ă©croulements de rocs, au milieu desquels les paysans avaient, de loin en loin, conquis quatre ou cinq mĂštres de terre crayeuse, plantĂ©e de vieux oliviers. Sous les pieds de l’abbĂ©, la poussiĂšre des orniĂšres profondes avait de lĂ©gers craquements de neige. Parfois, en recevant Ă  la face un souffle plus chaud, il levait les yeux de son livre, cherchant d’oĂč lui venait cette caresse ; mais son regard restait vague, perdu sans le voir, sur l’horizon enflammĂ©, sur les lignes tordues de cette campagne de passion, sĂ©chĂ©e, pĂąmĂ©e au soleil, dans un vautrement de femme ardente et stĂ©rile. Il rabattait son chapeau sur son front, pour Ă©chapper aux haleines tiĂšdes ; il reprenait sa lecture, paisiblement ; tandis que sa soutane, derriĂšre lui, soulevait une petite fumĂ©e, qui roulait au ras du chemin.– Bonjour, monsieur le curĂ©, lui dit un paysan qui bruits de bĂȘche, le long des piĂšces de terre, le sortaient encore de son recueillement. Il tournait la tĂȘte, apercevait au milieu des vignes de grands vieillards noueux, qui le saluaient. Les Artaud, en plein soleil, forniquaient avec la terre, selon le mot de FrĂšre Archangias. C’étaient des fronts suants apparaissant derriĂšre les buissons, des poitrines haletantes se redressant lentement, un effort ardent de fĂ©condation, au milieu duquel il marchait de son pas si calme d’ignorance. Rien de troublant ne venait jusqu’à sa chair du grand labeur d’amour dont la splendide matinĂ©e s’emplissait.– Eh ! Voriau, on ne mange pas le monde ! cria gaiement une voix forte, faisant taire le chien qui aboyait Mouret leva la tĂȘte.– C’est vous, FortunĂ©, dit-il, en s’avançant au bord du champ, dans lequel le jeune paysan travaillait. Je voulais justement vous avait le mĂȘme Ăąge que le prĂȘtre. C’était un grand garçon, l’air hardi, la peau dure dĂ©jĂ . Il dĂ©frichait un coin de lande pierreuse.– Par rapport, monsieur le curĂ© ? demanda-t-il.– Par rapport Ă  ce qui s’est passĂ© entre Rosalie et vous, rĂ©pondit le se mit Ă  rire. Il devait trouver drĂŽle qu’un curĂ© s’occupĂąt d’une pareille chose.– Dame, murmura-t-il, c’est qu’elle a bien voulu. Je ne l’ai pas forcĂ©e
 Tant pis si le pĂšre Bambousse refuse de me la donner ! Vous avez bien vu que son chien cherchait Ă  me mordre tout Ă  l’heure. Il le lance contre Mouret allait continuer, lorsque le vieil Artaud, dit Brichet, qu’il n’avait pas vu d’abord, sortit de l’ombre d’un buisson, derriĂšre lequel il mangeait avec sa femme. Il Ă©tait petit, sĂ©chĂ© par l’ñge, la mine humble.– On vous aura contĂ© des menteries, monsieur le curĂ©, s’écria-t-il. L’enfant est tout prĂȘt Ă  Ă©pouser la Rosalie
 Ces jeunesses sont allĂ©es ensemble. Ce n’est la faute de personne. Il y en a d’autres qui ont fait comme eux et qui n’en ont pas moins bien vĂ©cu pour cela
 L’affaire ne dĂ©pend pas de nous. Il faut parler Ă  Bambousse. C’est lui qui nous mĂ©prise, Ă  cause de son argent.– Oui, nous sommes trop pauvres, gĂ©mit la mĂšre Brichet, une grande femme pleurnicheuse, qui se leva Ă  son tour. Nous n’avons que ce bout de champ, oĂč le diable fait grĂȘler les cailloux, bien sĂ»r. Il ne nous donne pas du pain
 Sans vous, monsieur le curĂ©, la vie ne serait pas mĂšre Brichet Ă©tait la seule dĂ©vote du village. Quand elle avait communiĂ©, elle rĂŽdait autour de la cure, sachant que la Teuse lui gardait toujours une paire de pains de la derniĂšre cuisson. Parfois mĂȘme, elle emportait un lapin ou une poule, que lui donnait DĂ©sirĂ©e.
AnalyselittĂ©raire de rĂ©fĂ©rence et rĂ©sumĂ© complet, Fiche de lecture La Fortune des Rougon de Émile Zola (Analyse littĂ©raire de rĂ©fĂ©rence et rĂ©sumĂ© complet), Émile Zola, Du Cenacle Editions. Des milliers de livres avec la livraison chez vous en 1 jour ou en magasin avec -5% de rĂ©duction .

Chapitre I Dans l’aire Saint-Mitre, ancien cimetiĂšre de Plassans, reconverti en terrain vague, s’aiment SilvĂšre et Miette. Ce sont deux enfants qui vont rejoindre lesinsurgĂ©s rĂ©publicain de la rĂ©gion le coup d’état vient d’exploser Ă  Paris. Chapitre II Trois quartiers forment la ville de Plassans, trois divisions sociales puisque elleshĂ©bergent respectivement une aristocratie vieillissante et clĂ©ricale, une bourgeoisie installĂ©e et le peuple, fait de petit-bourgeois frustrĂ©s. Les enfants d’AdĂ©laĂŻdeFouque en font partie. MĂšre d’un fils lĂ©gitime, Pierre Rougon, et de deux bĂątards, Antoine et Ursule Macquart, tante Dide fait figure d’ancĂȘtre. Son fils Pierre a Ă©pousĂ© FĂ©licitĂ©avec qui il a eu trois fils, EugĂšne, avocat devenu parisien, Aristide, journaliste, et Pascal qui sera mĂ©decin. La piĂšce jaune oĂč les Rougon tiennent salon est dĂ©jĂ  un peupopulaire. Chapitre III Rougon parvient Ă  Ă©chapper aux insurgĂ©s pendant que d’autres se font Ă©craser. Chapitre IV Antoine Macquart exploite sa femme Fine et leurstrois enfants Lisa, Gervaise et Jean. RĂ©publicain par opportunisme, il occupe la mairie. Chapitre V L’idylle de SilvĂšre et Miette s’achĂšve tragiquement. Miette est tuĂ©ependant l’affrontement entre les troupes et les insurgĂ©s. Chapitre VI Les Rougon et leurs complices ont dĂ©sormais champs libre pour possĂ©der Plassans. La mairie est succĂšs du coup d’état lui Ă©tant confirmĂ© par son fils EugĂšne, FĂ©licitĂ© pousse Macquart Ă  trahir ses amis. Chapitre VII Triomphe des Rougon. Pierre se voit remettre lalĂ©gion d’honneur et le poste de receveur tant convoitĂ© par FĂ©licitĂ©. Rengade, un gendarme que SilvĂšre avait Ă©borgnĂ© pendant l’insurrection, retrouve l’enfant et le tue.

RĂ©sumĂ©chapitre par chapitre du roman La Fortune des Rougon d’Emile Zola Sept chapitres constituent cette Ɠuvre. Chapitre 1 L’action se dĂ©roule Ă  Plassans, dans le sud de la France, en dĂ©cembre 1851. Un terrain vague, qui Ă©tait autrefois un cimetiĂšre, appelĂ© Aire Saint-Mittre, attire les enfants, les gitans, les amoureux, etc.
Sujet C ƒuvre Marguerite Yourcenar, MĂ©moires d'Hadrien Parcours Soi-mĂȘme comme un autre. Dans une cĂ©lĂšbre lettre, Arthur Rimbaud Ă©crit en 1871 Je est un autre. » Dans quelle mesure cette affirmation peut-elle Ă©clairer la lecture d'un rĂ©cit s'appuyant sur des faits rĂ©els? Vous rĂ©pondrez Ă  cette question dans un dĂ©veloppement organisĂ© en vous appuyant sur MĂ©moires d'Hadrien, sur les textes que vous avez Ă©tudiĂ©s dans le cadre du parcours associĂ© et sur votre culture personnelle. [1] RiviĂšre qui coule prĂšs de la ville de Plassans Africain Policier Africain Fiche revision bac francais 3168 mots 13 pages surnommĂ© l'IngĂ©nu. Il est naĂŻf mais plein de bon sens. Il vient d'Angleterre escale, il est poli, courtois et gentil. Il parle français. AprĂšs l'avoir recueilli, le couple invite un petit groupe de personnalitĂ©s comme l'abbĂ© de saint-Yves et sa sƓur, le bailli, le receveur des impĂŽts. Lors de ce repas, on apprend que le huron est orphelin, qu'il a appris le français en Angleterre avec un protestant chassĂ© de France, Qu'il est un vaillant combattant. Les deux demoiselles tombent amoureuses de lui
. fiche de rĂ©vision bac français bac S 4357 mots 18 pages 1 Injection lĂ©tale Hors sĂ©rie n°01 ProblĂ©matique Le chlorure de potassium, au cƓur de l'injection lĂ©tale. ThĂšmes AvancĂ©es et rĂ©alisations scientifiques Groupe 12 2 Sommaire I L'injection lĂ©tale une procĂ©dure de mise Ă  mort orchestrĂ©e L'utilisation premiĂšre d'un anesthĂ©siant le Tiophental de Sodium 2 Une seconde injection paralysante l'effet du Bromure de Pancuronium II Le chlorure de potassium l'injection fatale La structure molĂ©culaire
. Page 7 sur 22 - Environ 219 essais Plpexthistlett 153926 24323 mots 98 pages 20 18 / 20 Public 0, 50 20 / 20 PrivĂ© 1 / 20 17 / 20 Composition d'histoire Note minimale Note maximale RĂ©partition des notes Notes <2 <3 <4 <5 <6 <7 <8 <9 Commentaire texte français 13 28 52 125 196 268 202 167 Composition histoire 106 94 123 162 143 132 1 2 7 19 21 14 3 Composition histoire 5 11 15 17 8 < 10 < 11 < 12 < 13 < 14 < 15 < 16 < 17 < 18 < 19 < 20 3. 116 96 61 62 26 23 9 93 74 53 48 32 34 Jean sebastien bach biographie 4859 mots 20 pages oeuvres, aide qui ne tombe pas dans le piĂšge d'ĂȘtre rĂ©barbative mais au contraire a la qualitĂ© d'ĂȘtre comprĂ©hensible par tout public en Ă©vitant tout terme trop technique et toute longueur. Les propos du pianiste sont proposĂ©s en version sous-titrĂ©s en français, vous ne vous arracherez donc pas non plus les cheveux pour comprendre le hongrois et pourrez donc aisĂ©ment "mesurer le piment de la musique" de Bach en connaissant mieux les Ă©pices cachĂ©s ainsi que les couleurs subjectives, mĂȘme le bleu marine de La vie 7466 mots 30 pages il ne nous semble pas en aller tout Ă  fait de mĂȘme pour Jacques, qui ne met en cause aucune personnalitĂ© vivante ni aucune respectabilitĂ© familiale - Ă  preuve la Correspondance littĂ©raire. La route, devenue torrent, roulait des flots vivants qui semblaient ne pas devoir s'Ă©puiser; toujours, au coude du chemin, se montraient de nouvelles masses noires, dont les chants enflaient de plus en plus la grande voix de cette tempĂȘte humaine. Quand les derniers bataillons apparurent, il y eut un Ă©clat assourdissant. La Marseillaise emplit le ciel, comme soufflĂ©e par des bouches gĂ©antes dans de monstrueuses trompettes qui la jetaient, vibrante, avec des sĂ©cheresses de cuivre, Ă  tous les coins de la vallĂ©e. Et la campagne endormie s'Ă©veilla en sursaut; elle frissonna tout entiĂšre, ainsi qu'un tambour que frappent les baguettes; elle retentit jusqu'aux entrailles, rĂ©pĂ©tant par tous ses Ă©chos les notes ardentes du chant national. Policier Archives des Roman - Bac Français RĂ©sultats Page 7 Bac Blanc Français 1ere S Sur Le Roman Etudier Le roman au bac de français cours en ligne gratuit McCoy a Ă©crit le roman On achĂšve bien les __ [ Codycross Solution ] - Kassidi Dent avant apres appareil dentaire dr Peignoirs et parĂ©os - Spa Tong Jeux sexe gay Le roman d'apprentissage roman qui relate l'apprentissage » social, moral, amoureux, d'un personnage, comme Julien dans Le Rouge et le Noir de Stendhal. Le roman historique il cherche Ă  donner une lecture d'une pĂ©riode/ d'un Ă©vĂ©nement historique par le biais de la fiction romanesque. On peut penser Ă  La Reine Margot de Dumas. Le roman autobiographique il ne s'agit pas d'une autobiographie, mais d'un roman dont l'intrigue se base sur des Ă©lĂ©ments autobiographiques tout en restant un roman il n'a pas pour but de peindre fidĂšlement l'auteur. On peut penser Ă  Voyage au bout de la nuit de CĂ©line. Il existe une multitude de types de romans, je n'en Ă©voque ici que quelques uns on peut encore penser au roman d'aventure, au roman policier, etc. . Questions romanesques Qu'Ă©tudier dans un roman? A quoi dont-on s'intĂ©resser lorsqu'on en analyse un extrait ou qu'on l'Ă©voque dans une dissertation? Voici quelques pistes. A La narration Dans un roman, on distingue le narrateur de l'auteur le narrateur est celui qui raconte l'histoire, l'auteur est celui qui l'Ă©crit, c'est-Ă -dire une personne rĂ©elle. En cliquant ici, vous pourrez ouvrir le sujet en format PDF. BaccalaurĂ©at gĂ©nĂ©ral Blanc Mars 2021 Français Epreuve anticipĂ©e DurĂ©e de l'Ă©preuve 4 heures – coefficient 5 L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisĂ©. DĂšs que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 4 pages, numĂ©rotĂ©es de 1/4 Ă  4/4. Vous traiterez au choix, l'un des deux sujets suivants 1- Commentaire 20 points Objet d'Ă©tude Le roman et le rĂ©cit du Moyen Âge au XXIe siĂšcle Vous commenterez le texte suivant Emile Zola, La Fortune des Rougon, chapitre I, 1871 Le coup d'Etat du 2 dĂ©cembre 1851, organisĂ© par Louis-NapolĂ©on Bonaparte, a suscitĂ© en Provence des insurrections rĂ©publicaines, notamment dans le dĂ©partement du Var. C'est cette rĂ©volte que dĂ©crit Zola au dĂ©but de La Fortune des Rougon. La bande descendait avec Ă©lan superbe, irrĂ©sistible. Rien de plus terriblement grandiose que l'irruption de ces quelques milliers d'hommes dans la paix morte et glacĂ©e de l'horizon. Escalier 2 4 tournant avec palier se Jean castex taille de pierre Danse de salon chalon sur saĂŽne et saint Comment changer verre trempĂ© se Lettre d admission Ă  poudlard Ă  imprimer de Questionnaire sur aladin ou la lampe merveilleuse Batterie voiture seat ibiza diesel Debarras maison cagnes sur mer Bracelet amitiĂ© personnalisĂ© Horaire dĂ©chetterie livarot Miel propolis bienfait d Attaque des titans saison 4 episode 8 streaming Jet 27 et baileys Semaine bleue toulon Comment couper du parquet au La ferme des violettes l union horaires d ouverture de la bourse de tokyo Comptabilisation d un site internet Meilleur shampoing lissant RĂ©sumĂ©du document. Si dans le premier chapitre, avec l'arrivĂ©e de la colonne des insurgĂ©s, la description Ă  travers le regard de SilvĂšre laissait apparaĂźtre l'opinion rĂ©publicaine de Zola, cet extrait fait une place particuliĂšre au docteur Pascal et lui permet d'exprimer, Ă  travers ce scientifique, sa sensibilitĂ© de chef de file du naturalisme. ‱ ThĂ©rĂšse Raquin 1867 ThĂ©rĂšse et son amant Laurent jettent Ă  la Seine, lors d’une partie de campagne, Camille Raquin, mari de ThĂ©rĂšse. Mais le souvenir de Camille, matĂ©rialisĂ© par divers signes symboliques une cicatrice, un portrait, le chat noir, s’interpose entre les deux amants et les rend impuissants Ă  continuer leur union charnelle c’est la forme naturaliste » du remords. Dans une crise de haine mutuelle, ils rĂ©vĂšlent leur crime Ă  la mĂšre de Camille, devenue paralytique et muette. Et ils finissent par se suicider ensemble sous ses yeux. ‱ La Fortune des Rougon 1871 Pierre et FĂ©licitĂ© Rougon sont des commerçants de Plassans, en Provence ville imaginĂ©e sur le modĂšle d’Aix-en-Provence. A la faveur du coup d’Etat de Louis NapolĂ©on Bonaparte 2 dĂ©cembre 1851, ils conquiĂšrent le pouvoir politique dans la ville, et la fortune. Les paysans et les bĂ»cherons rĂ©publicains des environs ont tentĂ© de rĂ©sister par les armes au coup d’Etat, mais ils sont durement rĂ©primĂ©s aprĂšs une bataille perdue contre l’armĂ©e. SilvĂšre Mouret, jeune parent des Rougon, meurt, avec la jeune fille qu’il aime, Miette, pour la dĂ©fense de la RĂ©publique, laissant place nette aux appĂ©tits et aux ambitions du clan Rougon. Antoine Macquart, demi-frĂšre de Pierre Rougon, dupĂ© par celui-ci, trahit les rĂ©publicains. Le roman s’achĂšve sur la victoire politique et sociale des bonapartistes de Plassans, qui annonce les succĂšs futurs de la descendance Rougon dans la sociĂ©tĂ© impĂ©riale. C’est le dĂ©but de l’ Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire.» ‱ La curĂ©e 1872 Aristide Rougon, fils de Pierre voir La Fortune des Rougon, vient de Plassans Ă  Paris, au dĂ©but du Second Empire. EmployĂ© Ă  l’HĂŽtel de Ville, il s’informe frauduleusement des projets de grands travaux du prĂ©fet Haussmann et se lance dans la spĂ©culation immobiliĂšre, truquant les dossiers et achetant les consciences. Enrichi, usant du pseudonyme d’Aristide Saccard, il habite avec sa seconde femme, RenĂ©e, un somptueux hĂŽtel particulier prĂšs du parc Monceau. RenĂ©e Saccard et Maxime, son beau-fils, nĂ© du premier mariage d’Aristide, deviennent amants. C’est la double quĂȘte de l’or et du plaisir, dans la sociĂ©tĂ© corrompue du Second Empire. Aristide dĂ©pouille sa femme pour renflouer ses affaires momentanĂ©ment en pĂ©ril, et Maxime abandonne RenĂ©e pour Ă©pouser une hĂ©ritiĂšre aristocrate, Louise de Mareuil, RenĂ©e meurt ruinĂ©e et bafouĂ©e par les deux hommes. ‱ Le ventre de Paris 1873 Le roman se passe au coeur de Paris, dans le monde gras et colorĂ© des Halles. Florent, dĂ©portĂ© en Guyane aprĂšs le coup d’Etat de dĂ©cembre 1851, s’est Ă©vadĂ© de Cayenne, et revient Ă  Paris. Il y est recueilli par son parent, le charcutier Quenu, et la femme de ce dernier, Lisa, fille d’Antoine Macquart voir La Fortune des Rougon. Ceux-ci lui trouvent une place d’inspecteur de la marĂ©e, sur le carreau des Halles. Mais ce rĂ©publicain maigre est mal Ă  l’aise dans ce monde de la nourriture grasse, et des commerçants gras, conservateurs, attachĂ©s, comme Lisa la charcutiĂšre, au profit quotidien que leur assure l’Empire. Compromis dans un complot contre le rĂ©gime impĂ©rial prĂ©parĂ© par des illuminĂ©s et des provocateurs Ă  la solde de la police, il est dĂ©noncĂ© par Lisa et rĂ©expĂ©diĂ© en prison. Le ventre de Paris l’a expulsĂ© comme un dĂ©chet. Le jeune peintre Claude Lantier tire la morale de l’histoire Quels gredins que les honnĂȘtes gens! » ‱ La ConquĂȘte de Plassans 1874 L’action se transporte de nouveau Ă  Plassans. Les conservateurs s’y partagent entre bonapartistes menĂ©s par FĂ©licitĂ© et Pierre Rougon, les lĂ©gitimistes et les orlĂ©anistes. En face d’eux, les rĂ©publicains parmi lesquels François Mouret, dont l’épouse, Marthe, est la fille des Rougon. L’abbĂ© Faujas, agent occulte du rĂ©gime impĂ©rial, a pour mission d’amener les monarchistes lĂ©gitimistes et orlĂ©anistes Ă  soutenir le rĂ©gime de NapolĂ©on III. 11 se servira pour cela de son autoritĂ© ecclĂ©siastique, et du pouvoir spirituel qu’il s’assure sur les femmes, notamment sur Marthe Mouret. Il a pris location chez les Mouret, d’oĂč il veille Ă  rĂ©unir ensemble les trois clans conservateurs, et Ă  Ă©carter le rĂ©publicain Mouret. Il finira par faire passer celui-ci pour fou et Ă  le faire interner, pour avoir le champ totalement libre. Mais Mouret s’évade. Devenu rĂ©ellement fou, il met le feu Ă  sa demeure, et Faujas pĂ©rit dans l’incendie. ‱ La Faute de l’abbĂ© Mouret 1875 L’abbĂ© Serge Mouret, un des deux fils de Marthe Rougon et François Mouret, curĂ© d’un village de Provence, les Artauds, perd la mĂ©moire Ă  la suite d’une grave maladie, qui l’a laissĂ© Ă©puisĂ©. Son oncle, le docteur Pascal Rougon fils de Pierre Rougon et frĂšre d’Aristide et de Marthe Rougon le fait transporter dans une demeure isolĂ©e au milieu d’un grand parc, le Paradou. LĂ , il est soignĂ© par une jeune fille, Albine. Il reprend vie, tout en demeurant amnĂ©sique. Au terme d’une sĂ©rie de promenades et d’explorations Ă  travers la vĂ©gĂ©tation luxuriante du parc, les deux jeunes gens deviennent amants. Mais l’église, par l’intermĂ©diaire du terrible frĂšre Archangias, reprend son serviteur. Serge Mouret revient Ă  la mĂ©moire et Ă  son sacerdoce, et abandonne Albine, qui se laisse mourir, au milieu des roses. ‱ Son Excellence EugĂšne Rougon 1876 EugĂšne Rougon est un des trois fils de Pierre Rougon et FĂ©licitĂ© Puech, avec Aristide et Pascal. InstallĂ© Ă  Paris dĂšs avant le coup d’Etat et la conquĂȘte de Plassans » par les bonapartistes, il fait une carriĂšre politique. Il est devenu prĂ©sident du Conseil d’Etat, et principal exĂ©cutant de la politique impĂ©riale. Les intrigues d’une femme, Clorinde Balbi, sĂ©ductrice et aventuriĂšre, liĂ©e Ă  un rival d’EugĂšne, Ă©loignent momentanĂ©ment celui-ci du pouvoir. Mais au lendemain de l’attentat d’Orsini en 1858, EugĂšne Rougon est rappelĂ© au gouvernement, pour dirier une rĂ©pression brutale et massive, aidĂ© d’une bande de séïdes et d’obligĂ©s. A la fin du roman, il n’en prendra pas moins le virage de l’empire libĂ©ral, fondant son triomphe sur l’opportunisme. ‱ L’Assommoir 1877 Zola revient Ă  la seconde branche de la famille des Rougon-Macquart. Gervaise Macquart, fille d’Antoine Macquart voir La Fortune des Rougon, blanchisseuse, est abandonnĂ©e, dans un hĂŽtel du quartier populaire de la Chapelle, par son amant Lantier. Elle reste seule avec ses deux petits garçons, Etienne et Claude le futur peintre, que le lecteur a dĂ©jĂ  rencontrĂ© dans Le Ventre de Paris. Un ouvrier zingueur, Coupeau, devient amoureux d’elle et l’épouse. Ils ont une fille, Anna, dite Nana. Gervaise ouvre une boutique de blanchisserie, rue de la Goutte-d’or, et conquiert, Ă  force de travail, un peu d’aisance. Mais Coupeau tombe d’un toit et se met Ă  boire, au cabaret de l’Assommoir. Le couple, aprĂšs une derniĂšre fĂȘte partagĂ©e avec les proches voisins pour l’anniversaire de Gervaise, retourne Ă  la misĂšre. Lantier a rĂ©apparu et a fait de nouveau de Gervaise sa maĂźtresse, avant de la rĂ©duire Ă  l’état de domestique misĂ©rable et humiliĂ©e. Nana se dĂ©bauche. Coupeau, emportĂ© par l’alcoolisme, meurt Ă  l’hĂŽpital. Gervaise, Ă©puisĂ©e, affamĂ©e, le suivra de peu dans la mort. Une page d’amour 1878 HĂ©lĂšne Mouret, fille d’Ursule Macquart soeur d’Antoine et du chapelier Mouret, est la soeur de François Mouret La ConquĂȘte de Plassans et de SilvĂšre Mouret La Fortune des Rougon. Veuve de Grandjean, elle demeure Ă  Passy, avec sa fille Jeanne, de santĂ© trĂšs fragile. Un vieil ami de famille et son frĂšre, un prĂȘtre, lui rendent rĂ©guliĂšrement visite. Un mĂ©decin du quartier, le docteur Deberle, soigne Jeanne, qu’il a sauvĂ©e d’une crise trĂšs grave. SĂ©duisant et sĂ©ducteur, il s’éprend d’HĂ©lĂšne, que par ailleurs son Ă©pouse reçoit. Il n’a de cesse d’obtenir un rendez- vous de la jeune femme. Mais tandis qu’elle devient la maĂźtresse de Deberle, pour une unique rencontre, Jeanne, restĂ©e seule, en proie Ă  la jalousie, se laisse tremper par un orage. Elle en mourra, dĂ©chirant la page d’amour» de sa mĂšre qui, dĂ©semparĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e, se laissera convaincre par le prĂȘtre d’épouser le vieil ami de la famille, et partira avec ce dernier pour Marseille. ‱Nana 1880 Nana est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau L’Assommoir. InitiĂ©e trĂšs tĂŽt Ă  la dĂ©bauche, elle suscite le dĂ©sir des hommes par sa beautĂ© plantureuse et facile. Elle s’exhibe sur les scĂšnes d’opĂ©rettes bouffonnes et mĂšne parallĂšlement une carriĂšre de cocotte ». Entretenue par le comte Muffat, elle le trompe avec des camarades de coulisses. Elle conduit au dĂ©sespoir et Ă  la dĂ©chĂ©ance tous les hommes qui la dĂ©sirent, et qu’elle bafoue les uns aprĂšs les autres l’un tente de se tuer dans l’appartement oĂč elle le reçoit, l’autre disparaĂźt dans l’incendie volontaire de son Ă©curie de courses. Le comte Muffat accepte pour elle toutes les humiliations. Mais elle a trop prĂ©jugĂ© de son attrait. Son Ă©toile scĂ©nique et amoureuse pĂąlit. Elle finira misĂ©rablement, mourant de la petite vĂ©role le jour de la dĂ©claration de guerre Ă  la Prusse. ‱ Pot-Bouille 1882 Octave Mouret, fils aĂźnĂ© de François et Marthe Mouret La ConquĂȘte de Plassans est venu faire fortune Ă  Paris. Il s’est logĂ© dans un immeuble de la rue de Choiseul, au cƓur du Paris commerçant. Il fait connaissance avec les familles qui habitent les diffĂ©rents Ă©tages de l’immeuble, en bourgeois cossus ou appauvris. Il surprend les secrets de leurs affaires et de leur intimitĂ©, et il sĂ©duit les femmes et les filles. C’est la marmite — la pot-bouille », selon un terme populaire d’époque — des mariages arrangĂ©s, des captations d’hĂ©ritage, des adultĂšres et des amours ancillaires. Du haut en bas de l’immeuble, les bonnes commentent l’envers de la respectabilitĂ© de leurs maĂźtres. Octave Mouret Ă©pouse Mme HĂ©douin, une veuve propriĂ©taire d’un magasin de nouveautĂ©s. C’est le dĂ©but de son ascension vers le succĂšs et la richesse. ‱Au bonheur des dames1883 Octave Mouret Pot-Bouille est devenu veuf de Caroline HĂ©douin. Le voilĂ  Ă  la tĂȘte du magasin de nouveautĂ©s dont elle Ă©tait propriĂ©taire, Au Bonheur des Dames ». Une jeune fille arrivĂ©e de province, Denise Baudu, y est engagĂ©e comme vendeuse, et connaĂźt la dure condition du calicot », au bas de la hiĂ©rarchie du magasin, tandis que Octave Mouret transforme celui-ci en temple moderne et colossal du grand commerce, en spĂ©culant sur la passion des femmes pour les Ă©toffes et les modes. Or, il remarque Denise et s’éprend d’elle. Mais celle-ci, Ă  la diffĂ©rence des autres femmes, lui rĂ©siste. Toute sa fortune ne peut rien contre la vertu de la jeune fille, qui se fait aimer de lui sans lui cĂ©der. Elle obtient de lui qu’il amĂ©liore les conditions de travail de son personnel et finalement accepte de l’épouser, comme dans les contes anciens les bergĂšres Ă©pousaient les fils des rois. ‱La Joie de vivre 1884 Pauline Quenu, fille de Lisa Macquart, la charcutiĂšre du Ventre de Paris, est devenue orpheline Ă  dix ans. Elle est recueillie par les Chanteau, qui sont retirĂ©s dans un petit village de pĂȘcheurs de Normandie, au bord de la mer. Charitable pour tous, elle secourt toutes les misĂšres et les douleurs des pauvres gens qui l’entourent. Le fils Chanteau, Lazare, est un garçon de faible caractĂšre, qui fait se succĂ©der les projets inaboutis. Pauline, qui l’aime, alors que lui ne la considĂšre que comme une jeune et bonne camarade, et va en Ă©pouser une autre, sacrifie la fortune dont elle est hĂ©ritiĂšre pour l’aider dans ses entreprises illusoires. Mme Chanteau meurt d’une maladie de cƓur tandis que son mari souffre atrocement de la goutte. La femme de Lazare meurt en couches. La servante se pend... A toutes ces misĂšres et ces absurditĂ©s de l’existence, Pauline, bonne et sereine, oppose, en dĂ©pit de tout, sa confiance dans la vie. ‱ Germinal1885 Étienne Lantier, fils de Gervaise Macquart et de son amant Lantier L Assommoir, quitte un atelier des chemins de fer, Ă  Lille, et devient ouvrier mineur aux mines de Montsou, un site imaginaire du nord de la France. Sous la conduite du chef d’équipe, Maheu, il apprend son nouveau mĂ©tier. Avec les Maheu, il connaĂźt la misĂšre et la rĂ©volte. Mais il s’initie Ă  la lutte sociale et politique. Il aime Catherine, la fille de Maheu et de la Maheude, mais Catherine appartient Ă  Chaval. Lantier devient le leader d’une grĂšve qui, sous l’effet dc l’exaspĂ©ration, dĂ©gĂ©nĂšre en manifestations violentes et que l’armĂ©e rĂ©prime dans le sang. Chaval a trahi ses compagnons. Maheu meurt sous les balles. Le nihiliste Souvarine sabote le puits de mine. Etienne Lantier, isolĂ© au fond, avec Chaval et Catherine, tue Chaval. Catherine meurt d’épuisement aprĂšs s’ĂȘtre donnĂ©e Ă  lui. Etienne, seul survivant de la catastrophe, quitte l’univers de la mine pour Paris. ‱L’ƒuvre 1886 Claude Lantier, fils de Gervaise Macquait et d’Auguste Lantier L’Assommoir, est un peintre exigeant, jamais satisfait de son art. Il appartient Ă  une gĂ©nĂ©ration de jeunes peintres qui veulent ouvrir leurs toiles Ă  la nature et aux sujets modernes et les baigner de lumiĂšre et de couleurs. Il recueille une jeune fille, Christine, qui devient son modĂšle et sa maĂźtresse. De son tableau intitulĂ© Plein air, qui fait scandale au Salon, va naĂźtre une nouvelle Ă©cole. Mais, malgrĂ© l’amour de Christine, la complicitĂ© de ses camarades — parmi lesquels l’écrivain Sandoz —, les villĂ©giatures Ă  Bennecourt sur les bords de la Seine, les stations sur les ponts devant le paysage parisien, il se laisse pĂ©nĂ©trer par le doute. Le portrait de son enfant mort suscite l’indiffĂ©rence. Il se pend devant le tableau visionnaire d’une femme nue, qu’ il n’a pas rĂ©ussi Ă  porter au point de perfection dont il rĂȘvait. ‱La Terre 1887 Jean Macquart, fils d’Antoine Macquart La Fortune des Rougon et frĂšre de Gervaise L’Assommoir, est valet de ferme en Beauce. Il Ă©pouse Françoise Mouche, dont la sƓur Lise est la femme de Butcau. Le pĂšre de celui-ci, le vieux Fouan, a donnĂ© ses terres Ă  ses enfants, en Ă©change d’une pension. Mais sous prĂ©texte que l’autre fils du vieux paysan, surnommĂ© JĂ©sus-Christ, boit sa part d’hĂ©ritage, Buteau ne veut rien verser Ă  son pĂšre. Il lorgne d’autre part l’hĂ©ritage de sa femme Lise et de sa belle-sƓur Françoise. La grossesse de celle-ci, qui lui ferait perdre une part dĂ©s biens des deux sƓurs, l’enrage. Il viole et blesse mortellement Françoise, avec la complicitĂ© dc Lise, et accapare aussi le bien de Mouche. Fouan, dĂ©pouillĂ© par ses fils, a Ă©tĂ© le tĂ©moin du meurtre il est assassinĂ© Ă  son tour par les Buteau. * Le RĂȘve 1888 AngĂ©lique, fille non reconnue de Sidonie Rougon la soeur d’EugĂšne et d’Aristide Rougon, voir La Fortune des Rougon, La CurĂ©e, a Ă©tĂ© recueillie par les Hobert, un couple de brodeurs qui vit Ă  l’ombre de la cathĂ©drale de Beaumont, une ville imaginaire au nord de Paris. Elle grandit lĂ , passionnĂ©e par La LĂ©gende dorĂ©e, qui raconte le martyre et l’élĂ©vation des saints et des saintes. L’archevĂȘque, Mgr de Hautecoeur, a eu autrefois un fils, FĂ©licien, avant d’entrer dans les ordres Ă  la suite de son veuvage. Le jeune homme restaure un vitrail reprĂ©sentant saint Georges, sous les yeux Ă©merveillĂ©s d’AngĂ©lique, qui confond la lĂ©gende et la vie, le rĂȘve» et le rĂ©el. Les deux jeunes gens s’aiment. AprĂšs une maladie qui a failli emporter AngĂ©lique, Mgr de Hautecoeur consent Ă  l’union de FĂ©licien et de la jeune fille. Mais AngĂ©lique meurt au moment mĂȘme dc ses noces, sur le seuil dc l’église. La BĂȘte humaine 1890 Jacques Lantier, fils de Gervaise Macquart, frĂšre d’Etienne et de Claude, et demi-frĂšre de Nana, est mĂ©canicien de chemin dc fer sur la ligne Paris-Le Havre. Un jour de repos, sur le bord de la voie, il est tĂ©moin de l’assassinat du prĂ©sident Grandmorin dans un wagon, tuĂ© par le sous-chef de la gare du Havre, Roubaud, dont la femme SĂ©verine a Ă©tĂ© sĂ©duite trĂšs jeune par Grandmorin. Jacques devient l’amant de SĂ©verine. Mais il porte en lui, par une hĂ©rĂ©ditĂ© mauvaise, l’instinct de meurtre, Il tue SĂ©verine dans un moment de folie. L’enquĂȘte erronĂ©e du juge Denizet conclut pour les deux meurtres Ă  la culpabilitĂ© d’un pauvre diable, Cabuche, innocent qui paie pour les coupables. Cependant, Jacques, qui a nouĂ© une liaison avec la maĂźtresse de son chauffeur, Pecqueux, est pris Ă  partie par celui-ci sur la machine la Lison en pleine vitesse. Les deux hommes roulent sous les roues, tandis que le train fou emporte une cargaison de soldats vers la guerre. L’Argent 1891 Aristide Saccard La CurĂ©e rĂ©apparaĂźt ici. AprĂšs avoir vendu son hĂŽtel particulier du parc Monceau, il s’est tournĂ© vers la spĂ©culation boursiĂšre. Il crĂ©e la Banque Universelle, qui draine les fonds des petits bourgeois catholiques et colonialistes rĂȘvant de rechristianiser le Proche-Orient. Les cours s’envolent. Mais le succĂšs de Saccard irrite son rival, le banquier Gundermann, AprĂšs une pĂ©riode d’expansion et de prospĂ©ritĂ© artificielles, entretenue par le gĂ©nie spĂ©culatif et publicitaire de Saccard, le cours des titres, qui a subi une hausse factice, s’effondre, dans une dĂ©bĂącle amplifiĂ©e par les manƓuvres financiĂšres de Gundermann. Aristide Saccard, qui a ruinĂ© ses actionnaires et ses propres espoirs de fortune, s’exile. ‱La DĂ©bĂącle 1892 C’est le roman de la guerre de 1870 contre la Prusse, de la dĂ©faite de Sedan et de la Commune mars-mai 1871. Le roman se compose de trois parties qui racontent successivement la marche Ă©puisante de l’armĂ©e conduite par le marĂ©chal de Mac-Mahon, de Reims Ă  Sedan, en aoĂ»t 1870, la bataille dĂ©sastreuse de Sedan 2 septembre 1870, et les semaines du siĂšge de Paris et de la Commune, s’achevant sur la reprise de Paris par l’armĂ©e de Versailles, dans une guerre civile atroce. Jean Macquart La Terre et Maurice Levasseur sont les deux principaux personnages. Maurice sauve la vie de Jean sur le champ de bataille de Sedan, puis la dĂ©faite les sĂ©pare. Tandis que Maurice s’engage dans les rangs des communards, Jean reste parmi les Versaillais. Pendant la Semaine sanglante », Maurice meurt sur les barricades, tuĂ© par un adversaire qui ne l’a pas reconnu, Jean. Le Docteur Pascal 1893 Pascal Rougon, mĂ©decin frĂšre d’EugĂšne et d’Aristide La CurĂ©e, Son Excellence EugĂšne Rougon, L’Argent, qui a soignĂ© son neveu Serge Mouret La Faute de l’abbĂ© Mouret, vit dans la propriĂ©tĂ© de la Souleiade, Ă  Plassans, entre sa niĂšce Clotilde fille d’Aristide Rougon et sa servante Martine. Il Ă©tudie l’hĂ©rĂ©ditĂ©, en prenant pour champ d’analyse sa propre famille il a consacrĂ© un dossier Ă  chacun de ses membres, suscitant ainsi l’irritation et l’inquiĂ©tude de sa mĂšre, FĂ©licitĂ© Rougon, qui rĂ©ussit Ă  brĂ»ler tous ces papiers. Clotilde voue Ă  son oncle Pascal une admiration et une affection sans limites, tout en discutant ses positions agnostiques. Pascal se laisse gagner par un amour oĂč les sens trouvent leurs droits. Mais il meurt le jour mĂȘme oĂč Clotilde lui annonce la naissance prochaine de leur enfant celui- ci, peut-ĂȘtre, rĂ©gĂ©nĂ©rera la famille des Rougon-Macquart. RĂ©sumĂ©Voir tout Cette Oeuvre content un SystĂšme de navigation intuitif et ergonomique : ‱ Naviguez par simple clic de chapitre Ă  chapitre. ‱ AccĂ©dez instantanĂ©ment Ă  la table des matiĂšres hyperliĂ©e globale. La Fortune des Rougon est un roman d'Émile Zola publiĂ© en 1871, premier volume de la sĂ©rie Les Rougon-Macquart. Le cadre est une petite ville Uploaded byMarion 0% found this document useful 0 votes84 views1 pageDescriptionRĂ©sumĂ© gĂ©nĂ©ral de La Fortune des RougonsOriginal TitleRĂ©sumĂ© La Fortune Des Rougon, ZolaCopyright© © All Rights ReservedAvailable FormatsDOCX, PDF, TXT or read online from ScribdShare this documentDid you find this document useful?Is this content inappropriate?Report this Document0% found this document useful 0 votes84 views1 pageRĂ©sumĂ© la Fortune Des Rougon, ZolaOriginal TitleRĂ©sumĂ© La Fortune Des Rougon, ZolaUploaded byMarion DescriptionRĂ©sumĂ© gĂ©nĂ©ral de La Fortune des RougonsFull description . 259 379 466 15 337 1 203 75

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